Le Medical Council complète les dernières formalités administratives en vue de l’inscription de 170 nouveaux médecins. « D’ici la semaine prochaine, ces médecins recevront le permis qui leur donne droit d’exercer », confirme un responsable du Conseil de l’Ordre des médecins. Ayant recruté l’an dernier environ 80 généralistes, le ministère de la Santé ne lancera pas de sitôt un nouvel appel à candidatures.
« Que feront ces jeunes médecins ? » s’inquiètent de vieux routiers de la profession médicale. Quelques-uns entament des démarches pour des études de spécialisation, mais la majorité de ces 170 nouveaux médecins réfléchissent à la manière de commencer leur carrière professionnelle. A entendre leurs souhaits, ils veulent tous un « job dans la Fonction publique ». Mais la Public Service Commission avait reçu plus de… 300 candidatures pour le dernier exercice de recrutement en juin dernier, mais seulement 80 médecins ont pu décrocher un emploi. Il est bon de savoir que le ministère avait tout simplement rempli les vacances qui existaient depuis plusieurs années et n’a pas créé de nouveau poste.
Et pourtant, pour pouvoir mettre en oeuvre son projet d’un “shift system” pour le département de “casualty” dans chaque “Regional Hospital”, le ministère aura besoin d’environ 100 nouveaux médecins. A titre d’exemple, il faudrait une équipe de 48 médecins pour le “casualty” à l’hôpital Victoria et un personnel de 25 médecins pour l’hôpital Nehru. « Le ministère a repoussé ce projet de “night shift” car il n’y a pas d’argent pour payer de nouveaux médecins ! » explique un responsable d’un hôpital.
Les 170 nouveaux médecins, qui arrivent dans quelques jours sur le marché du travail, devront exercer dans le privé, soit travailler pour des cliniques privées sur une base contractuelle ou ouvrir leur propre cabinet. « Les cliniques sont remplies », dit le Dr Mohammad Ifshaq Jowahir, PRO de l’Association des médecins du privé, qui exerce depuis 35 ans dans son cabinet à Port-Louis. « Ces jeunes devront se faire une clientèle », poursuit le praticien. Le marché n’est-il pas saturé ? Les avis divergent à ce sujet.
« Pas du tout », affirme pour sa part le Dr Jowahir. « Ces derniers dix ans, il n’y a pas eu de renouvellement de la profession dans le privé. Tous les nouveaux venus sont allés travailler dans les hôpitaux », explique-t-il.
Le Dr Patrick How, président de cette association de médecins, « reconnaît qu’il est difficile aujourd’hui pour un débutant de s’installer dans le privé », non pas parce qu’il n’y a pas plus de places pour les nouveaux venus, mais en raison, dit-il, de la conjoncture économique difficile. « Je n’aime pas le terme “marché saturé”, parce que cela renvoie à la notion de “demand and supply”. Nous n’offrons pas de produits, mais un service, et c’est la qualité qui doit primer. Mais c’est un fait que les gens doivent débourser pour ce service. Dans la conjoncture économique actuelle, qui est difficile, le public préfère se rendre dans les hôpitaux où le service est gratuit », explique le médecin, qui compte huit ans d’expérience dans le privé.
En fait, ouvrir son propre cabinet de généraliste ne requiert pas un investissement financier conséquent. Pour démarrer, le médecin doit avoir tout simplement les équipements de base, à savoir un stéthoscope,
un sphygmotensiomètre (appareil servant à mesurer la tension artérielle), une couchette, un lavabo et un bureau. Sans compter que l’environnement dans lequel il offre son service doit être confortable et, bien sûr, irréprochable.
Mais les Drs Jowahir et How insistent sur la notion de l’éthique et sur celle de la qualité du service. « Il faut traiter les patients avec courtoisie, faire de bons diagnostics et donner de bons traitements. Quelqu’un qui offre un bon service peut se faire un nom dans le privé », conseillent-ils à leurs jeunes confrères. « Il y aura des jours très difficiles et il faut être patient », prévient le Dr How. « Il ne faut pas brader la profession et tomber dans la bassesse quand les patients se feront rares », recommandent fortement ces deux médecins du privé.
Parmi ces 170 jeunes médecins qui attendent avec impatience leur permis du Medical Council, l’un d’eux confie être déjà prêt à accueillir ses premiers patients dans son cabinet… chez lui !