Sanjay, 43 ans, fait partie de la dizaine de détenus qui ont été triés sur le volet par les services de la prison pour faire partie d’un projet pilote, lancé en juillet dernier. Il s’agissait de mettre un demi-arpent de terre sous culture de pommes de terre. Une première récolte a eu lieu hier et huit tonnes de pommes de terre ont été sorties de terre. Pour l’événement, l’administration de la prison a réuni une partie du personnel pour une vente symbolique ainsi qu’une dégustation de différents plats pouvant être concoctés à partir de ce tubercule.
« Ce retour à la terre nourricière, explique d’emblée Jean Bruneau, commissaire des Prisons, se veut une manière de faire réaliser, à tous les humains, que nous soyons les officiers ou détenus, que nous dépendons tous d’elle pour nous alimenter et vivre. » Le CP continue : « S’agissant des détenus, c’est surtout un moyen, comme plusieurs autres que la prison leur offre, via le Enhancement Earning Programme, pour les aider à devenir financièrement indépendants. Cela fait partie du programme de réinsertion. Quand ils vont réintégrer la société active, en sortant d’ici, ils auront un métier en poche ! » M. Bruneau devait également poursuivre dans le même sens : « Aujourd’hui (ndr : vendredi, jour de la récolte), ces détenus qui sont là, au moment de cette récolte et qui assistent à cet événement, sont très satisfaits des efforts qu’ils ont mis dans ce projet. Ce sentiment est important pour eux, car ce sont ces facteurs qui vont les aider à reprendre confiance en eux-mêmes et redevenir économiquement viables. »
De fait, explique, à son tour, Sanjay, « mo ti deza pe travay later avan… Me seki bon, sirtou, depi mo finn koumans sa proze la, mo bann fami extra kontan ki mo finn re-aprann enn metie. Kan mo pou sorti, mo ena enn louvertir ; enn moyen desan pou gayn mo lavi ek fer viv mo fami. » Purgeant une longue peine, cet habitant de Chemin-Grenier explique que « à la New Wing, où je me trouve, nous avons plusieurs perspectives qui nous sont offertes pour apprendre un métier et devenir économiquement indépendants. »
La dizaine de détenus qui ont été sélectionnés pour la mise en route de ce projet pilote de culture de pommes de terre de la variété “spunta” l’ont été « après un screening très particulier », avance Gunneeta Aubeeluck, responsable de la Training School de la prison et membre de l’administration. D’ailleurs, rappelle le CP, « pendant plusieurs années, ces terres qui abritent le potager de la prison de Beau-Bassin ne pouvaient être optimisées pour des raisons de sécurité. » Jaganaden Rengadoo et G. Aubeeluck, DCP, expliquent, en choeur, que « nous avons fait un tri parmi les détenus selon des critères tels que leur âge, leur capacité physique, les cas pour lesquels ils sont en détention, entre autres. De ce fait, la dizaine d’hommes de la New Wing qui travaillent ici depuis juillet, comme Sanjay, sont parmi ceux qui sont au terme de leur détention. Ils vont bientôt rejoindre la société et ils auront appris, entre autres, la culture de la spunta ». La particularité de la spunta, précise Mme Aubeeluck, « c’est qu’elle peut être cultivée toute l’année. Il n’y a pas de saison particulière. Donc, c’est aussi une manière pour ces détenus de s’assurer un travail et un salaire fixes ».
Pour Sanjay, « cette formation m’a beaucoup aidé. Il est vrai que je travaillais déjà la terre, mais, depuis juillet, sous la direction des officiers ici, j’ai appris de nouvelles techniques qui vont m’être utiles quand je me lancerai. » En effet, relève le DCP Rengadoo, « nous avons travaillé de concert avec l’AREU ainsi que l’ONG Élan, qui a un projet de ferme intégrée avec le groupe Médine. Cette collaboration nous a permis d’approfondir nos connaissances. »
Pour rappel, la prison de Beau-Bassin produit aussi plusieurs autres légumes, dont la carotte, le chou, la rave, le chou-fleur, ainsi que les filantes dont la queue d’ail et la queue d’oignon. « Un autre objectif, conclut Jean Bruneau, c’est de viser l’autosuffisance. » Gunneeta Aubeeluck le soutient, précisant que « chaque jour, nous devons préparer à manger pour 3 000 personnes. En termes de coûts, c’est important. Si pour la boulangerie nous sommes déjà autosuffisants, désormais, nous aspirons aussi à l’être en ce qui concerne les légumes. » Par ailleurs, souligne Jaganaden Rengadoo, « dans un deuxième temps, une fois que nous aurons atteint l’autosuffisance pour la prison, nous pensons aussi pouvoir approvisionner les autres organismes tels le Brown-Séquard Hospital, la police, entre autres… Pourquoi pas ? »