Bien qu’il pourrait s’en défendre, Irwin Nursoo, jeune vidéaste apparaît aujourd’hui comme une des figures emblématiques d’un petit groupe de cinéastes mauriciens qui creusent des sillons différents mais ne cherchent pas à évoluer dans une industrie plombée par la notion d’auteur. Chacun fait son film au moment où il veut et peut le changer à tout moment. Jeune autodidacte qui va traiter bientôt, frontalement, un film sur les relations humaines dont le titre n’est pas encore choisi, Irwin conjugue la technique et l’émotion, la compréhension sensible de la jeunesse actuelle et leur langage performatif. L’Humain est au coeur de son travail qui a pour ligne conductrice le corps, sa mise en scène, la réflexion sur l’image et la condition de l’homme. Chaque création est vécue comme une thérapie et avec le désir d’avancer dans un condensé de trois minutes au minimum.
Derrière ce profil, ce n’est pas seulement un jeune vidéaste qui s’exprime sur ses premières tentatives, mais c’est aussi un jeune homme qui dévoile son cheminement spirituel. Son parcours : la trentaine, il a grandi à Quatre-Bornes, souvent enfermé dans la maison familiale où il passait son temps à voir des films.
Depuis, il a toujours voulu faire du cinéma. Guitariste et claviériste, il a enseigné la musique au Conservatoire de Musique François Mitterrand et a ensuite entrepris des études de psychologie. Irwin Nursoo est un amateur au sens traditionnel du terme. Il a appris en écrivant et en réalisant ses premiers petits films pour la pub, la mode. Il connaît les contraintes de la narration et de la production. Irwin est aujourd’hui prêt à délaisser un moment les beaux plans de la mode pour capturer les instants où l’homme se présente dans son état naturel. Ce parfum est essentiel pour donner un ton au film et établir une histoire, un langage qui fonctionnent. La rencontre entre les groupes sociaux, c’est encore possible, dit-il. Son intention n’est pas d’établir un constat social, ni de porter de jugement. Irwin veut se concentrer sur les personnages — leurs réactions, leurs interactions. Ensuite, le public peut y voir un propos plus large sur la société mauricienne s’il le veut.
Irwin Nursoo n’est pas encore entré dans le circuit des festivaliers, s’aventurant parfois dans le celui du net. Peu de conventions d’écriture dans ses petits films. Il n’aime pas trop la misère, le chômage comme artifices de dramatisation (d’autres ont traité cela avant lui). Jeune homme traversant une période mystique, il cherche dans la musique et l’image la représentation du réel. Un petit entretien avec Irwin montre la diversité de ses angles d’approche, la pluralité dont nous sommes constitués et sa façon de poser un regard neuf sur l’état des arts visuels. Ses réponses embrassent toutes les étapes d’un court métrage (le concept, la maturation de l’idée, l’écriture, la prise de vue jusqu’au montage). Jusqu’ici ses petites vidéos (Océania, The chosen cap, African Town, un petit film sur la maison de couture Lionnet-Fauzou) ont permis de documenter des spectacles vivants, fuyants comme dans Océania. La première gageure a été de montrer des corps perçus, mis en scène et cadrés. Irwin a fait des films sur la mode soutenus par un véritable plaisir visuel grâce au montage entre le texte et l’image. Il y a d’un film à l’autre une jubilation qui tient au naturel désarmant des plans tournés avec des moyens dérisoires. La deuxième gageure est de proposer une mise en espace du corps dans la production de l’image. L’important est de savoir comment cette expérience sensorielle permet de développer différentes modalités de relation au spectateur. Cette démarche appelle une réflexion sur la part de recherche dans les productions.
Infos pratiques : Irwin Nursoo : email irwinnursoo@gmail.com. Tel : 726 5301