Pour la première fois en sept ans, la population carcérale a accusé une baisse. Selon les chiffres à fin décembre 2014, ce nombre s’élevait à 2 240 contre 2 448 en 2013. Un état de fait qui résulte, selon les observateurs du milieu, d’une série de mesures touchant à la fois le judiciaire, la société civile ainsi que les services de la prison.
« C’est une très faible lueur au bout du tunnel en ce qu’il s’agit de notre objectif de faire baisser le taux de récidive. Le meilleur reste encore à venir à condition que nous maintenions les efforts consentis, voire que nous en implémentions de nouvelles avec la collaboration de nos partenaires stratégiques », estime le commissaire des prisons (CP), Jean Bruneau. De 2006 à 2014, c’est la première fois que les données compilées annuellement par les services de la prison accusent une baisse. En effet, fin 2006, 2 226 détenus étaient enregistrés au sein de nos prisons alors que l’année suivante ce chiffre est passé à 2 242. Le taux le plus faible de ces neuf dernières années, 2 137, avait été relevé fin 2008. Entre 2009 et 2011, ce nombre a oscillé entre 2 242, 2 346 et 2 542 pour les trois années respectives. Fin 2012, le taux le plus élevé de ces neuf ans devait être atteint avec 2 628 détenus enregistrés derrière les barreaux. Fin 2013, la population carcérale s’élevait à 2 448. Et fin 2014, ce nombre a diminué pour tomber à 2 240.
Pour Jean Bruneau, « cette baisse s’explique en partie par les nombreuses mesures mises en place et les efforts consentis par nos partenaires stratégiques que sont le judiciaire et la société civile, par le biais des ONG, ainsi que nos propres services au sein de la prison en vue de faire réduire le taux de récidive. Il faut voir là un début de ce travail de très longue haleine entamé depuis peu qui portera certainement ses fruits dans le long terme ».
Même son de cloche de la part des observateurs de ce secteur. « Nous sommes parvenus à ce résultat avec le soutien, entre autres, du judiciaire. Il faut rappeler qu’un grand nombre de nouvelles mesures, par exemple que chaque prison soit dotée d’une salle de visioconférence pour que les cas transmis au niveau de la Bail and Remand Court puissent être traités, ont été mises en oeuvre. Ce type de changements a permis d’accélérer le processus pour les détenus ».
Il faut aussi tenir en ligne de compte d’autres changements. « Ceux qui ne paient pas leurs amendes à temps n’ont plus à croupir en prison. Il existe d’autres possibilités pour remédier à cela. Idem pour certains types de délits : le service communautaire s’avère plus approprié qu’un séjour derrière les barreaux ». Nos interlocuteurs saluent également « le travail en vue de réhabiliter et former les détenus, réalisés tant par les membres de la société civile présents au sein d’ONG telles qu’Élan et Kinouete qui concentrent leurs efforts auprès des détenus ». Et de préciser : « Ces efforts permettent, très laborieusement certes, de porter leurs fruits. »
Tous ceux interrogés par Le Mauricien s’accordent à reconnaître que « cette première baisse n’est certainement pas une victoire, car nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre nos objectifs, fixés dans le Strategic Framework de la prison. » Cependant, rappelle Jean Bruneau, « il nous faut maintenir ces bonnes pratiques, voire mettre en application de nouvelles pratiques qui permettraient d’optimiser tous ces efforts et d’aller dans la bonne direction ».