Le père Joseph Mario Moctee, reconnu coupable sous trois accusations d’attentat à la pudeur sur mineur, a comparu en Cour intermédiaire le vendredi 9 août dans le cadre des plaidoiries avant la sentence. La poursuite, représentée par Me Yushra Nathire Beebeejaun, a recommandé une peine de prison de 4 ans pour ce délit, soutenant que le père était considéré comme un “role model” pour la victime et qu’il a violé la confiance que l’adolescent avait en lui et a abusé de son statut pour arriver à ses fins.

La magistrate Ida Dookhy-Rambarrun avait reconnu coupable le père Joseph Mario Moctee des trois accusations d’attentat à la pudeur retenues contre lui. A l’heure des plaidoiries, avant le prononcé de la sentence, le père Moctee s’est adressé à la cour : « La cour m’a trouvé coupable, c’est la justice des hommes. Je clame toujours mon innocence. Devant Dieu je suis innocent. Si j’étais vraiment coupable, j’aurai demandé la pire des sentences. »

Dans son réquisitoire, la poursuite a avancé que la peine de prison maximale pour ce délit d’attentat à la pudeur est de 10 ans. Rappelant les faits, elle a soutenu que l’adolescent « avait du respect pour le père, qui était son “role-model”, supposé inculquer de bonnes valeurs » aux plus jeunes. « L’accusé a violé la confiance envers lui et abusé de sa position d’autorité envers le plaignant. » La poursuite devait aussi demander de prendre en considération l’écart d’âge entre le religieux (57 ans) et la victime (14 ans) au moment des faits. Ainsi, pour la poursuite, une peine de prison est ainsi recommandée, vu la « nature sérieuse du délit ». Selon lui, « c’est un acte hautement répréhensible, qui ne peut être minimisé ».

Me Rex Stephen, qui a procédé aux plaidoiries pour le père Moctee, a demandé à la cour de trouver « la sentence appropriée » en prenant compte des dispositions du code pénal abordant le délit d’attentat à la pudeur. La magistrate Ida Dookhy-Rambarrun prononcera sa sentence le 26 août.

Le père Moctee avait été arrêté le 13 juillet 2015 dans le cadre de cette affaire. L’adolescent avait porté plainte à la police, avançant que le père Moctee l’avait invité pour passer la nuit ensemble à la cure de Sainte-Anne, à Chamarel. Selon la plainte de l’adolescent, qui était enfant de chœur, il se trouvait devant son ordinateur, allongé sur un matelas, lorsque le prêtre l’aurait rejoint en se glissant sous la couette avec lui. Le religieux aurait alors attenté à sa pudeur. L’adolescent avait toutefois pu se sortir de l’emprise du prêtre, mais restait traumatisé par les événements. Ce n’est qu’un mois après qu’il avait décidé de tout révéler à ses proches.

Lors de ce procès, la poursuite avait insisté sur le fait que le témoignage de l’adolescent de 15 ans est « crédible » et que ce dernier avait été traumatisé à la suite des événements. « L’adolescent faisait confiance au père Moctee, un homme religieux. Vu que le suspect et la victime entretenaient une bonne relation, il aurait été impossible pour l’adolescent de faire de fausses accusations. » L’adolescent avait témoigné via visioconférence lors du procès.

L’avocat du père Moctee, Me Bernard Marie, avait pour sa part fait ressortir que l’élément de “mens rea”, important pour déterminer la culpabilité de l’accusé, n’avait pas été prouvé dans cette affaire. Me Marie s’était appuyé sur les témoignages de trois jeunes, tous âgés de 18 ans, qui eux aussi se rendaient chez le religieux .En Cour, les témoins avaient déclaré avoir l’habitude de rester chez le père Moctee et qu’il « n’y avait rien d’anormal ce jour-là ».

Le prêtre du diocèse de Port-Louis a même été sanctionné par le Vatican, en particulier par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, à Rome. Il est pour l’heure assigné à résidence et s’est vu ordonner par la congrégation de ne participer à aucune activité pastorale et de se tenir loin des mineurs.