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Le collectif citoyen luttant pour la sauvegarde du littoral, Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL), vient de rendre public un rapport “damning” sur le très contesté projet de construction hôtelière à Bel Ombre. Un rapport supervisé par des géologues sud-africains.

“Un rapport accablant de la part d’experts géologues sud-africains sur la présence de coastal wetlands, là où précisément le ministère de l’Environnement et le National Ramsar Committee ont tous deux donné le feu vert pour la construction d’un hôtel par un promoteur au nom de West

Coast Leisure Ltd. C’est grâce aux contributions du public et des organisations membres telles que CARES et Eco-Sud, que la coalition AKNL a pu faire venir ces experts. Nous les remercions vivement.” C’est ce qu’indique un communiqué émis, la semaine dernière, par AKNL.

Déboires juridiques

Yan Hookoomsing d’AKNL nous confie avoir préféré prendre les devants pour contacter des experts dans cette affaire. “Il est dommage que nos experts locaux ne puissent nous aider pour des raisons diverses. C’est pour cela que nous nous sommes tournés vers trois experts sud-africains, spécialistes en wetlands”, explique-t-il. Après leurs déboires juridiques, notamment face au premier jugement rendu, il y a quelques semaines, selon lequel AKNL n’avait pas de locus standi, soit pas le droit de challenge l’octroi de l’EIA licence à West Coast Leisure Ltd en Cour, le collectif a décidé de ne pas rester les bras croisés. “Nous appréhendons ce qui se passera à l’Environment And Land Use Appeal Tribunal (ELAT)”, dit-il.

Ainsi, AKNL a retenu les services gratuits de trois géologues, experts en wetlands, dont Piet-Louis Grundling, détenant un doctorat dans le domaine, et Jason Le Roux, wetland Consultant à l’Ixhaphozi Enviro Service et assistant lecturer à l’université de Pretoria, entre autres. “Ils ont travaillé d’arrache-pied, et ce, sans rémunération.” En effet, la première rencontre avec les experts a eu lieu en mai drnier pour donner lieu, la semaine dernière, à une seconde rencontre où les géologues ont eu l’occasion de visiter plusieurs sites, dont celui de Bel Ombre.

“Les citoyens doivent se substituer à l’État, alors que c’est lui aurait dû faire tout cela. Ce n’est pas normal”, avance Yan Hookoomsing qui ajoute qu’en plus de devoir maîtriser le jargon juridique, il doit aussi maintenant maîtriser un sujet scientifi que. “Nous espérons pouvoir soumettre au Tribunal de l’Environnement ce rapport accablant sur la présence de coastal wetlands sur le site de construction de l’hôtel. Nous avons déjà déposé au tribunal des rapports établissant que le site sera massacré, avec pas moins de 12,500 m3 d’excavations pour des constructions sur une surface de 10,700 m2.” Et au lieu de deux wetlands, ce sont quatre wetlands qui risquent d’être détruites. Du moins c’est ce qui ressort du rapport produit par Jason Le Roux sous la supervision de Piet-Louis Grundling.

“Ce qui se passe à Bel Ombre est un cas d’école. Il n’y a pas eu d’investigation, pas de counter-checking, le Ramsar Committee n’est pas sur le terrain, ce n’est pas normal”, déclare Yan Hookoomsing. Le rapport sera ainsi soumis au secrétariat de la convention Ramsar à Genève dont Maurice est signataire, ainsi qu’au board mondial du Programme des Nations Unies pour le Developpement (PNUD) et au board mondial du Global Environment Facility (GEF).

“Le PNUD et le GEF accordent chaque année des millions de dollars à l’État mauricien pour supposément assurer la protection de l’environnement et un développement durable. Nous allons leur montrer ce que valent les engagements de l’État mauricien et à quel point leurs fi nancements sont dilapidés. Ces 2 instances viennent de démarrer l’ambitieux programme Mainstreaming Biodiversity into the Management of the Coastal Zone in the Republic of Mauritius.

Les membres d’AKNL vont les alerter que ce programme prévu sur les 2 prochaines années au coût de millions de dollars sera un gigantesque gaspillage d’argent et un pur greenwashing vu le rythme auquel le Gouvernement est en train d’approuver les projets d’hôtel et de Smart Cities sur la cote. Nous demanderons à ces instances qu’elles exigent de l’État mauricien un gel complet des demandes de permis EIA et de building permit par les promoteurs hôteliers et de Smart Cities tant que le nouveau programme UNDPGEF ne sera pas complété”, indique AKNL.