Le 20 mars 2014, l’Eastern High Security Prison (EHSP), sise à Melrose, dans l’est du pays, ouvrait officiellement ses portes. Sept jours plus tard, les premiers « locataires » de la nouvelle prison, extraits des prisons de Beau-Bassin et de Grande-Rivière-Nord-Ouest principalement, faisaient leur entrée dans les différentes unités, s’étalant sur les 42 hectares de terre. Prison souvent étiquetée de « cinq étoiles » tant les aménités et les infrastructures sont des plus sophistiquées, le pénitencier de Melrose « n’encourage cependant nullement l’oisiveté », disent le Commissaire des Prisons Jean Bruneau et le DCP J. Rungadoo, lui-même responsable de Melrose, ajoutant : « Nous observons ici une politique de zéro tolérance envers les mauvaises pratiques, comme les trafics et autres. »
Durant les 12 mois écoulés, plusieurs projets, dont certains tout à fait nouveaux comme l’Incentive and Earned Privilege Scheme, ont été mis en chantier pour toucher le maximum des 527 détenus se trouvant actuellement entre les murs de Melrose (voir plus loin). Objectif : « Aider chacun de ces détenus à faciliter sa sortie de prison, via des programmes de réhabilitation et de réinsertion sociale », explique le DCP Rungadoo.
Soutenu par une équipe comprenant l’ASP Bhunjun, (unit management/sustainable green project), le SP Abdulakhan (workshops), le PPO Assotally (incentive and earned privileges scheme), les SWO Maudarun et WO Chundoo (réhabilitation), le SHO Hossenbaccus (medical unit) et le PPO Bukhureea (capacity building and staff development), le DCP Rungadoo s’assure « que tout soit mis en oeuvre pour que, à la fois, nous garantissions un service adéquat à la société en termes de sécurité nationale et pour améliorer les prestations du service pénitencier via les programmes de réhabilitation et de réinsertion sociale des détenus ».
De fait, poursuit-il, « comme pour les autres prisons de l’île, nous avons eu, ici aussi, des cas où des colis contenant des téléphones portables et d’autres objets étaient balancés par-dessus les murs de la prison », de l’extérieur. « Heureusement, avec le service de détection ultra-sophistiqué (544 caméras de surveillance, un mirador, plusieurs unités de surveillance et des grillages électrifiés, entre autres équipements), nous avons pu contrecarrer ces éventuels trafics ». Dans cet esprit, il poursuit : « Nous observons une politique de zéro tolérance envers les abus et trafics en tous genres. Nous encourageons nos officiers à ne pas céder aux tentations faciles de l’argent, par exemple, que peuvent proposer des trafiquants de drogue et autres, pour écouler leurs produits à l’intérieur de la prison. » Outre une « surveillance sévère et étroite », des mesures et sanctions sont aussi à l’ordre du jour.
« La construction de la prison de Melrose s’inscrit à la fois en ligne avec le Strategic Framework, qui optimise sur les axes de la réhabilitation des détenus, et la valorisation des officiers, souligne à cet effet le Commissaire des Prisons (CP) Jean Bruneau. Et aussi dans un souci de décongestionner les autres prisons, car, il n’y a pas trop longtemps, l’univers carcéral souffrait d’un problème de surpopulation. » De fait, depuis la mise en opération de la prison de Melrose, l’an dernier, la population carcérale de la prison de Beau-Bassin est passée de 1 300 à 700 détenus et celle de la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO), de 350 détenus à 127. « Soit une diminution de presque 50%, remarque encore J. Bruneau. Ce qui nous permet, de ce fait, d’offrir de meilleures prestations dans chacune des prisons et d’oeuvrer à améliorer nos services. »
C’est d’ailleurs dans cet esprit que nombre de projets, dont certains tout à fait nouveaux « et innovateurs, dans le sens où tant les détenus que les officiers en sortent gagnants », soutiennent les officiers responsables de la prison de Melrose, ont été introduits durant les derniers mois. Le plus récent : l’Incentive and earned privileges scheme (voir plus loin), qui met l’accent sur le raffermissement des liens entre les détenus, tout en inculquant des règles de savoir-vivre, en parallèle avec les possibilités d’éducation et de formation dispensées par la prison de manière générale. « Il ne faut pas penser que parce que Melrose est une “high security prison” que les détenus n’ont pas accès à des facilités et des ouvertures pour se donner une deuxième chance dans la vie ! » rappelle à ce titre le DCP Rungadoo.
Après ces premiers 12 mois d’opération, l’EHSP de Melrose continue sur sa bonne lancée. « Bien entendu, fait ressortir le CP Bruneau, tout n’est pas rose ! Dès le départ, l’an dernier, il y a eu quelques couacs… Des conditions de détention qui ont fait monter au créneau certains détenus et d’autres manquements que les officiers ont décrié. Mais c’est le déroulement normal pour tout projet qui démarre. Graduellement, nous examinons chacun des problèmes rencontrés et trouvons, au fur et à mesure, et surtout de manière concertée, des solutions adéquates et efficaces. Ce n’est pas du jour au lendemain que tout se fera ni ne pensons-nous trouver des solutions miracles ! Tout est une question d’organisation et de travail en équipe, tant avec les officiers qu’avec les détenus, les différents partenaires au sein du gouvernement, des divers ministères impliqués ainsi que les membres de la société civile via les Ong. » Le CP Bruneau ainsi que ses officiers misent, de ce fait, sur une approche « intégrée et multisectorielle qui, dans la durée, rapportera ses fruits ».