A peine le commerce du ciment libéralisé, vendredi, que des appréhensions surgissent quant au fait que cette mesure censée favoriser la concurrence au profit des consommateurs ne finisse, en fait, qu’à occasionner des hausses de prix plutôt que des baisses. C’est, du moins, le sentiment qui prévaut tant au niveau des opérateurs déjà existants qu’à celui de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM).
La demande nationale de ciment est évaluée à quelque 650 000 tonnes annuellement avec, exceptionnellement, l’an dernier, des besoins atteignant quelque 675 000 tonnes. Jusqu’à vendredi dernier, date de l’entrée effective de la mesure de libéralisation tant des prix que de l’importation, la State Trading Corporation (STC) se chargeait de l’importation annuelle de 50% de ces besoins; les 50% restant étant, jusqu’alors, importés par l’un ou l’autre des deux opérateurs existants, Lafarge et Holcim, sur la base des prix d’achat qu’ils proposaient chaque année.
Les prix au détail du ciment avant vendredi étaient fixés par la STC au terme d’une indexation sur son prix d’achat et en tenant, bien évidemment, compte des divers autres coûts associés. La vente aux détaillants ne se faisait, toutefois, qu’à travers ces deux opérateurs, Lafarge commercialisant son produit sous la marque Baobab et Holcim, la marque Kolos. La dernière révision des prix du ciment au détail remonte à mars 2010.
La pochette de 50 kg avait, alors, été fixée par la STC à Rs 162.80 (prix ex-Fort-George). Ce prix indicatif ex-Fort-George a toujours servi pour ajuster ceux pratiqués dans les différents points de vente hors de la région portlouisienne. Depuis cette révision de mars de l’année dernière, c’est à ce même prix que se vendait encore le ciment jusqu’à la libéralisation de vendredi.
A hier, samedi, l’on estimait qu’il était encore bien trop tôt pour déterminer comment allait évoluer, dorénavant, les prix de vente du ciment au détail. Surtout, dans la mesure où il prendra encore un certain temps avant que ne surgissent, effectivement, sur le marché de nouveaux compétiteurs. Mais l’on sait qu’il existe déjà, au moins, deux projets de cimenterie ou, plus exactement, d’usines de concassage de « clinkers » et d’ensachage de ciment dans la région portuaire.
D’abord, celui des promoteurs indiens de Binani Cement qui ambitionne une production annuelle d’un million de tonnes de ciment dont 45% de cette production destiné au marché local, le reste devant être exporté vers le continent africain; du moins, selon ce qui aura été affirmé, à ce jour. Puis, il y a le projet de la Mauritius Chemical Fertilisers Industry (MCFI) du groupe Harel Mallac en partenariat avec ETA Star, une société des Emirats Arabes Unis.
L’on apprend aussi que pour, notamment, les besoins de la construction de la zone économique Jinfei, des Chinois ont, tout aussi, un projet de cimenterie d’une capacité de production de 200 000 tonnes. Et pour ne pas être en reste, de grandes entreprises déjà engagées dans le secteur de la construction envisagent, elles aussi, les moyens de tirer partie de la libéralisation de l’importation du ciment, se disant, en quelque sorte, que l’on est jamais mieux servi que par soi-même…
Tout cela fait que d’aucuns commencent à se demander si un marché aussi restreint où la demande annuelle ne tourne qu’autour de quelque 650 000 tonnes de produits, pourra bien accommoder autant de « players » avec tant d’ambitions. Sans compter les aléas propres au secteur de la construction.