Il ne s’agissait pas de quelques cas isolés, mais bel et bien d’un phénomène qui s’est développé dans plusieurs parties du pays. Et tandis que les autorités viennent de démanteler trois réseaux de prostitution infantile, d’autres opèrent toujours sans vraiment être inquiétés. Sur le terrain, nous avons suivi les protagonistes de l’un d’eux où des mineures sont vendues à Rs 2 000.
Située dans la banlieue d’une ville, cette région a toujours eu mauvaise réputation. Certains y viennent pour la drogue ou d’autres affaires louches et nos informations nous ont confirmé qu’il y aurait au moins un réseau de prostitution infantile en opération. Une heure à tourner dans les rues de ce quartier populaire, on se rend vite compte de certaines évidences. C’est ainsi que l’on finit par se faire approcher par un homme qui, arrêtant sa moto, nous lance froidement : « Ki pe rode ? ». Nous lui demandons ce que lui a à proposer. « Seki ou dimande », répond l’autre. « Pa tarde, pa tarde, misie la pe veye », poursuit-il face à notre hésitation. « Ou pe rod bann zen la ? », finit-il par demander. Ils seraient nombreux à venir ici à la recherche de jeunes filles proposées par des proxénètes du coin. L’homme rencontré fait partie de l’un de ces réseaux et c’est sans hésiter davantage qu’il nous invite à le suivre.
Rencontre.
S’engouffrant dans une impasse boueuse, le proxénète jette un oeil rapide aux alentours tout en s’assurant que nous arrivons à suivre ses traces. Tandis que l’homme nous demande d’accélérer le pas, il essaye tant bien que mal de nous mettre à l’aise en nous disant que « Par isi korek la, personn pa pou gagn kont la. Lor gran sime laba ki inpe danzere. » Une femme guette notre présence devant la porte d’une maison en tôle. À la demande de l’homme, elle part quelques minutes pour revenir avec deux adolescentes avant de retourner à l’intérieur.
D’apparence, elles semblent avoir à peine 15 ans. Sans doute pour mieux convaincre les éventuels clients, elles sont habillées pour la circonstance. Une porte une robe très courte et l’autre dans un top également très court et un collant. Plutôt maigrichonnes, leur adolescence est à peine masquée par quelques touches de maquillages.
Négociation.
Les deux filles ne nous regardent même pas. Observant l’homme attentivement et l’écoutant nous parler, leurs visages restent sérieux. « Pri la enn lot selma », dit sèchement le proxénète. « Pou enn ladan, 2 badinn », poursuit-il. « Rs 2000 ? », lui demandons-nous. Il répond par l’affirmative. « Inpe hard », lui fait-on comprendre. Ce à quoi il répond que c’est le prix pour des mineurs. « Si ou le seki zenn ou bizin kapav peye, sinon nou ena bann tifi pli gran. Sa bann la Rs 1000 », explique-t-il. S’agit-il de majeures, lui demandons-nous. « Bann plis ki 18 an », répond-il d’un ton légèrement contrarié. Nous lui faisons savoir que nous souhaitons voir ces autres filles. « Zot ena clian la », avance-t-il. Nous prêtant au jeu des négociations, nous le questionnons sur le nombre de filles faisant partie de son réseau. « Six », dit-il froidement. Nous lui demandons aussi si ce sont des parents à lui, faisant mine de ne pas avoir entendu, le proxénète demande si on peut payer. « Pou kapav paye ? Pa fer ler. »
14 et 16 ans.
L’homme s’éloigne un peu nous laissant le temps, dit-il, de réfléchir en compagnie des deux jeunes filles. Profitant de cet instant nous posons quelques questions rapides aux deux adolescentes. L’aînée nous répond furtivement. Nous apprenons ainsi qu’elles sont soeurs et âgées de 14 et 16 ans. Elles ne sont pas scolarisées et vivent avec leur oncle qui les vend depuis plus d’un an. Elles font partie de ce réseau qui comprendrait 3 mineures et 3 majeures. La clientèle serait régulière : des personnes du voisinage ou d’ailleurs en quête de très jeunes filles.
La conversation s’arrête net avec le retour de l’oncle proxénète. Nous prétendons être d’accord avec ses conditions prétextant toutefois qu’il nous faudra aller récupérer de l’argent d’un distributeur. « Pa tarde, vinn kot nou ti zouenn kot ou loto laba », ordonne-t-il. « Kan ou revini ou pran li dan ou loto ou al kot bwa laba. » C’est non loin d’ici, dans une petite forêt, que les jeunes filles sont abandonnées aux clients du proxénète vers lequel nous ne reviendrons pas. Dans ce type de réseaux, ce sont souvent les proxénètes qui se font le plus d’argent au détriment de ces adolescentes abandonnées entre les mains de pédophiles sans scrupule.