DIPLAL MAROAM

Il était évident, au lendemain même de la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo comme ministre et député en mars dernier, qu’il ne pourrait y avoir d’élection partielle à quelques mois seulement de la fin du mandat gouvernemental, et ce bien que le Premier ministre tente toujours de maintenir le suspense, manifestement dans le but de semer la confusion au sein des partis de l’opposition en affirmant le contraire. Ainsi, comme ce fut le cas en 1987, l’appel du pays aux urnes – selon toute probabilité, en décembre prochain – rendra caduque la partielle au No 7, qui arrive à échéance vers la mi-novembre.

Par conséquent, pour la majorité gouvernementale, les prochains mois seraient décisifs car l’adversaire attitré, pour ne pas dire l’ennemi juré de l’actuel pouvoir, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, est de retour en force sur l’échiquier, ce malgré ses déboires judiciaires. D’ailleurs, la large et convaincante victoire des Rouges, en la personne d’Arvin Boolell, au No 18 en décembre 2017, avait déjà annoncé la couleur.

En effet, la situation politique sur le terrain ces jours-ci démontre, d’une façon sans équivoque, que le rapport de forces s’est considérablement rééquilibré, bien qu’après les législatives de décembre 2014, l’Alliance Lepep avait, devant elle, un boulevard d’opportunités, pour creuser davantage l’écart sur des adversaires déjà atterrés mais qu’elle a lamentablement loupé. Aujourd’hui, les domaines de la sécurité publique, avec une police amorphe et sans âme, de la méritocratie avec la politique répugnante des petits copains et copines, et les promesses non tenues font même regretter amèrement l’ancien régime. D’où le succès remporté par ce dernier lors de son rassemblement à Port-Louis le 1er mai. Et si Navin Ramgoolam revenait aux affaires dans quelques mois, n’étant « pas Mahatma Gandhi », comme il avait lui-même affirmé le 24 février dernier à l’occasion de l’anniversaire du PTr, il ne raterait certainement pas l’occasion de rendre aux Jugnauth la monnaie de leur pièce.

Selon toute probabilité, le dossier qui serait déterré en premier lieu serait celui du BAI car aucun gouvernement ne prendrait le risque de compléter le remboursement des clients qui ont été pénalisés sans avoir au préalable en main tous les tenants et les aboutissants de cette ténébreuse affaire. Et il va sans dire qu’un des témoins-clés d’une éventuelle commission d’enquête sur le BAI et la Bramer Bank serait l’ancien ministre des Services financiers, Roshi Bhadain qui a d’ailleurs été ‘blanchi’ dans ce dossier par nul autre que la fille du grand patron de la compagnie d’assurances, Laina Rawat, dont la très surprenante et remarquable présence sur l’estrade du Reform Party le 1er mai à Beau-Bassin ne cesse d’alimenter des commentaires divers et variés dans les milieux concernés.

Or, dans toute politique vindicative, c’est le peuple qui subit le plus durement les conséquences et en paie les pots cassés; les dédommagements étant d’ailleurs effectués à partir des deniers publics. Ainsi, parmi la vingtaine de mesures annoncées par l’ex-PM dans le cadre de sa politique de rupture, l’introduction d’une Economic Offenders Act mérite d’être soutenue car les officiers, détenant de hautes fonctions de l’État, doivent être personnellement responsables de tous les actes illégaux ou tout abus d’autorité et de pouvoir. Dans le cas de Betamax, par exemple, dont les dommages sont estimés à environ Rs 5 milliards plus intérêts, le gouvernement a déjà perdu une première manche alors que les réclamations de BAI et de CT Power s’élèvent à des dizaines de milliards de roupies. Certes, Pravind Jugnauth qui, manifestement, ne s’attendait pas à une telle remontée des Rouges sur le terrain, possède encore dans ses mains quelques cartes intéressantes à jouer – budget, Jeux des îles, le pape, Metro Express, bonus, etc. Or, seront-elles suffisantes pour renverser la vapeur dans le contexte d’une lutte à trois, le MMM ayant déjà exclu toute éventualité d’un arrangement pré-électoral ? Mais quoi qu’il en soit, ces onzièmes législatives après l’indépendance s’annoncent des plus palpitantes, pour ne pas dire virulentes, dans toute l’histoire politique de notre pays.