La dengue progresse rapidement. Après le premier cas officiellement enregistré selon le ministère de la Santé lundi dernier, 25 autres ont été diagnostiqués durant la semaine, soit une dizaine de plus que les 16 cas dévoilés par le ministre Lormus Bundhoo mercredi. Et si, dans un premier temps, seule la localité de Triolet était touchée, à ce jour l’on recense des cas également à Pointe aux Piments et Vallée Pitot. Selon le ministère de la Santé, des 6 cas – dont un enfant – enregistrés entre le 20 et le 22 mars, 4 concernent la localité de Triolet, un Pointe aux Piments et un autre à Vallée Pitot.
La peur règne sur la ville. C’est le cas de la dire au vu de la progression rapide du nombre de cas de dengue enregistrés depuis une semaine. Sur 764 échantillons analysés au laboratoire de Candos durant cette semaine, 26 se sont avérés être des cas de dengue, indique le ministère de la Santé dans un communiqué émis hier après-midi. En outre, la dengue gagne du terrain et les habitants du Nord principalement redoutent une épidémie. D’autant que les conditions climatiques actuelles en favorisent la propagation. Et les grosses averses de ces derniers jours n’arrangent en rien les choses, indiquent les professionnels de la Santé.
À hier, à Triolet, la dengue était toujours lsur toutes les lèvres, les habitants estimant que le nombre de personnes atteintes serait plus conséquent qu’annoncé par le ministère. Ils estiment également qu’il ne serait pas étonnant que d’autres localités, en dehors de la région Nord, soient touchées. Ainsi avec l’annonce de la hausse du nombre de malades atteints de dengue, la panique gagne d’autres régions de l’île, la population craignant une épidémie, comme en 2009. Ou encore en 2008 avec le chikungunya. Ce, tenant compte que les victimes de la dengue ne sont pas issus de Triolet uniquement mais d’autres régions.
Selon le ministère de la Santé, entre jeudi midi et samedi midi, des 6 nouveaux cas recensés, 4 concernent des habitants de Triolet, un de Pointe aux Piments et un autre de Vallée Pitot. Dans les deux derniers cas mentionnés, le ministère indique qu’il s’agit d’un enfant qui se rend régulièrement, soit au moins deux fois par semaine, à Triolet. L’habitant de Vallée Pitot qui a contracté ce virus travaille, pour sa part, à Triolet, indique le ministère.
Tenant compte des contacts qu’ont pu avoir ces malades avec d’autres personnes d’autres localités, la population s’inquiète d’une éventuelle propagation de la dengue sur notre territoire. D’autant que si le ministère de la Santé affirme avoir enregistré le 1er cas de dengue à Triolet lundi dernier, selon des habitants de la localité, il ressort que des personnes habitant ce village et figurant parmi les personnes atteintes officiellement de la dengue ont commencé à être malades début mars. Ce qui situerait l’apparition de la dengue à plus de trois semaines, contredisant ainsi les dires de la Santé.
Bizin éna plis kas encore
S’ils ont démarré le nettoyage de leur quartier depuis la découverte de ces cas de dengue, les habitants de Triolet restent très inquiets de la sitiuation. “Zamé pa finn tann sa quantité dimoun la malade enn coup!”, disent-ils. Et de s’inquiéter des cas non dévoilés à ce jour. Selon eux, “bizin ena pliss cas enkor. Soi dimoun pe kasiet, soi lotorité pa pe dir, ou soi zot mem pa conné.”Et de révéler que “sa maladie là depi pliss letan bizin dan Triolet pou ki enn cout coum sa, 20 dimoun(ndlr: à vendredi) fini malade.”
Ce que pensent également plusieurs autres médecins, expliquant que la période d’incubation du virus de la dengue est de 3 à 14 jours. “Il y a des personnes qui ne montrent pas de symptômes inquiétants et qui ne savent, peut-être, pas qu’elles ont été atteintes”, disent ces médecins, expliquant qu’un cas en cache généralement 5 autres ou plus. D’où leur crainte que le virus se soit propagé à plus grande échelle que ne l’indiquent les autorités. “Pour l’instant, la région Nord est concernée, mais d’autres personnes en contact avec ces malades ont, peut-être, aussi été contaminées par des moustiques véhiculant ce virus”, disent-ils. Selon les témoignages recueillis, le diagnostic de cette maladie daterait de plusieurs jours avant que le premier cas ne soit révélé lundi dernier par le ministère de la Santé (voir hors texte).
Interrogations
De quand, donc, date exactement le retour de la dengue, qui avait sévi en 2009 à Maurice? C’est la question que se posent de nombreux observateurs et professionnels de la Santé après la découverte d’un foyer de cette maladie à Triolet, principalement cette semaine. Selon le ministère de la Santé qui a, lors d’une conférence de presse, mercredi dernier, fait état de la situation, depuis le début de l’année, deux cas de dengue chez des personnes revenant de Malaisie avaient été dépistés. L’une d’elles habitait Triolet et l’autre Rivière Noire, a indiqué le ministre Lormus Bundhoo. En 2009, une première flambée de dengue avait été rapportée dans la région de Port-Louis. À l’époque, 252 cas avaient été confirmés en laboratoire. En 2013, selon le ministère, 19 autres cas de cette fièvre avaient été détectés, dont 17 enregistrés entre septembre et décembre. Il s’agissait de cas importés à travers des personnes ayant voyagé en Inde. La situation était similaire en 2012, avec 13 cas importés. “Il est difficile d’éradiquer la dengue une fois que le virus a été introduit dans un pays”, explique le ministère de la Santé, soulignant que cette fièvre tend à resurgir périodiquement.
Affluence au dispensaire
Au dispensaire de Triolet, depuis l’annonce de la vingtaine de cas recensés dans la région, c’est le branle-bas de combat. Les gens affluent pour être auscultés, souhaitant, par des analyses sanguines, avoir la certitude qu’ils ne sont pas atteints de la dengue. “Les gens paniquent un peu. C’est inquiétant de savoir que dans une seule localité, un si grand nombre de personnes ont la dengue. Au moindre signe de grippe, les gens se ruent au dispensaire ou à l’hôpital”, dit un travailleur social. Et de faire ressortir que “certaines personnes refusent même de se serrer la main pour dire bonjour, de peur de contracter la dengue.” “Ou pensé dan enn lacaz, six dimoun inn fini gagn la dengue. Sa bann dimoun là finn en contact avec zot lentouraz. Moustik ki finn pik zot finn kapav fini pik lezot dimoun”, disent les habitants de Triolet. Selon les médecins privés, si en une semaine nous avons déjà enregistré plus de 25 cas, c’est en raison des exercices de dépistage qui se font à un plus grand nombre de personnes se rendant à l’hôpital, et également en raison des risques accentués si la maladie n’est pas contenue.
Quid du screening à l’aéroport?
Les habitants de Triolet font ressortir qu’ils sont au courant que d’autres personnes ayant voyagé ont eu des symptômes de fortes fièvres, récemment. “Pa pe met tort lors zot, kapav zot finn dir ministere, kapav oussi zot pa finn dir zot malad. Mé sipossé ena enn screening tou passagers ki retourné depi bann pays à risques, non?”,se demandent les habitants de Triolet. Plusieurs médecins du privé – déplorant avoir pris connaissance de cette resurgence de la dengue à travers les journaux, en dépit du protocole d’accord entre le ministère et le privé – estiment que le système de surveillance mis en place au niveau du port et de l’aéroport n’est pas efficace. Selon eux, il existerait un laxisme des autorités qui ferait, dès lors, qu’un passager atteint d’une maladie qui pourrait être contagieuse, comme la dengue, ne soit pas détectée en amont. Au ministère de la Santé, on se défend en indiquant que lorsque les officiers font des checks auprès des passagers dix jours après leur retour à Maurice d’un pays à risque, souvent, certains ne révèlent pas les symptômes qu’ils ont. “Ou encore, il peut arriver que les symptômes ne se déclarent pas”, dit un médecin du public. C’est pourquoi la vigilance au sein de la population doit être de mise en permanence.
“Il y a des conditions climatiques qui favorisent la prolifération des moustiques, mais nous devons tout faire pour éviter cette prolifération. C’est pourquoi les précautions d’hygiène doivent être un réflexe”, rappellent les autorités. À 7e Mille Triolet, les habitants déplorent les terrains à l’abandon et des cours mal entretenues. “Boucou négligens ena! Ena lacaz abandonné, ena terrin kot dimoun zett zanimo mort, saleté, manzé etc. En plis, la plipart dimoun finn contruir lacaz mé pann prévoir drain ek dalo, delo la reste lor lacaz la, ou soit tomm lor semin”, disent-ils. Ce qui serait, selon eux, à l’origine de la prolifération de la dengue dans leur quartier. Ils ajoutent que “ena dimoun allé vini lot pays, l’Inde, Malaisie tou sa là, ek nou conné zot malade, mé sa, ministère pa au courant.”
En attendant, le ministère de la Santé a déployé les moyens, plus précisément dans la région Nord et les autres villages affectés, pour contenir la maladie et prévenir sa propagation. S’il n’existe pas de traitement spécifique pour la dengue,“le plus important, c’est l’isolement des patients”, dit le Dr Patrick How, président de la Private Practitionners Association (PMPA). “La maladie n’est pas contagieuse si un malade touche un autre, mais si un moustique pique le malade et pique ensuite une autre personne”, précise-t-il.
L’isolement   des malades  recommandé
En isolant un malade dans une pièce spécifique à la maison même, on évite ainsi la contamination à d’autres personnes dans l’entourage. Le président de la PMPA fait ressortir que la dengue est, depuis longtemps, une maladie endémique à Maurice. “Il faut savoir que ce virus fait 50 millions de cas annuellement dans le monde et Maurice n’est pas épargnée. Cependant, il est important d’empêcher toute prolifération”, dit-il. Maurice étant l’un des rares pays d’Afrique à avoir réussi à contrôler la malaria, les médecins privés sont d’avis que les autorités, avec les moyens technologiques dont on dispose, parviendront à éradiquer également la dengue.
Entre-temps, le personnel médical des hôpitaux du Nord et de Port-Louis, ainsi que des centres de santé et des médi-cliniques, plus particulièrement de la région de Triolet et de Belvédère ont reçu des instructions du ministère de la Santé de “screen”tous les cas de fièvre. De leur côté, les autorités sanitaires ont terminé le premier cycle d’épandage de larvicides, jeudi dernier, à Triolet. Les ministres Bundhoo et Faugoo se sont rendus mercredi après-midi dans les rues de Triolet pour assister à l’exercice de fumigation et d’épandage d’insecticides. Ils en ont profité pour faire appel à la collaboration des habitants pour le nettoyage de leurs cours et terrains ainsi que pour le drainage de l’eau stagnante. Les deux ministres ont aussi demandé aux habitants d’éviter les rassemblements et de ne pas faire de longs trajets en dehors de leur village. D’ailleurs, l’inauguration de la medi-clinique de Triolet, prévue mercredi dernier, a été annulée, par mesure de précaution.
En ligne avec le protocole établi pour l’élimination des larves de moustiques, un 2e cycle de fumigation sera effectué dans dix jours. Plusieurs officiers sillonnent la région pour la distribution des produits répulsifs ainsi que des brochures sur la dengue. Quelque 3 200 foyers, soit 12 000 personnes, dans les régions affectées seront sensibilisés, indique le ministère. Et si dans un premier temps, la pulvérisation d’insecticides est effectuée dans des endroits à forte densité de population de moustiques, les régions avoisinantes seront également touchées par cet exercice. Depuis vendredi, les villages de Pointe aux Piments, Trou aux Biches, Balaclava, Le Goulet, Arsenal, Petit Gamin, Morcellement St André, Fond du Sac, Plaine des Papayes, Bois Mangue, Pamplemousses, l’hôpital SSRN et Bois Rouge sont aussi touchés par l’épandage de larvicides. Par ailleurs, l’école primaire Harilall Vaghjee de Triolet n’a pas ouvert ses portes vendredi en raison de l’exercice de fumigation qui y avait lieu. 22 établissements privés et publics des régions de Triolet, Plaine des Papayes, Morcellement St André et Fond du Sac ont aussi été concernés par le même exercice pendant ce week-end.
Malgré la campagne de sensibilisation effectuée sur les normes sanitaires et de propreté, plusieurs Noticeont été servies pour non-respect de la loi eu égard à l’eau stagnante sur les toits et autour des maisons. D’où le renforcement de l’équipe sanitaire dès ce lundi. Une cinquantaine d’inspecteurs seront ainsi déployés et tout contrevenant – à défaut d’une amende variant entre Rs 1000 et Rs 5000, si les dégâts ne sont pas réparés dans un délai de 48h – recevra un warningécrit. Parallèllement, les heures d’ouverture de la Triolet Mediclinic seront étendues de 9h à 20h.