Le Metro n’a pas fini de diviser. Entre les craintes affichées par certains employés du transport public et chauffeurs de taxi et le désir d’autres employés d’autobus de voir « un développement susceptible de mettre de l’ordre dans un système déjà en désordre », les avis sont en effet partagés. Mais déjà, semble-t-il, la Rose-Hill Transport (RHT), à travers son service “express”, a mis en place une stratégie en vue de rivaliser avec le Metro. Cette ligne (Route 1) a ainsi réduit son trajet à cinq destinations pour plus de rapidité.
Outre ses bus normaux, qui quittent toutes les trois minutes la gare Victoria, la RHT opère depuis le 21 août un “Express Service” toutes les 30 minutes du lundi au vendredi. Ce bus ne dessert que cinq endroits (Vénus, Grande-Rivière-Nord-Ouest, Sunray, Chébel et Tang) avant de rejoindre la Place Margéot. Selon un chef de gare, « beaucoup de passagers sont pressés et demandent un tel service ». Mais certains contrôleurs de cette compagnie font voir que, parfois, un tel trajet ne rapporte qu’une centaine de roupies, ce qui les amène à craindre pour leur emploi. « Ce bus n’est pas rempli. La RHT veut peut-être concurrencer le Metro mais je ne pense pas que cela soit rentable. Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. Il y a quelques mois, on avait essayé ce système, mais cela n’avait pas rapporté les recettes voulues. Ce matin, en descendant de Rose-Hill, un bus express se trouvait derrière nous et était vide. Ce n’est qu’à Chébel qu’il a commencé à prendre des passagers. » Et son collègue de renchérir : « Je ne suis pas contre le Metro mais notre travail est en jeu. Nous avons passé toute notre carrière dans ce secteur. Kan lezo vinn vie, ou pa kapav al bat beton. » Toutefois, en dépit de ses appréhensions quant à son emploi, il adopte un ton plus optimiste : « Il faut changer ce système de transport. Peut-être que le Metro sera utile. Peut-être le gouvernement trouvera-t-il une solution. Tenez, on est en train d’arrêter les taxis marron. Il y a trop de problèmes dans le service du transport. » Son collègue ajoute : « La plupart des bus ne véhiculent que très peu de personnes qui paient. Beaucoup de passagers, qui ont leur carte, ne paient pas. Il est vrai que le gouvernement accorde une subvention aux compagnies, mais ce n’est pas suffisant. »
Sur la place des taxis, les chauffeurs sont réticents à se confier sur le Metro. Le seul à s’exprimer concédera que « le Metro affectera certainement » leur travail. « Si nous avons l’habitude de transporter des passagers vers Rose-Hill par exemple, ceux-ci préféreront prendre le Metro. » Au sujet des taxis marron, il explique son point de vue : « Les autorités les ont tolérés depuis trop longtemps. De dix, ils sont passés à 20, 30, 50… Je connais même des policiers et des fonctionnaires qui, quand ils ont fini leur travail, font du “taxi marron”. »
À côté, dans un magasin de DVD, la propriétaire se montre plutôt indifférente face au projet Metro Express. « Nous n’avons même pas une image claire de ce que cela sera. De toute manière, depuis que les marchands ambulants ne sont plus là, la vente a complètement chuté. » Pour un autre propriétaire de magasin, ce projet est « intéressant » pour la future génération. « Je n’ai aucune crainte. Il faut du développement dans le pays, mais le Premier ministre doit bien surveiller ses ministres. Il ne faut pas qu’il y ait des vols, des fraudes ou des commissions. Il faut réaliser le projet en toute transparence ! »
Une habitante de la capitale tient elle aussi à s’exprimer au sujet des taxis marron. « Je voyage en taxi marron pour aller travailler à Baie-du-Tombeau. Ce que les autorités ne comprennent pas, c’est que le transport public ne dessert que certains endroits. Or, le taxi marron me conduit sur mon lieu de travail. Si je devais prendre le bus, il m’arrêterait sur la route principale et je devrais marcher un kilomètre pour arriver sur mon lieu de travail. » Elle ajoute ne pas comprendre « comment les autorités essayent de protéger le transport public, qui est soi-disant légal, alors que je vois des chauffeurs et des contrôleurs d’autobus en uniforme opérer comme taxi marron » après leur travail. « Je les vois aux alentours de 18h30 devant Shoprite. Mais à cette heure-là, j’imagine que les officiers de la NTA ne travaillent pas ! »