Des médecins du privé et du public expriment ouvertement leur mécontentement au sujet de la présence accrue des confrères étrangers dans les disciplines qui ne sont nullement des “scarcity areas” à Maurice et où il existe déjà de la compétence. Le refus de quelques-uns de présenter leurs diplômes de spécialisation au Medical Council au moment de l’enregistrement obligatoire pour pouvoir exercer dans l’île, en soutenant qu’ils sont des « éminents médecins », est sévèrement commenté dans les milieux du Council. Au sein de cet organisme de contrôle on laisse entendre que toute tentative d’amender la loi pour faciliter la présence des étrangers ne serait pas la bienvenue et on appréhende même une levée de boucliers dans la profession si cette intention se précise.
Depuis quelques mois déjà on a relevé un profond agacement au sein de la profession médicale à l’égard des confrères étrangers et ce mécontentement se manifeste davantage aujourd’hui, surtout du côté des médecins exerçant dans le privé. Les protestataires soulignent d’emblée qu’ils ne sont pas des xénophobes et que les membres de la profession médicale à Maurice accueillent volontiers l’apport des étrangers dans les domaines où la compétence est rare. « Nous sommes tous d’accord que leur présence est utile dans les scarcity areas », affirme de manière catégorique le Dr Patrick How, président de la Private Medical Practioners’ Association (PMPA). « Leur présence pose problème quand ils viennent s’installer chez nous sur une longue durée en se présentant comme des “super spécialistes” dans des domaines pointus mais qu’en réalité ils proposent leurs services dans des domaines où il existe déjà beaucoup de compétences mauriciennes comme la gynécologie, l’orthopédie. C’est une grave injustice envers les confrères mauriciens qui sont dotés de cette compétence », poursuit le porte-parole des médecins du privé.
Un autre grief des protestataires porte sur la publicité que feraient certains confrères étrangers dans des journaux à propos de leurs services alors que le Code of Conduct interdit cette pratique.
Selon nos renseignements, la principale préoccupation de l’heure au sein du Medical Council (MC) concerne la demande d’enregistrement de quelques médecins étrangers qui se présentent comme spécialistes mais qui ne soumettent pas les documents y relatifs comme le stipulent clairement la Medical Council Act 2002. Selon la clause 21 de cette loi tout demandeur doit obligatoirement présenter entre autres leurs diplômes universitaires originaux et le Certificate of good standing qui est octroyé par l’Ordre de médecins de leur pays respectif. Or quelques-uns de ces demandeurs étrangers n’ont toujours pas présenté leurs diplômes, d’où le refus du MC de leur octroyer la registration. Même si ces demandeurs se présentent comme des “éminents spécialistes” le MC exige qu’ils présentent des pièces justificatives attestant de leurs qualifications dans leur domaine de prédilection.
Cette exigence du Conseil de l’Ordre des Médecins à l’égard des demandeurs étrangers n’est pas appréciée dans certains milieux. Depuis quelques jours, il y a pression sur le MC venant de plusieurs milieux, notamment politique, pour octroyer la registration à ces étrangers en attente. On avance que l’idée d’un éventuel amendement à la loi en vigueur aurait été brandi il y a quelques jours par ceux qui font pression. Mais au sein du MC, on fait clairement ressortir qu’une telle démarche ne serait pas la bienvenue car il ne pourrait y avoir une politique de deux poids, deux mesures s’agissant de la registration. « Il ne peut y avoir deux types de loi, une pour les Mauriciens et une autre pour les étrangers », disent des membres de cet organisme, garde-fou de la profession médicale. Les responsables du MC préviennent qu’une éventuelle démarche pour amender la loi « afin de faciliter la présence des médecins étrangers » soulèverait une levée de boucliers dans l’ensemble de la profession.
La présence grandissante de médecins étrangers et surtout la question de registration ainsi que les pratiques qualifiées de « d?loyales » de quelques-uns agitent un grand nombre de médecins mauriciens au point où les différentes associations de ces professionnels ont décidé de se rencontrer la semaine prochaine pour passer en revue la situation. Les dirigeants de la Private Medical Practioners’Association (PMPA), de la Medical Health Officers Association (MHOA – généralistes du public), de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA — spécialistes du public), de la Government Medical Consultant Association (GMCA – chefs de départements dans les hôpitaux), ont commencé à informer leurs membres de la tenue de cette réunion. « Cette rencontre entre les m?decins du public et du priv? sera consacr?e uniquement ? la question des m?decins ?trangers », confirme au Mauricien, un dirigeant de la Government Medical Consultant Association. « Nous allons ce jour-l?, d’abord prendre connaissance de toutes les donn?es et ensuite nous allons pr?senter nos dol?ances au Medical Council et interpeller si besoin est, les autres autorit?s concern?es », explique ce Medical Consultant de l’État.