Alors que les autorités étudient la demande du promoteur Growfish International (Mauritius) Ltd pour un permis Environmental Impact Assessment (EIA) en marge de son projet de ferme aquacole, les hôteliers, eux, s’y opposent. Dans une lettre envoyée au ministère de l’Environnement ainsi qu’aux autres départements concernés, l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) évoque ses craintes et fait connaître son opposition. Pour cause, explique-t-elle, se basant sur le rapport commandité d’experts en aquaculture, « outre les réels risques de requins », ce projet, « surdimensionné » et comportant plusieurs risques pour l’écosystème marin, la demande de licence EIA de Growfish ne répondrait pas aux exigences du gouvernement en matière de politique d’aquaculture et ne respecterait pas les normes acceptées pour ces soumissions. »
Le projet d’aquaculture au large de la baie de Tamarin et dans d’autres parties de l’ouest du pays suscite la préoccupation de l’AHRIM. D’autant que tous les organismes qui encouragent l’aquaculture, notamment la FAO, insistent sur l’absolue nécessité d’une « gestion responsable » de l’aquaculture et de l’application de « conditions strictes ». Tenant compte que l’État projette d’attirer dans un futur proche plus de 1,5 million de touristes par an, sans parler du développement des IRS et de l’accueil des retraités, les promoteurs du secteur hôtelier estiment qu’une aquaculture responsable ne doit pas contrecarrer ce plan.
Ainsi, dans le cadre de la soumission d’une demande de permis EIA par Growfish International (Mauritius) Ltd auprès du ministère de l’Environnement, l’AHRIM a sollicité l’avis d’experts reconnus dans divers domaines liés à l’aquaculture. Ont participé à cette étude Michel De San, biologiste spécialisé en gestion de projets de développement des pêches et de l’aquaculture, Pierre Bosc, ingénieur agrohalieute, spécialisé dans le développement de projets en aquaculture tropicale et en ingénierie des milieux aquatiques, Sharveen Persand, Master en océanographie physique, spécialisé en environnement, et Dominique Gréboval, Docteur en gestion des ressources marines.
Les garanties insuffisantes
Dans leur rapport — effectué après des analyses en profondeur de la demande de Growfish International (Mauritius) Ltd pour une EIA Licence et axé sur le débat public autour de la viabilité du projet et son interaction avec les autres aspects de la vie économique, sociale et environnementale de Maurice, y compris le tourisme et des constats à La Réunion où ils se sont rendus —, les experts soulignent ainsi que les garanties données par la société Growfish sont insuffisantes. « D’un point de vue purement technique, le projet tel qu’il a été proposé ne répond pas à la définition d’une activité responsable. Il ne s’inscrit pas, à notre sens, dans les grandes tendances internationales et ne reflète pas les ambitions du gouvernement mauricien telles que formulées dans les divers rapports stratégiques », notent-ils.
Le panel d’experts estime de même que « la viabilité et l’intérêt économique du projet n’ont pas été démontrés. » En référence aux expériences passées en matière d’aquaculture, les experts relèvent ainsi la difficulté de rentabiliser une exploitation de taille industrielle à Maurice. « Les ambitions du promoteur — un volume de production 30 à 100 fois plus important que celui de la Ferme Marine de Mahébourg — ne semblent pas tenir compte de l’analyse faite dans le rapport du BOI (2015) sur les problèmes qui affectent l’industrie et les difficultés de la FMM », disent-ils.
Autre constat considérable émis par les experts sollicités par l’AHRIM, le « risque requin » réel. « À la lecture des rapports d’étude de comportement des requins, le risque que l’élevage en cage engendre un “effet DCP” du fait des interactions avec le milieu et attire ainsi les petits poissons pélagiques mais aussi les prédateurs opportunistes dont les requins, semble logique », expliquent-ils. Si aucun lien de cause à effet n’a pu être démontré, concèdent-ils, l’ampleur de notre ignorance sur le comportement des requins d’une part, et l’absence d’étude scientifique démontrant un « risque zéro » d’autre part, appellent à la plus grande prudence, dit le rapport.
Se basant sur ces éléments, les hôteliers ont ainsi fait savoir aux autorités que l’association « considers that the EIA licence cannot be granted. »