Jeudi 10, à la Open Prison de Richelieu, deux ex-détenus, en l’occurrence, Bhanumati, 56 ans, et Geerowal, 38 ans, se sont vus remettre 48 poules pondeuses, des cages et de la nourriture pour ces volailles pour une durée de 3 mois. Ce don s’inscrit dans le cadre du projet « Post Release Scheme » pour lequel la prison bénéficie du soutien du Rotary Club de Port-Louis ainsi que de l’ong Elan. Le Commissaire des Prisons (CP), Jean Bruneau s’est réjoui de «ce nouveau pas dans la réhabilitation des détenus. Car, pour la première fois, nous allons assurer un service à des détenus qui ont quitté l’enceinte des prisons ! Jusqu’ici, nous avons concentré nos efforts à l’intérieur des institutions pénitentiaires. Nous franchissons une nouvelle étape !»
Bhanumati, 56 ans, et Geerowal, 38 ans, sont les deux premiers bénéficiaires du projet « Post Release Scheme » de la prison. La première nommée a passé 3 ans derrière les barreaux, et le second, 2. Tous deux ont, durant leur séjour, été initiés, via une formation dispensée par des officiers de la prison, enregistrés à la Mauritius Qualifications Authority (MQA), à l’élevage de volailles et la production d’oeufs, entre autres activités.
Pour Bhanumati, «li enn travay kot bizin ena bocou disiplinn. Nourri poul, li kuma dir grandi zanfan… Il faut une attention totale et minutieuse pour avoir des résultats positifs.» L’ex-détenue de la prison des femmes ajoute que «mais pour moi, ce n’est pas un fardeau. Je suis habituée à m’acquitter des travaux ménagers et cela ne me fait pas peur !» La journée de Bhanumati démarre dès 04h : «je m’organise, pour que je puisse tout respecter dans les différentes activités impliquées pour l’élevage de ces poules.» L’ex-détenue s’est fixée pour but que «sak zour, vers midi, monn fini okip mo bann poul kouma bizin; donn zot tou latansyon ki zot bizin.» Elle admet que «ce n’est pas un travail léger ! Il faut beaucoup y mettre du sien. Mais je ne rechigne jamais devant les efforts…» Amrita Buldawoo, Welfare Officer de la prison des Femmes, qui a cotôyé Bhanumati, confirme : «c’est une détenue qui a un bon parcours. Elle a toujours donné le bon exemple.»
Geerowal, moins loquace, explique, pour sa part, que durant les deux ans passés à la prison de Petit Verger et à l’Open Prison de Richelieu, il en a profité pour parfaire ses connaissances en matière d’élevage d’animaux; plus particulièrement les poules et les vaches. «Mo ti deza koner kuma pou okip zanimo, confie-t-il. Mai kan monn vinn dan prizon, monn gayn sans compran impe plis ek aprane bann pli bon teknik kuma pour nouri poul ek prodir dile.» Il convient que «s’occuper de 48 poules pondeuses, ce n’est pas une chose facile ! Il faut beaucoup de travail et d’application. Mais je veux le faire, parce que c’est une nouvelle chance que me donne la vie, via la prison. Je ne veux pas la gâcher.»
Bhanumati et Geerowal sont tous deux «très reconnaissants envers la prison et le Rotary Club de Port-Louis, qui nous donnent cette deuxième chance dans la vie.» La première avait été trouvée coupable d’un délit lié à la drogue; et le second, pour corruption. Si Bhanumati s’est affranchie des barreaux depuis décembre 2012, en revanche Geerowal n’a réintégré la société que depuis quelques semaines.
«Bhanumati et Geerowal portent tous nos espoirs !», a déclaré Ming Chen, responsable de communications du Rotary Club de Port-Louis. «Nous avons certes une foule de projets par le biais desquels nous soutenons la société active, poursuit-il. Mais ce « post release scheme » est le premier que nous réalisons avec le concours de la prison. Nous sommes convaincus que chaque personne peut commettre une erreur dans sa vie et qu’il mérite une deuxième chance. C’est dans cet esprit que nous nous sommes engagés dans ce projet.»
Ce projet bénéficie aussi du soutien du Groupe Elan, Ong qui a longtemps été dirigée par feu Lindsay Aza et qui a été repris par Eileen Marie. Elan s’attache à offrir soutien, orientation et aide aux détenus. «Nous allons, dans le cadre de ce projet, explique Mme Marie, soutenir Bhanumati et Geerowal de manière régulière. Nous leur offrons une assistance permanente. Quand ils rencontrent des problèmes de quelque ordre, ils viennent vers nous, et nous allons les aider à trouver les solutions possibles.» C’est ainsi que ce jeudi, lors de la remise des poules et des cages aux deux ex-détenus, Eileen Marie a tenu à les accompagner, chez eux, pour voir sur place, les conditions dans lesquelles ils vont travailler.
Ce projet pilote permettra à cinq autres ex-détenus de bénéficier des mêmes chances, cette année. «Nous avons déjà établi une « short list » des ex-détenus les plus méritants et d’ici fin 2014, chacun aura ses poules pondeuses, ses cages et la nourriture pour ces volailles», explique l’officier des prisons, Mahess Ramassur. À signaler que c’est Meader’s Feed qui a gratuitement fait don des trois mois de nourriture pour les poules dans le cadre de ce projet.