En l’espace d’une semaine, les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) ont porté un coup de massue à un important réseau de prostitution infantile couvrant les régions de Cité La Cure et Mon-Choisy avec trois adolescentes de 14 et 17 ans vendues à une clientèle aussi bien étrangère que mauricienne. Les révélations de ces victimes, connues l’une après l’autre, ont débouché successivement sur les arrestations de 6 suspects confrontés à de graves accusations et inculpés provisoirement devant le tribunal. À ce stade de l’enquête, avec le démantèlement du réseau confirmé, seule une suspecte est toujours en détention, soit Marie-Noëlle Heidie S., la mère qui a avoué avoir forcé sa fille de 15 ans à se prostituer.
Cette enquête sur ce réseau de prostitution infantile, révélée en primeur par Week-End dans sa précédente édition, a très vite connu des développements majeurs après les révélations de la jeune fille de 15 ans et l’arrestation des deux premières proxénètes présumées: Marie Joanna Louis, 25 ans, et Christianne Momus, 29 ans, toutes deux des habitantes de Cité La Cure. La mère de la jeune fille, Marie-Noëlle Heidie S., sera la prochaine à être appréhendée par les enquêteurs de la CID de Port-Louis sous la responsabilité du surintendant Reshard Delawarally et du chef-inspecteur Hossenbaccus.
Cette vague d’arrestations se poursuivra avec le présumé client François Motet, 61 ans, habitant St-Félix et ancien employé de la propriété sucrière, et le présumé agent Carouna Narainasamy, 48 ans, habitant Upper-Vale, appréhendés par la police. La dernière arrestation sera celle de Marie Michella Catherine Nina, 26 ans, la fille d’un ancien lord-maire.
Entre-temps, deux autres adolescentes de 14 et 17 ans, victimes de prostitution à travers ce réseau, viennent apporter encore plus de crédibilité à la déclaration consignée par la première jeune fille de 15 ans, en présence des officiers de la Child Development Unit (CDU). Les versions concordantes de ces victimes sont des plus accablantes pour les 6 suspects arrêtés et inculpés provisoirement. D’abord la première victime présentera sa mère, Marie-Noëlle Heidie S., comme étant celle qui l’aurait forcée à vendre son corps depuis 2011 à des Mauriciens et des étrangers. Cette jeune fille aurait été sous la responsabilité de Christianne Momus, soupçonnée de gérer les «transactions» dans le secteur de Cité La Cure avec les activités sexuelles se déroulant dans sa maison en tôle.
Selon les allégations, François Motet contactait régulièrement Christianne Momus en vue de se payer cette jeune fille. À plusieurs reprises, il aurait débarqué à Cité La Cure pour des relations sexuelles avec l’adolescente de 15 ans. Le tarif: Rs 2,000. L’homme, qui occupait un poste important sur une propriété sucrière avant sa retraite professionnelle a nié les accusations formulées contre lui en affirmant qu’il venait dans ce faubourg de Port-Louis pour aider financièrement Christiane Momus, une connaissance, car elle était dans le besoin.
D’autres graves allégations seront formulées à l’encontre de Marie-Noëlle Heidie S. par la présumée victime âgée de 17 ans. Dans ses explications à la police, elle a dit que Marie-Noëlle Heidie S. l’a entraînée dans le spirale de la prostitution. Cette adolescente aurait fait ses premiers pas depuis le début de l’année dans un pub à Choisy géré par le suspect Carouna Narainasamy. Ce dernier, selon la jeune fille, ne se contentait pas d’être son agent mais aurait eu des relations sexuelles avec elle.
Dans ce pub à la clientèle principalement étrangère, le tarif pratiqué pour une passe variait car cela dépendait si les clients souhaitaient louer une chambre à l’étage ou emmener les filles ailleurs. Carouna Narainasamy a nié en bloc les accusations formulées contre lui.
La présumée victime de 17 ans aurait également eu des rapports sexuels avec d’autres clients dans des maisons closes à Cité La Cure sur ordre de Marie-Noëlle Heidie S. Confrontée aux allégations de sa propre fille et de cette adolescente de 17 ans, Marie-Noëlle Heidie S. devait faire des aveux complets aux enquêteurs de la police après son arrestation. «Mo aksepté mo finn van mo tifi. Me mo finn vann-li akoz mo pa ti ena larzan ek mo misié finn kite mwa!», a-t-elle soutenu en substance tout en faisant comprendre qu’elle a été elle-même obligée de pratiquer le plus vieux métier du monde, principalement dans ce pub de Mon-Choisy.
Marie Michella Catherine Nina, qui aurait fréquenté régulièrement la région de Mon-Choisy, et Marie Joanna Louis, qui habite Cité La Cure, auraient joué également le rôle de proxénètes dans cette affaire. Cependant, au cours de leurs interrogatoires dans le courant de la semaine écoulée, elles ont nié formellement les accusations portées contre elles.
Les présumées victimes ont apporté un peu plus de précision quant à leurs versions en participant à une reconstitution des faits à Cité La Cure et dans le pub de Mon-Choisy. Jusqu’en fin de semaine, aucune information n’était disponible quant à une future reconstitution des faits avec les 6 suspects écroués.
Selon les indications de source policière, les prévenus, 4 femmes et 2 hommes, devront se soumettre à d’autres étapes de leurs interrogatoires respectifs. En effet, les suspects devront, tôt ou tard, être convoqués formellement par les responsables de la CID pour des compléments d’informations à l’enquête. Les recoupements tendent à confirmer que les hommes du surintendant Reshard Delawarally et du chef inspecteur Hossenbaccus «will not let any stone unturned» en dépit du fait que 5 des 6 suspects sont en liberté conditionnelle. L’enquête se poursuit.