Depuis mars dernier, six adolescents, recalés de notre système d’éducation élitiste, sont engagés dans un projet novateur sur l’utilisation de l’art comme outil de communication et d’intégration sociale. Ils sont encadrés par Colette Bernon, artiste mauricienne, Ilse Mikula, artiste sud-africaine, Martina Crouch, étudiant en art à l’université américaine de Yale et l’écrivain mauricien Barlen Pyamootoo.
« De très nombreux jeunes enfants à Maurice quittent l’école primaire vers l’âge de 12 ans illettrés et sans avoir acquis une quelconque aptitude pour leur survie dans cette société de plus en plus compétitive. La plupart n’ont ainsi pas accès à une éducation formelle et ne peuvent souvent pas aspirer à un emploi décent dans l’économie formelle », explique Ilse Mikula, artiste sud-africaine et coordinatrice du projet Récit de Vie.
« Ces enfants, une fois leur adolescence atteinte, se sentent alors rejetés par la société et développent d’une très mauvaise estime de soi (self-esteem). Ils deviennent souvent par conséquent la proie facile des trafiquants de drogue et succombent à l’alcool », ajoute Ilse Mikula.
« Un jour, Mikula est passée devant notre petite école, Craft Academy ; elle est entrée voir ce que nous faisions et depuis elle est restée nous aider. Et c’est ainsi que le projet Récit de Vie est né », indique Colette Bernon, responsable de cette école de rattrapage scolaire à travers l’art qu’elle anime. « Le projet est mené en collaboration avec l’ONG Craft Academy, où les élèves ont une formation artistique, en même temps qu’ils apprennent à lire, à écrire et à compter », ajoute-t-elle.
« Récit de Vie est un projet impliquant ces adolescents de Poste-de-Flacq. Malgré leurs très nombreux déboires dans leur jeune vie, ces jeunes ont du talent, sont positifs et responsables et ne demandent qu’à être acceptés par la société pour réaliser leurs rêves », poursuit Ilse Mikula.
« Le projet consiste en la rédaction d’un livre évoquant la vie de ces jeunes, leur histoire, leurs douleurs, leurs aspirations », soutient pour sa part Colette Bernon.
Depuis le début de juillet dernier, le projet reçoit un grand coup de main de Martina Crouch, jeune étudiante américaine. « Récit de Vie est essentiellement une façon d’utiliser l’art comme un outil de communication et d’intégration sociale. L’art est malheureusement vu comme quelque chose de décoratif et non comme un outil puissant et performant de transformation… Ils ont une occasion unique de raconter leur vie », dit-elle.
« L’approche est très participative… Les mardis, Barlen Pyamootoo les guide à parler, à faire le récit de leur vie et à écrire leur histoire », raconte Colette Bernon. « Les vendredis, Ilse Mikula et Martina Crouch leur montrent comment fabriquer des objets qui viendront illustrer leur livre ».
« Le public doit comprendre que ce projet de livre de leur vécu donne à ces adolescents une fierté légitime et de l’estime de soi (self value). Ce n’est pas qu’une question de se faire de l’argent à travers la vente du livre pour l’école prévocationnelle. Ils aiment le projet, ils apportent du travail à faire à la maison pour le compléter. Ils reçoivent ainsi un feed-back positif de leurs proches et amis, et notre page Facebook (www.facebook.com/RecitDeVie) leur a donné un sens de valeur dans ce qu’ils font et peuvent faire », élabore Ilse Mikula.
« Le livre comprendra aussi des photos de leurs peintures et dessins. Ce livre apportera à ces jeunes une confiance en eux et permettra à leurs histoires d’être entendues pour que les lecteurs aient un aperçu de leurs conditions de vie, mais surtout afin que la tolérance et le respect soient encouragés », poursuit Ilse Mikula.
« Ils savent que le livre sera publié comme un vrai livre, ce qui leur donne un sens de respect en tant qu’être humain », ajoute Marina Crouch. « Pour la toute première fois de leur vie, ils entrevoient un avenir possible ».
Pour Barlen Pyamootoo, ce projet lui a permis de découvrir l’intelligence et la profondeur de ces adolescents. « Ils font preuve d’une ouverture d’esprit étonnante ! Et à travers ce livre qu’ils écrivent et qui portera leur nom, car ce sont eux qui l’écrivent et non moi, ces rejetés de notre société trouvent leur dignité, une voix et un moyen d’exister ».
Cependant, tout n’est pas rose : les concepteurs rencontrent des difficultés pour finaliser le projet, malgré le soutien du Bartel Arts Trust de l’Afrique du Sud. « Nous avons besoin de sponsors et de soutien », affirme la coordinatrice de Récit de Vie.
À cet effet, un dîner de gala est organisé le samedi 11 août prochain au Pink Champagne Lounge à Mon-Choisy. Les billets (Rs 800) sont disponibles au recitdevie2012@gmail.
« Les Mauriciens doivent soutenir ce projet, car pour la toute première fois dans leur vie, ces adolescents rejetés se sentent valorisés et acceptés par la société », argue Martina Crouch.
Ilse Mikula, de son côté, espère pouvoir répliquer un tel projet dans d’autres régions du pays.