L’écrivain mauricien Amal Sewtohul a reçu officiellement le Prix des Cinq continents 2013 pour son roman Made in Mauritius le jeudi 24 octobre en soirée à Port-au-Prince, des mains de Youma Fall, qui représentait ce jour-là le secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). La cérémonie s’est déroulée devant une salle comble, notamment en présence de la ministre de la Culture haïtienne, Josette Darguste, de plusieurs membres du jury dont l’écrivain Lyonel Trouillot. Mme Fall est directrice du département Diversité et développement culturel de l’OIF.
Amal Sewtohul a dû quitter la capitale malgache en pleine effervescence à l’approche imminente du premier tour de l’élection présidentielle tant attendue, pour recevoir son prix. Ainsi s’est-il libéré de ses responsabilités de premier secrétaire de l’ambassade de Maurice à Madagascar, pour le Prix des Cinq continents 2013 qui le désigne en quelque sorte comme un des auteurs de la francophonie à découvrir absolument et à encourager. Pourtant, la journaliste Nancy Roc a relevé dans Le Nouvelliste un des principaux quotidiens haïtiens « son air timide, sage », « allant jusqu’à affirmer que “recevoir un prix littéraire, cela ne signifie nullement que votre roman était mieux écrit que les autres romans en lice. Surtout quand il s’agit du Prix des Cinq continents où tous les finalistes sont de bonne facture” ». La journaliste a également souligné le fait que jamais autant de représentants de la francophonie n’avaient été réunis en même temps à Haïti.
La directrice du bureau régional de l’OIF, Chantal Moreno, a ouvert la cérémonie avant de passer la parole à la ministre de la Culture haïtienne, Josette Darguste, qui a adressé ses remerciements à l’OIF ainsi qu’aux membres du jury. D’ailleurs trois d’entre eux — Pascale Kramer, Monique Ilboudo et l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot — ont alors partagé leurs appréciations sur ce prix et le texte primé. C’était aussi l’occasion pour Lyonel Trouillot de parler du mois de la langue créole en cours à Haïti. L’auteur du fameux roman Le coeur des enfants léopards, Wilfred N’Sonde, ancien lauréat en 2007, a ensuite apporté son témoignage sur les portes que cette récompense lui a ouvertes.
Après avoir reçu son prix des mains de Youma Fall, Amal Sewtohul a partagé quelques pensées, réitérant notamment l’idée qu’il ambitionnait à travers Made in Mauritius de faire connaître « la saveur particulière » de Port-Louis et de Maurice. Le comédien Bertrand Roy a pu en donner un aperçu en lisant quelques extraits, avant que la musique ne prenne le relais. Un concert a en effet été offert pour conclure la soirée avec les trois chanteurs haïtiens Bélo, BIC et Jean Jean Roosevelt qui vient de remporter la médaille d’or aux Jeux de la francophonie, et qui selon Le Nouvelliste a particulièrement chauffé la salle.
Délibérations animées
Par ailleurs, il nous revient au sujet des délibérations du jury qu’elles se seraient jouées entre Sombre dimanche d’Alice Zeniter, qui évoque à travers un enfant et sa famille la Hongrie après l’effondrement du bloc de l’est, Le terroriste Noir de Tierno Monenembo sur un de ces héros oubliés de la seconde guerre mondiale qui se sont battus contre les Allemands, Ils désertent de Thierry Beinstingel sur l’histoire d’un représentant de commerce lettré et d’âge relativement mûr dont l’emploi est menacé, le roman d’Amal Sewtohul bien sûr ainsi que Dans l’ombre de la lumière de Claude Pujade Renaud, qui a reçu une mention spéciale, et qui met en lumière la concubine de Saint-Augustin.
L’auteure mauricienne Ananda Devi, lauréate 2006, était membre du jury cette année. Elle nous racontait en marge de l’événement que parmi les nombreux jurys auxquels elle a eu l’occasion de participer, celui-ci est « l’un de ceux où le résultat n’est pas couru d’avance ». Tout d’abord, l’ensemble des livres soumis — cent-vingt-trois cette année — sont lus par des comités de lecture basés au Sénégal, en France, au Canada et en Belgique, dont les comptes-rendus permettent d’arriver au choix final de dix livres.
Ensuite, la délibération serait pour ainsi dire à l’image de l’espace francophone, c’est-à-dire varié en tous points… culturel, socio-économique, politique, etc. Comme en témoignait notre interlocutrice, les membres du jury sont des personnalités « bien trempées » du monde littéraire. Aussi faut-il imaginer que chacun arrive à la délibération finale avec « des choix plutôt tranchés », tous évidemment richement argumentés. En toute logique, la discussion est « animée et longue » et plusieurs tours de votes ont lieu avant que le choix final ne s’en dégage.