Lorsque les soldats arrivent au fort après une longue et exténuante chevauchée, ils sont à peine dix, rescapés du guet-apens. Branle-bas de combat dans la caserne qui est en émoi. Les officiers font leur rapport au commandant en présence de l’ensemble des officiers réunis.
-C’est un renseignement qui nous a été donné par notre informateur habituel, de la tribu des Hamia. Lorsque nous sommes arrivés, les rebelles ont surgi de partout, armés jusqu’aux dents, et nous ont tiré dessus. Nous avons riposté mais nous étions pris au piège. Nous avons laissé cinquante d’entre nous, la plupart tués.
-Nous allons les exterminer. Pas un ne doit en sortir vivant. Personne ne doit être épargné, ni femme, ni enfant, ni homme. Leur bourgade sera leur tombe. Lieutenant Rimbaud, que savez-vous des habitants de ce hameau ? A qui s’apparentent-ils ?
-Il me semble que ce sont les Ouled Ouriech qui contrôlent ce territoire.
-Il vous semble ? Vous n’êtes pas sûr ? Cette tribu n’est pas notre alliée ?
-Si, commandant, ce sont nos alliés ; ils ne peuvent entreprendre une action pareille.
-Alors qui ? Les Fils du jour ? Il faudra les attaquer tous sans exception.
-Mon commandant, la tribu des Fils du jour a passé un accord avec nous : pas de conflit si nous ne les attaquons pas.
-Et vous croyez que je me fie à leur parole ?
-Commandant, je me porte garant de leur respect de la parole donnée.
-Un officier de l’armée qui se porte garant de hordes barbares, c’est nouveau ! Jusqu’où irez-vous pour protéger ces vauriens ?
-Commandant, j’ai développé une relation très forte avec le chef de la tribu, cheikh Moussa. Je peux en conséquence vous assurer qu’il ne permettra aucune action violente contre nous. Il ne faut pas que ce qui s’est passé avec les Ouled Ouriech au nord se reproduise avec les Fils du jour.
-Lieutenant, ces propos, vous en serez comptable si, par malheur, il s’avère que ce guet-apens a été fomenté par vos protégés. Les Ouled Ouriech nous avaient attaqués lâchement et nous avions répondu de la manière qu’il fallait, en en les détruisant, eux et leur bétail. Ceux qui ont fomenté cette attaque le seront aussi.
Le commandant décide d’une offensive contre la bourgade et de massacrer toute la population de ce territoire. Des renforts sont demandés à Tlemcen. L’action sera menée sur tout le territoire de Sebdou à Al Aricha dans les mois qui suivent, annonce le commandant :
-Et le plus tôt possible. Cet acte ne saurait attendre longtemps sa sanction. D’ici là, réunissez toutes les informations utiles. Nous ferons le point dans quelques jours. Et vous, lieutenant Rimbaud, vous avez intérêt à démêler les fils et trouver qui est responsable de ce carnage.
A Sidi Medjahed, ne restent que les marques de la bataille. El Hadji, Rodriguez et leurs hommes ont quitté les lieux qui avaient été évacués de leurs habitants plusieurs semaines auparavant, sans que ce mouvement soit connu de l’armée. (…)