(Photo d'illustration)

Le procès de dix-huit prévenus soupçonnés d’avoir collecté 70 millions d’euros provenant de réseaux de drogue français pour les injecter dans un tentaculaire circuit international de blanchiment occulte s’est ouvert lundi à Marseille, dans le sud-est de la France.

La découverte, le 10 juin 2015 sur une aire d’autoroute, d’un véhicule équipé d’une cache contenant plus de 298.000 euros avait conduit les gendarmes à mettre au jour un réseau de blanchiment permettant l’évacuation de très importantes sommes vers la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas mais aussi les Emirats Arabes Unis.

Ce réseau d’argent sale fonctionnait sur le modèle de « l’hawala », un système financier datant du Moyen-Age. Il reposait sur la confiance mutuelle entre « sarafs » – agents de change – pour des règlements transfrontaliers sans déplacement physique d’argent.

Cette opacité aurait séduit les trafiquants de drogue qui peuvent ainsi verser des fonds en Europe pour régler leurs fournisseurs de drogue au Maroc, pays où le juge d’instruction considère que se trouve la tête de ce réseau de blanchiment. Un chef d’entreprise, installé à Casablanca, et sa secrétaire sont visés par un mandat d’arrêt.

Parmi les prévenus figure celui soupçonné d’être le collecteur principal de fonds, Abdlakrim Daoudi. Il avait été interpellé en novembre 2016 à Besançon (Est) alors qu’il récupérait deux lourds sacs de sport contenant 943.050 euros. Ancien garagiste domicilié à Grande Synthe (Nord), il sillonnait la France à la demande d’un commanditaire installé à Jette en Belgique. Ce dernier, à l’aide de conversations codées et de transmissions de points GPS, lui indiquait plusieurs fois par semaine les lieux et les sommes à récupérer auprès d’inconnus.

En quinze mois, M. Daoudi, détenu depuis novembre 2016, aurait opéré, selon l’accusation, 230 collectes, récupérant à lui seul 50 millions d’euros.

Selon le juge d’instruction marseillais, « les espèces irriguant les différents canaux de blanchiment mis au jour proviennent du trafic de stupéfiants perpétré en de multiples points du territoire national ». Centralisé en région parisienne, l’argent était dirigé vers la Belgique puis les Pays Bas, plus ponctuellement vers l’Espagne à l’aide « coursiers » utilisant les lignes aériennes.

Quatre collecteurs d’argent, un logisticien qui, dans son garage aux Pays-Bas, équipait des véhicules de caches sophistiquées, les usagers du réseau qui remettaient les sommes et deux passeurs d’argent vers l’Espagne comparaissent également.

Le procès doit se dérouler jusqu’au 30 octobre.

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