La nouvelle législation sportive qui se doit être pleinement compatible avec les principes et les règles gouvernant le mouvement olympique, tout en assurant le respect de l’autonomie des organisations et fédérations sportives, a été votée aux forceps la semaine dernière au Parlement. Et ce, dans un climat de contestation entraînant le walk-out de l’opposition au moment du summing-up du ministre Devanand Ritoo.
Depuis plus d’une année, la révision du texte de loi fait débat par rapport aux recommandations formelles données par l’instance suprême qui régit le sport mondial, le Comité International Olympique (CIO), et par lequel, toutes les instances fédérales et organisations nationales de sport placées sous sa coupole accèdent à son soutien, aux compétitions internationales et au mouvement sportif mondial.
Ces recommandations se déclinent sous la forme de deux feuilles de route qui ont été soumises avec insistance au Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) en guise de directives pour rétablir dans son vrai contexte, le texte de loi et pour l’appliquer dans le respect des règlementations internationales. Ainsi depuis le 26 novembre 2012, le MJS a reçu à trois reprises des recommandations du CIO, la deuxième survenant le10 avril 2013 et la dernière le 11 octobre dernier.  
Or, la règlementation qui oblige désormais clubs et fédérations à se souscrire à la reconnaissance du MJS afin d’être enregistrés auprès du Registrar of Associations (RoA), est de loin une stratégie vraiment rusée et perfide. Que peuvent-elles bien impliquer, sinon qu’elles démontrent en des termes à peine voilés, l’accaparement des clubs par une instance qui veut tout contrôler à sa guise. La règle d’automonie s’en trouve donc bafouée et le RoA supplantée dans ses fonctions.
Pourtant, les directives du CIO sont claires: le MJS avait été invité à donner son avis préalable – à titre consultatif – et non formel. Le CIO s’était aussi prononcé sur les conditions à respecter pour assurer indépendance et crédibilité au mécanisme d’arbitrage en préconisant d’avoir en dernier recours le Tribunal Arbitral de Sport à Lausanne pour éviter toute forme d’ingérence de l’État. Mais les prévisions figurant dans le texte de loi vont dans le sens contraire.
Au Parlement, le mardi 3 décembre dernier, on a entendu parler de la souveraineté des lois de notre pays par rapport aux règles du CIO.  Alors que les débats sur le Sports Bill faisaient rage, le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, avait pesté que l’État mauricien pouvait se passer de l’aval du CIO, qualifié avec mépris de dictat, pour l’approbation au préalable du Sports Bill avant sa promulgation. Pourtant, force est de reconnaître que l’ultimatum de six mois (10 avril -10 octobre 2013) accordé par le CIO au MJS, suivi des trois mois de sursis (10 octobre au 31 décembre 2013) accordé à la demande du MJS pour recentrer la loi-cadre, justifie sinon amplement l’allégeance du sport mauricien au dictat du CIO.
Dirons-nous donc que vouer allégeance aux règles du CIO est antipatriotique ? Bien au contraire, car nos politiques n’en savent que trop des multiples conventions internationales dont Maurice est signataire. Par exemple, dans le monde du travail. Des lignes directives sont établies par le Bureau International du Travail basé à Genève. Des conventions ont été signées avec des instances telles que les Nations Unies et l’Unesco. Que dire des multiples traités économiques et protocoles d’accord dont Maurice est signataire. En cas de non respect de ces accords, le pays s’expose au blâme et aux conséquences. L’Afrique du Sud avait été banni pendant longtemps des Nations Unies à cause de sa politique d’apartheid. On ne s’attardera pas sur d’autres exemples.
Maurice est certainement un état souverain. Mais cette liberté se conçoit et s’exécute dans le respect des règlements qui l’unit à d’autres pays et aux instances sportives mondiales. Autrement ce serait l’anarchie. Sommes-nous prêts à subir les conséquences découlant du non respect des recommandations du CIO?
Au Parlement, le ministre Ritoo a été incapable de donner la preuve tangible que la nouvelle législation avait bien obtenu l’aval du CIO. Pourrait-il avoir induit en erreur l’hémicycle et la population en clamant le contraire? Chacun sera tenu pour responsable de ses actes et de ses paroles dans l’éventualité que Maurice écope d’une suspension et soit privée du soutien du CIO. Car il ne faut pas croire que le Sports Act 2013 n’est pas pris au sérieux par cette instance. Déjà suspendu, le Comité Olympique Indien a échappé de justesse, il y a quelques jours, à un retrait de reconnaissance définitif du CIO.
On doit aussi se préparer à assister, dès l’année prochaine, au retour des clubs de football d’antan, sans que ceux-ci ne reflètent d’aucune connotation communale dans leur nouvelle appellation. Mais des questions restent posées. Ces mêmes clubs composeront-ils une ligue semi-professionnelle parallèle? Qu’adviendra-t-il de la Premier League et de ses clubs? Les clubs semi-pros seront-il promus en division supérieure sans avoir à passer par l’étape régionale, D2 et D1?. Qu’en pensent la MFA et la FIFA? Cette dernière ayant déjà fait part à la MFA vendredi dernier d’observations alarmantes au sujet de multiples clauses de la Sports Act  jugées contraires à ses règlements. D’autres instances internationales ne tarderont pas à réagir. Et dire qu’il a fallu attendre onze ans — soit cinq ans sous le mandat de Devanand Ritoo, trois ans sous celui de son prédécesseur Sylvio Tang et deux ans dans un premier temps sous celui de Ravi Yerrigadoo sous le régime MMM/MSM — pour amender la législation.  
A voir les réactions qui ont fusé dans les rangs du gouvernement au Parlement le 3 décembre dernier, ce retour est imparable, nécessaire, afin de ranimer la passion pour le ballon rond. Espérons qu’ils ne se soient pas fourvoyés dans leur zèle. A l’époque des clubs d’antan, il n’y en avait qu’un seul en particulier qui saccageait tout sur son passage, semant la terreur dans la défaite comme dans la victoire. Mais en mai 1999, c’est tout le football qui fut trouvé coupable de communalisme, de violence, d’incendie et même de meurtres abominables à l’Amicale dans le sillage des incidents déplorables ayant marqué le match Scouts Club-Fire Brigade. Injustement puni et déchu de sa passion, le foot renaîtra-t-il de ses cendres? L’Amicale avait-elle réellement un lien étroit avec le match du stade Anjalay?
A l’étranger, des clubs trouvés coupables de hooliganisme et de violence dans toutes ses formes ont été sévèrement réprimés et lourdement sanctionnés par les instances internationales et fédérales sans que leur existence ne soit remise en cause.
Chez nous, les seuls coupables de dérapages communaux, dirigeants et supporters confondus, continuent à circuler en toute impunité. Nos braves politiciens n’ont jamais réagi pour des raisons évidentes. Pourtant, les clubs et leurs supporters trouvés coupables auraient dû avoir écopé d’une sanction à la mesure de leur acte de barbarie. Deux ou trois ans de suspension ferme, suivi d’un retour inévitable par la phase régionale et l’imposition de matches à huis clos pour commencer, et plus tard, selon l’évolution de la situation, l’imposition d’un quota très restreint de supporters, auraient bien refroidi l’ardeur de certaines équipes… Toute récidive mériterait une suspension à vie. Ainsi, notre football n’aurait pas été anéanti, car les autres clubs auraient continué malgré tout d’exister. Il n’avait pas lieu, à l’époque, d’être savant pour identifier de telles mesures.
Aujourd’hui la présence de diverses associations socioculturelles,  fanatiques de surcroit qui se croient tout permis et qui se substituent parfois à l’autorité, ne risque-t-elle pas de donner tort au retour des clubs d’antan? Le « football act 2013′  fera date. Car ce n’est pas l’absence de règles, mais la dépravation morale et de l’éthique qui favorisent la décadence. Nous n’avons pas tellement besoin de nouvelles lois, mais bien davantage de dirigeants moralement régénérés.