Un économiste est un expert qui expliquera demain, pourquoi ce qu’il avait prédit hier, ne s’est pas produit aujourd’hui.
La lecture du discours du Budget est pour bientôt. Tout ce que ce pays compte comme économistes et experts comptables volubiles vont monter au créneau pour nous expliquer que telle mesure du ministre des Finances favorise le développement de ce secteur-ci ou que cette mesure-ci protègera telle activité économique ou bien même relancera la croissance ou va la freiner.
Saviez-vous que lorsqu’un journaliste lui a demandé ses solutions pour la crise en Europe, Alvin Roth a répondu qu’il n’en avait aucune, qu’il n’est « pas ce genre d’économiste » ? Pour la petite histoire, le prix Nobel d’économie 2012 a été attribué à Alvin Roth et Lloyd Shapley, deux économistes dont les travaux servent concrètement à quelque chose.
En cette période de déficit de crédibilité des économistes, l’académie des sciences de Suède a voulu marquer le coup et montrer que certains économistes peuvent être aussi utiles que les dentistes. En deux mots ces économistes utilisent un modèle d’ « acceptation différée » pour atteindre une distribution équilibrée.
Nous avons un paradoxe à Maurice : le gouvernement négocie des traités et le secteur privé en tire le plus gros bénéfice. Le Protocole Sucre en est un exemple : les établissements sucriers ont bénéficié des prix convenus par les conventions « inter-nationales ».
Que se serait-il passé si l’Etat avait acheté le sucre des usiniers à un prix légèrement supérieur au prix de marché, pour ensuite le revendre lui-même aux européens au prix qu’il a négocié dans les traités ? L’Etat n’aurait-il pas mieux investi cette manne providentielle pour le bien de toute la population mauricienne ?
Les économistes nous compliquent tellement les débats que nous finissons par oublier que le maître mot de la croissance et du développement reste l’argent. L’Etat n’a plus les moyens de faire des cadeaux au secteur privé. Aujourd’hui ce sont encore les traités « inter-nationaux » de non-double imposition, qui font que notre petite île est le plus gros investisseur en Inde. Qui en bénéficie ?
Quand on sait toute la pression et tout le lobbying que doit exercer l’Ile Maurice, pour que l’Inde ne révoque pas ces traités, contraires à l’intérêt de sa propre politique fiscale, et que surtout la bienveillance de l’État Indien s’explique davantage par des sentiments que la raison, nous sommes en droit de nous demander si l’État en tire le maximum pour le bien-être de toute sa population ?
Les traités de non-double imposition, négociés d’État à État, encouragent les flux financiers à passer par notre territoire, alors pourquoi ne pas les taxer légèrement ? Ils ne vont pas nous fuir pour autant si ailleurs ils sont encore plus taxés. N’oublions pas que même la Commission européenne soutient désormais l’initiative portée par dix de ses membres, d’introduire une taxe sur les transactions financières (TTF). Le montant du revenu généré dépendrait à la fois de l’étendue de l’assiette de la taxe et du taux appliqué aux différentes transactions. Avec une taxe semblable chez nous, le secteur financier participerait à l’effort de réduction de notre déficit public. Dans le même temps, cette taxe permettrait de limiter des transactions socialement indésirables et de réduire l’instabilité des marchés financiers et donc le risque de nouvelle crise financière.
Le bien-être de la population passe par le développement durable. Jusqu’à présent, le secteur privé a mis l’accent sur des innovations qui créent du chômage, au lieu d’innovations qui protègent notre environnement. En rééquilibrant ces innovations, notre économie sera plus saine. Jusqu’à quand va-t-on voir pousser des centres commerciaux titanesques qui ne sont toujours pas recouverts de panneaux solaires ? Pourquoi les lampadaires neufs qui bordent nos routes ne sont-ils pas habillés d’un petit panneau photovoltaïque ? Imaginez une PME mauricienne assemblant ces lampadaires de technologie étrangère dans un premier temps, les modifiant ensuite pour mieux les adapter à nos îles. Je suis convaincu que nous saurions les vendre aux Réunionnais !
En cette période de croissance ralentie de notre économie, je suis d’avis qu’il ne faut pas avoir peur de creuser le déficit budgétaire pour que l’économie génère des emplois et compense les faiblesses du secteur privé. Nous avons besoin de poursuivre les investissements en infrastructure, en technologie et en éducation. Il faut donc un programme d’investissement créateur d’emplois, qui aide notre économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs traditionnels dont le poids doit être affaibli (le tourisme, l’immobilier, la finance) et à s’orienter vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, la santé, l’éducation, l’agriculture).
Ouvrons donc nos esprits à l’économie durable…