Siddick Chady et Prakash Maunthrooa (Photo d'archives)

Le procès intenté à Siddick Chady et Prakash Maunthrooa pour corruption et entente délictueuse dans l’affaire Boskalis a été marqué par l’audition du chef inspecteur Robert Seeruthun, qui était l’enquêteur principal de l’ICAC dans cette affaire. Ce dernier est revenu sur l’enquête de la commission anti-corruption, qui a révélé que certaines sommes avaient été créditées sur le compte bancaire de la compagnie Blockbuster Video Network Ltd, qui était dirigée par Siddick Chady, ainsi que sur le compte d’autres compagnies étrangères faisant affaire avec l’accusé dans l’importation de films.

Le chef inspecteur devait aussi lire les dépositions prises de l’accusé, dans lesquelles il nie en bloc avoir été en contact ou d’avoir reçu de l’argent de la firme Boskalis après l’allocation du contrat.

Dans un premier temps, l’enquêteur principal de l’ICAC, Robert Seeruthun, avait été appelé à lire les deux dépositions de Siddick Chady en août et septembre 2008 dans le cadre de l’enquête de l’ICAC sur un cas de corruption pour l’allocation du contrat de dragage dans le port. Siddick Chady avait nié toutes les allégations selon lesquelles il aurait reçu des sommes d’argent sur son compte bancaire de la firme Boskalis, ou qu’il aurait reçu une somme de 25 000 euros de la part de Gilbert Philippe.

Interrogé par Me Rashid Ahmine, le témoin est revenu sur l’enquête de l’ICAC sur certaines transactions faites par Boskalis.

Me Rashid Ahmine : Une demande de Mutual Legal Assistance (entraide judiciaire, Ndlr) avait-elle bien été faite pour pouvoir faire une perquisition dans les locaux de Boskalis ?
Robert Seeruthun : Oui. Le 12 octobre 2008, l’ICAC avait fait une telle demande aux autorités centrales de Maurice pour qu’elle soit envoyée aux autorités centrales des Pays-Bas.
RA : La Mutual Legal assistance vous a été accordée ?
RS : Oui.
RA : Est-ce qu’il y avait un enquêteur de l’ICAC présent lors de cette perquisition ?
RS : J’y étais pour assister les autorités des Pays-Bas. J’étais l’enquêteur principal de l’ICAC.
RA : Plusieurs documents ont été saisis lors de la perquisition.
RS : Nous avions demandé à obtenir des copies de correspondances entre Boskalis et d’autres sociétés.
RA : Quel genre de requêtes avez-vous fait ?
RS : Nous avions informé les autorités des Pays-Bas que nous avions reçu trois fax lors de l’enquête et que nous voulions trouver ceux envoyés par Boskalis à Maurice. Un IT Officer de l’unité d’enquête des Pays-Bas m’avait appelé dans un bureau et dit « we got it », en me montrant un fax adressé à Siddick Chady.
Le chef inspecteur Seeruthun devait aussi indiquer avoir fouillé le domicile de deux employés de Boskalis, à savoir Pieter Boer et Angela Kok, et que des documents avaient été saisis. Le témoin devait toutefois indiquer qu’il n’avait pu mettre la main sur Pieter Boer pour l’interroger car il avait été informé que ce dernier travaillait désormais à Singapour. Par la suite, le CI Seeruthun est questionné sur des sommes d’argent versées à des sociétés qui étaient en affaires avec celle de Siddick Chady.
RA : Vous aviez aussi reçu l’entraide judiciaire pour vérifier des comptes bancaires au Royaume-Uni, n’est-ce pas ?
RS : Oui. Nous avions vérifié des comptes bancaires des sociétés basées au Royaume-Uni qui négociaient avec la société Blockbuster Video Network Ltd pour la distribution de films. Nous avions trouvé qu’une de ces sociétés, Yash Raj Films, avait obtenu une somme de USD 6 000 de Boskalis.

Le ton monte

Alors que l’audition d’hier tirait à sa fin, un échange verbal houleux a eu lieu entre Me Rashid Ahmine, Senior Assistant DPP, et Me Saïd Toorbuth, l’avocat de Siddick Chady. Lassé de se faire interrompre par les commentaires de Me Saïd Toorbuth, Me Ahmine lui a lancé un « shut your mouth ». Et Me Toorbuth de lui répondre de la même manière. La magistrate Wendy Rangan a dû interrompre la séance pour appeler les hommes de loi en chambre et calmer la situation, leur disant que « you have both been discourteous to the Court room ».