Le plan d’action des services de la prison, s’étalant sur une période de 10 ans, de 2013 à 2023, a été rendu public hier, jeudi 25 septembre. En présence des principaux membres de l’état-major de l’administration des services pénitentiaires, ainsi que de William Cullen, consultant de l’United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), qui a collaboré à l’élaboration de ce plan d’action, l’actuel Commissaire des Prisons (CP), Jean Bruneau a souligné les grands axes du plan stratégique : « La priorité des priorités sera de réduire le taux de rechute qui a tourné autour de 85 % des dernières années », élaborant sur les moyens que se donnera la prison pour atteindre cet objectif.
Sur les 18 dernières années, selon les données recensées par les services des prisons, 85 % des détenus ont récidivé et se sont donc retrouvés à nouveau en prison. Ce fort taux de rechute « peut et doit être ramené à la baisse », avance le Commissaire des Prisons. Il s’agit d’ailleurs de l’objectif primordial du plan d’action s’étendant sur les 10 prochaines années. Ce plan d’action s’étendant sur la période de 2013 à 2023 a été réalisé avec l’apport du consultant des Nations unies en matière de lutte contre les drogues et le crime, William Cullen. Lors de la présentation officielle à la Training School de la prison de Beau-Bassin hier, Jean Bruneau a tenu à préciser que « le plan d’action a défini et identifié les objectifs clairs et novateurs pour contrer la rechute auprès des détenus. Notre philosophie est d’en finir avec le modèle établi des prisons qui seraient des « warehouses » pour détenus, et de muer les services de la prison en un centre de correction afin d’oeuvrer vers leur réhabilitation et la réinsertion sociale ».
Dans l’élaboration de ce plan d’action, il a été établi que les services pénitentiaires de Maurice « ont souffert pendant plusieurs années d’un manque d’actualisation et d’évolution avec le reste du monde, nous empêchant d’être aussi performants que les services pénitentiaires d’ailleurs ». De ce fait, a retenu Jean Bruneau, « presque la moitié de la population carcérale se trouve dans l’unité de « remand » en attendant leur procès et/ou un verdict. Parmi, plus de la moitié se retrouve avec des sentences de moins de 6 mois, rendant de ce fait impossible les programmes de réhabilitation auprès de ces détenus, puisqu’il faut un minimum d’incarcération de 12 mois pour s’inscrire dans un atelier de formation ». La difficulté pour certains détenus de trouver du travail une fois hors de la prison, car ne disposant plus d’un certificat de moralité, et l’impossibilité pour d’autres de se lancer dans un business parce que leurs comptes bancaires avaient été gelés, ont aussi été prises en compte dans ce plan d’action.
William Cullen souligne que « Maurice reste un des pays de la région océan Indien dont les services pénitentiaires se distinguent le plus tant en matière d’approche humaine des détenus que sur la formation sur différents plans. » Pour lui, « avec ce plan d’action, il va sans dire que la prison mauricienne sera, dans les années à venir, encore plus performante. Tant dans la région que sur le plan mondial… »
Plan en 6 axes
Pour parvenir à contourner ces difficultés et atteindre son but de réhabilitation du plus grand nombre de détenus, le Strategic Framework 2013-2023 se décline en six grands axes. Y sont inclus des aspects novateurs et d’ordre technique et logistique, tels que l’usage de données informatiques pour compiler les données relatives aux détenus, mais aussi la mise en place, par exemple, d’un mécanisme d’inspectorat pour mener à bien les vérifications d’usage et de routine. Dans le même esprit, les services de la prison ont élaboré des scénarios visant à mieux maîtriser des situations d’urgence, relatifs aux spécificités de chaque prison afin de remédier à toute éventualité de toute nature possible.
Sur la question de gestion des détenus, le plan d’action fait provision pour un certain nombre de mesures relatives à la formation des officiers de prison. Dans le même souffle, l’ouverture de la prison de haute sécurité de Melrose en mars de cette année est venue, selon le CP, « alléger le problème de surpopulation qui représentait, à un certain moment, un obstacle majeur aux projets de réhabilitation et de réinsertion ».
Pour atteindre ces objectifs, les services de la prison ne lésinent pas sur les moyens, surtout en matière de formation. Pour se faire, a précisé Jean Bruneau, « les exercices de recrutement se poursuivent et la formation évolutive et continuelle des officiers est une priorité ». Ainsi, plusieurs officiers ont bénéficié de formations en Australie.
La formation des détenus est aussi un aspect important. Quarante-cinq détenus ont ainsi suivi des cours auprès d’institutions reconnues par l’État alors que 170 autres ont suivi des cours d’alphabétisation et d’éducation.
Il convient de préciser que « chaque deux ans, un travail de « monotoring and evaluation » sera effectué sur les projets en cours », a ajouté Jean Bruneau, « afin de veiller à ce que tous les atouts soient pris en considération pour un travail productif et concret ».
La nécessité d’élaborer un plan d’action pour les services de la prison s’est fait ressentir en 2011, a rappelé le CP, « dans le cadre d’un atelier de travail tenu sous l’égide de l’Université de Technologie, avec la collaboration des services de prison ».