Cent vingt kilos de poulets abattus dans des conditions d’insalubrité ont été saisis récemment par le département sanitaire du ministère de la Santé. Mais ce ne serait que le sommet de l’iceberg, estime le secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, Jayen Chellum. Qui déplore la mauvaise coordination entre les différentes instances des ministères de la Santé, de l’Agro-industrie et de la Pêche, en dépit des moyens techniques et ressources humaines disponibles.
“J’ignore le poissonnier à la foire. Je préfère acheter du poisson au supermarché.” Cette habituée d’une foire située dans les basses Plaines Wilhems justifie son choix par le fait que le marchand en question vend ses produits à l’air libre et dans des conditions propices aux bactéries.
Selon le Food Act, les règlements concernant l’abattage et la vente de produits frais (poulets, viandes et poissons) sont clairs : ils doivent obéir à des critères stricts. Au cas contraire, la marchandise peut être saisie. En ce qui concerne la vente de poissons frais, le contrôle est assuré par les officiers du ministère de la Pêche. Ils font des inspections pour vérifier la toxicité et la qualité des produits.
Règlements.
Mais certains commerçants semblent ignorer les règlements, même s’ils ont obtenu un permis après avoir suivi une formation sur les normes d’hygiène à respecter.
Debout à côté de son véhicule, le marchand espère gagner sa journée en écoulant sa marchandise : du thon “frais”. Plusieurs tranches ont été découpées, d’où s’écoulent du sang. À l’aide d’une branche, il s’évertue à repousser les mouches, tandis qu’un chien est à l’affût…
Dans une boucherie qui se trouve non loin de la foire citée plus haut, des poulets sont exposés à l’air libre. Normalement, toute boucherie doit disposer d’un appareil pour contrôler la température des produits.
Mais dans certains lieux, un simple ventilateur sert à garder frais les aliments. Nous l’avons constaté dans un commerce de la capitale. Alors que les murs et les étals où les produits sont exposés sont censés être recouverts de carreaux céramiques, ce n’est pas le cas. La viande fraîchement découpée est exposée sur du carton. Ce qui est absolument contraire aux règlements.
Yousouf Gaungoo, Senior Health Inspector à la Central Flying Squad du ministère de la Santé, le répète à qui veut l’entendre : un produit mal stocké n’est pas à l’abri des bactéries, présentes dans la nourriture même après la cuisson.
Microbes.
Il souligne également que “dans la chaîne de l’abattage, il y a différents critères qu’il faut respecter, et ils doivent suivre un ordre bien précis afin qu’il n’y ait aucune contamination de la chair (l’abattage, le nettoyage, le découpage, le lavage et l’emballage, selon le cas). La température de la pièce est importante également. Si on ne baisse la température du produit immédiatement, on l’expose à des bactéries à cause de la chaleur.”
Selon le Senior Health Inspector, ce sont des cas d’empoissonnements alimentaires domestiques qui ont été le plus répertoriés. Ces cas sont dus par cross contamination avec un autre produit contenant déjà des bactéries ou à cause du non-respect de la chaîne du froid, résultant en une prolifération de microbes.
Les normes établies sont importantes. Yousouf Gaungoo estime que les consommateurs devraient les connaître afin de ne pas se faire arnaquer et éviter ainsi une intoxication alimentaire. Si un abattage a été fait dans de mauvaises conditions, la durée de vie du produit diminue indubitablement. Il conseille au public de bien vérifier les produits frais avant de les acheter, et s’assurer qu’ils ne sont pas surgelés, puis dégelés. Il faut également faire attention à leur texture, leur brillance et leur élasticité. Par exemple, si lorsque vous tâtez un produit, apparaît un creux, cela signifie que vous n’avez pas affaire à une marchandise fraîche.
Contrôle.
Pour sa part, Jayen Chellum de l’Association des Consommateurs de l’Île Maurice (ACIM) déplore le manque de concertation des départements exerçant le contrôle des aliments mis en vente. Il va même jusqu’à affirmer que les différentes instances concernées préfèrent se tirer dans les pattes plutôt que de coordonner leurs activités. “Il y a assez de ressources humaines et d’équipements afin de veiller à ce que les produits frais soient vendus selon les normes”, souligne notre interlocuteur. Mais, selon lui, beaucoup d’abattages se font dans des conditions non conformes aux lois du pays et ne subissent aucun contrôle.
Afin de mieux traquer ceux qui s’adonnent à de telles pratiques, Jayen Chellum estime qu’il faudrait centraliser les différents services et les placer sous une même instance. Une proposition faite par l’ACIM, il y a déjà plusieurs années. “Actuellement, il semblerait que chaque instance a sa chasse gardée et souhaite monter en grade, alors que le travail d’inspection aurait été plus efficace et mieux géré s’il était mieux coordonné.” Selon lui, il y aurait assez de ressources humaines et d’équipements pour ce travail, mais le contrôle s’effectue difficilement parce qu’il se fait en ordre dispersé.
De son côté, Yousouf Gaungoo invite les membres du public à collaborer avec le ministère de la Santé en dénonçant, dans un des treize bureaux du département sanitaire, les pratiques qu’ils jugent douteuses.
La vigilance est donc de mise. L’utilisation de sacs isothermes est également recommandée afin de maintenir la chaîne du froid. Il est aussi conseillé de ne pas mettre dans un même sac les produits congelés avec ceux prêts à être consommés.