Si l’on croit que les agriculteurs sont « dan bien », on se trompe : le nombre de leurs doléances, toutes justifiées, continuent d’augmenter, d’année en année. Que ce soit les cultivateurs de canne à sucre, de fruits ou de légumes, ils se trouvent tous sur le même bateau et ce dernier est en train de couler. Coûts de production en hausse, manque de main-d’oeuvre, voleurs dans les plantations mais aussi à la vente à l’encan les découragent, à en croire ceux de Montagne-Longue, une région où ils sont un millier en activité.
« La présente génération d’agriculteurs serait la dernière. Il n’y a pas de relève possible, vu la situation et les conditions dans lesquelles nous travaillons », déclarent Nagendranath et Prashant Dossieah, deux agriculteurs de Montagne-Longue. « Pourtant, nous nourrissons la population de par notre métier », lâchent-ils. Les Dossieah ne savent pas par où commencer pour parler de leurs doléances. La hausse vertigineuse des coûts de production dont celle des principaux intrants, les fertilisants, leur donne le tournis. « Les prix des fertilisants ne cessent de grimper, de même que ceux des herbicides et des pesticides », déclare Nagendranath Dossieah, qui ne sait plus comment s’en sortir, vu que le coût de ces produits rogne une bonne partie de ses recettes.
La main-d’oeuvre, si elle est encore disponible, grâce à de nombreuses femmes qui travaillent encore dans l’agriculture et certains des employés de l’industrie sucrière qui se sont retirés sous le plan de retraite volontaire (VRS), ne le sera plus bientôt, estiment nos deux interlocuteurs. « Il n’y a pas d’autres travailleurs de disponible car les Mauriciens sont de plus en plus réticents à travailler la terre », font-ils ressortir. La solution, selon eux, c’est d’en importer de l’étranger, « quitte à augmenter davantage les coûts de production ». « Nous sommes d’accord pour faire ces frais additionnels car nous savons qu’avec leur travail, ils nous aideront à produire plus de légumes et de fruits et nous pourrons bien nous en sortir », déclare Prashant Dossieah. Ce qui, selon eux, serait aussi bon pour le pays car si la production augmente, les importations de produits agricoles vont diminuer également.
Après cette étape, les agriculteurs poursuivent tant bien que mal leur travail jusqu’au moment de la récolte, après des mois de dur labeur. Déception : des voleurs de légumes et de fruits sont passés avant eux dans leurs plantations. Il n’y a aucun endroit à Maurice qui est épargné, soulignent-ils. « Des quantités d’ananas et de gingembre disparaissent de nos plantations et sont vendues à deux fois moins cher dans la rue. Nous ne pouvons laisser nos plantations libres pendant quelques heures. Nou ki plante, me se bannla ki rekolte ». Prashant Dossieah indique que plusieurs planteurs ont été agressés ces dernières années lorsqu’ils ont essayé d’intervenir alors que des voleurs étaient en action dans leurs champs. « Pas plus tard que samedi dernier environ 150 kg de gingembre ont été volés du champ d’un planteur. Dans tous les cas, la police nous dit qu’elle ne peut intervenir faute de preuves. Donc, aucune enquête n’est menée. Une fois, on m’a volé un camion d’ananas », dit-il. Depuis cet incident, cet agriculteur a cessé de cultiver des fruits en cet endroit. Il l’a remplacé par la canne à sucre. Ce métier, dit-il, devient de plus en plus dangereux.
Reste la question de vente à l’encan des légumes et des fruits qui se fait près de Roche-Bois. Si les agriculteurs accueillent favorablement la décision du ministère de l’Agro-industrie de bouger cette activité vers un autre endroit, ils estiment que le site identifié à Wooton n’est pas approprié. « Il est trop loin de nos activités qui se trouvent dans le Nord. Nous aurions préféré un endroit dans les parages de St-Pierre qui serait idéal pour tous les agriculteurs, que ce soit pour nous qui sommes dans le Nord mais aussi pour ceux qui opèrent dans le Sud, dans l’Ouest et l’Est. L’accès à St-Pierre est aussi très facile », font ressortir les Dossieah. Ils sollicitent une réunion des planteurs avec le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, pour discuter de leurs problèmes.