Des ingénieurs dépêchés par l’Outer Islands Development Corporation sont arrivés tôt ce matin dans l’île pour réparer les pannes survenues depuis le 1er janvier aux générateurs et à l’antenne principale de la MBC. Si le rétablissement de l’électricité va certes soulager la population, la colère des habitants n’a pour autant diminué en raison des autres problèmes majeurs en suspens, comme par exemple, l’état précaire de la seule jetée pour l’embarquement et le débarquement des marchandises. L’atmosphère tendue s’est accentuée depuis hier à cause des rumeurs circulant dans toute l’île selon lesquelles les signataires de la pétition envoyée au gouvernement lundi dernier risquaient des sévères sanctions. A la mi-journée aujourd’hui des résidents confirmaient au Mauricien que leur deuxième manifestation prévue demain devant l’administration centrale tenait bon.
« Il y a beaucoup de tension et la situation n’est pas très jolie », témoignait ce matin auprès du Mauricien un habitant dans l’île. Ce dernier et d’autres résidents évoquent les rumeurs persistantes circulant dans toute l’île depuis hier et qui redoublent le mécontentement de la population. Ils racontent qu’on aurait brandi des « menaces assez sévères » à l’encontre des employés de l’OIDC ayant fait grève lundi et envers ceux ayant signé la pétition envoyée lundi dernier aux décideurs. Ces avertissements, selon eux, viendraient de Maurice.
De quoi en est-il ? « Kiken inn dir zot kinn finn gagyn nouvel depi Moris ki dir ki si bizin fer retourn dan Moris 60 dimoun ki pe fer tro tapaz pou kapav ramplas zot dan lil byen vit parski ena 50 dimoun ki pe atan », disent nos interlocuteurs. Et d’ajouter : « Nous pensons qu’il s’agit d’une tentative pour faire capoter la deuxième manifestation pacifique qui a été annoncée pour demain. »
Selon des sources, cette menace serait sérieuse car des consignes auraient été données à certaines personnes pour passer à la loupe la liste des signataires de la pétition. Cette nouvelle a vite été répandue au sein de la communauté des Agaléens à Maurice. Ces derniers ne comptent pas rester tranquilles. L’OIDC aurait-elle fait une quelconque pression sur ses employés et certains habitants dans l’île après leur participation au sit-in de lundi dernier ? « Jamais ! » répondent sur un ton sec des cadres de cet organisme au Mauricien. « Notre priorité est de résoudre les problèmes des habitants. Nous avons pris note de leurs doléances qui sont mentionnées dans la pétition qu’ils ont envoyée jeudi. Le Dornier est parti ce matin avec à son bord les techniciens pour réparer les générateurs. Nous avons aussi envoyé des équipements fumigène et des produits pour l’éradication des moustiques », disent ces responsables. « Si nous avons tardé à envoyer des techniciens c’est parce que les pièces nécessaires pour les réparations n’étaient pas disponibles sur le marché. »
En raison de ces pannes de longue durée, soit depuis le 1er janvier, les familles ont l’électricité à certaines heures fixes de la journée et sont privées des émissions de radio et de la télévision de la MBC qui est la seule source d’information dans l’île.
Un des problèmes principaux sur l’île et qui inquiète vivement les habitants a trait à la détérioration de la jetée située au village La Fourche. C’est le seul lieu pour l’embarquement et le débarquement des passagers et des marchandises provenant de Maurice. Or cette jetée, condamnée depuis plus d’une année par les ingénieurs, est toujours opérationnelle. Elle s’est aussi détériorée davantage durant le dernier cyclone. De plus, la structure qui permet aux passagers de monter sur la jetée a été emportée par le cyclone. « Faut-il qu’il y ait mort d’hommes pour que les autorités s’y intéressent ? » demandent avec colère un des résidents. Les habitants s’attendaient à voir descendre du Dornier un membre de l’OIDC pour faire un constat de l’île après le passage du cyclone Dumile. « Il y a eu trois passages du Dornier dans l’île depuis le début de l’année pour venir chercher les enfants qui vont à l’école à Maurice et aucun membre de l’OIDC n’a trouvé nécessaire de faire le déplacement après le cyclone. On ne voit pas d’issue pour les habitants… » dit amèrement un des résidents.
Entretemps, à Maurice, des mouvements de soutien aux revendications des Agaléens se précisent. Pas plus tard que hier, un collectif d’associations mené par Jean Yves Violette a, lors d’une conférence de presse, interpellé le gouvernement sur les problèmes qui perdurent à Agalega en fustigeant l’OIDC pour sa manière d’administrer l’île. « Par rapport à une République qui prône l’égalité de chances, il est inacceptable et injuste qu’une partie de la population de cette même République ait un autre type de traitement. Les principales revendications des Agaléens sont tout à fait justifiées car elles relèvent des droits humains. Or, d’après ce que nous entendons depuis plusieurs années et ce qui a été confirmé dans le rapport de l’ICJM, les droits humains sont bafoués là-bas. Nou fer apel o gouvernman pou ki tou Morisien zot drwa respekte. Nou finn pran konesanz ki finn ena enn premye manifestasion lendi ek nou pe swiv sitiasion de pre. Nou pou azir si oken desizion pa pran pou amelior lavi bann Agaleens », a déclaré Olivier Précieux, un des membres de ce collectif.