Shailendra Peerthum, l’ancien Chief Executive du conseil de district du nord, a perdu l’appel qu’il avait logé devant le Judicial Committee du Privy Council (JCPC) de Londres, qui est l’ultime recours du justiciable mauricien selon notre système judiciaire. L’appelant, qui a été l’objet de plusieurs enquêtes menées par l’Independent Commission against Corruption (ICAC), a contesté le fait que, selon lui, les policiers mutés de la force à cette commission ont procédé à plusieurs reprises à son arrestation. Les Lords ont conclu que la mutation de policiers à
l’ICAC est constitutionnelle et que ceux-ci peuvent agir selon les mêmes prérogatives qu’ont les membres de la force policière.
Ce jugement a été rendu jeudi par Lord Hughes après qu’il ait entendu l’appel le 27 octobre dernier, avec à ses côtés Lady Hale et les Lords Kerr, Wilson et Toulson. L’appelant était représenté par Mes Roshi et Yash Badhain, ayant comme avoué Me Preetam Chuttoo, alors que l’ICAC était défendue par Mes Stuart Denney QC, Kaushik Goburdhun et Preesha Bissoonauthsing.
D’emblée Lord Hugues a indiqué que la question à débattre dans cet appel était la suivante : « whether the secondment of police officers to the Mauritian Independent Commission against Corruption ( “ICAC”) is unconstitutional. ». Pour y répondre, il a fait l’historique de la création de la commission, qui est une émanation de la Prevention of Corruption Act (PoCA).
Me Roshi Badhain, qui est devenu ministre des Services financiers depuis quelques jours, a émis l’opinion que l’article 24 (5) (b) du PoCA était anticonstitutionnel. Cette section et sous-section se lit ainsi : « (5) Notwithstanding subsection (1), the Commission may — (a)… (b) for the purpose of this Act, make use of the services of a police officer or other public officer designated for that purpose by the Commissioner of Police. »
Les Lords rappellent que Shailendra Peertum avait été arrêté à quatre reprises pour avoir commis, a-t-il été allégué, certains délits relevant de la corruption. À chaque fois il a été provisoirement accusé. Son arrestation a été effectuée par l’assistant-surintendant Coret, alors affecté à l’ICAC selon les termes de l’article 24 (5) (b) de la PoCA.
« M. Coret purported to exercise the ordinary powers of arrest available to a police officer in relation to a person suspected of a serious offence. The more limited powers of arrest given by section 53 PCA to all ICAC staff would not have been available. The claimant was bailed in each case. A number of prosecutions of him for alleged offences of corruption followed but no trial has yet been completed. In November 2011 notice was given to the claimant that a further similar arrest was to be made », continue Lord Hugues. Il indique que par la suite, l’appelant, agacé par ces arrestations, avait recherché une Judicial Review à la cour suprême, mais cette démarche n’a pas abouti.
Les Lords ont passé ensuite en revue la législation concernant la Disciplined Forces Service Commision (DFSC). Ils ont relevé le passage suivant : « The Disciplined Forces Service Commission may, subject to such conditions as it thinks fit, by directions in writing delegate any of its powers of discipline or removal from office to the Commissioner of Police or to any other officer of the Disciplined Forces, but no person shall be removed from office except with the confirmation of the Commission. »
Finalement après avoir fait référence au cas de Donald Ha Yeung, comme celui d’un précédent comparable au cas présent, les Lords du JCPC arrivent à la conclusion qui suit : « The Board does observe, however, that in that case the policeman in question, originally seconded under section 24 (5) (b), had additionally been appointed under section 29 PCA as the (acting) Director of the Corruption Investigation Division. Once appointed to that position, he undoubtedly was an “officer” of ICAC, as the terms of the definition in section 2 make expressly clear. The Board has not heard argument upon the question whether, once so appointed and during his appointment, such a policeman/Director can remain able to exercise at the same time both his powers as an officer of ICAC and also his powers as a police officer, as the Court of Appeal then held that he could. Such suggested dual capacity raises different questions and may well be more difficult to sustain, but the issue does not arise in this case, and it is neither necessary nor desirable to express any opinion upon it… »