« Nous constatons une dégradation visuelle de notre environnement, qui résulte principalement d’actes irresponsables de nos citoyens (…) La propreté de notre île laisse à désirer ! »

En tant que petit État insulaire en développement, Maurice est classée 47e pays au monde en termes de vulnérabilité au changement climatique. Aussi, le ministre de l’Environnement, Kavy Ramano, met les Mauriciens face à leurs responsabilités, à commencer par celle de protéger l’environnement.

Dans le contexte notamment de la “Clean Up Campaign” de jeudi et des assises de l’environnement, qui se tiendront les 16 et 17 décembre, Kavy Ramano sait qu’il devra répondre à des enjeux environnementaux difficiles. Aussi, hier au Caudan Arts Centre, il a mis en perspective les actions du gouvernement en vue de protéger la nature. « Mais malgré les efforts du gouvernement, nous pouvons constater une dégradation visuelle de notre environnement, qui résulte principalement d’actes irresponsables de nos citoyens (…) La propreté de notre île laisse à désirer ! » Les chiffres qu’il évoque parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. Alors que le pays compte 1,3 million d’habitants, 1 488 tonnes de déchets sont produites chaque jour. En 2018, poursuit-il, le volume total des déchets solides transportés à Mare-Chicose s’élevait à 543 196 tonnes. Or, rappelle le ministre, ce centre d’enfouissement « est déjà saturé », et ce même si « des actions ont été prises pour qu’il soit “breathable” au moins pour encore quelques années ».

Cette gestion de déchets coûte Rs 1,5 milliard au pays chaque année, notamment à travers la collecte, le transport des déchets, l’entretien des stations de transferts et du centre d’enfouissement. Une situation qui s’est aggravée, reprend Kavy Ramano, « en raison des déchets plastiques ». Ainsi, selon lui, en 2018, 76 000 tonnes de plastique ont été générées, soit 14% des déchets municipaux.

Pour rappel, la “Pre-Festive Clean Up Campaign” sera lancée  demain sur la plage de Belle-Mare. Cette campagne comprendra le nettoyage des lagons, des berges des rivières, des plages, de l’estuaire de Terre-Rouge et de l’Île-aux-Bénitiers. Le programme s’échelonnera jusqu’au 12 décembre. Les lieux choisis pour être nettoyés sont Port-Louis, Blue-Bay, Ébène, Le Morne et Mon-Choisy. Un exercice, dit le ministre, qui se poursuivra après la période festive et sera assuré par différents partenaires. Le public est aussi invité à y participer.

Maurice à la COP 25

La conférence des parties à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP 25), qui se tient du 7 au 13 décembre à Madrid, sera le premier événement international auquel participera Kavy Ramano en tant que ministre. Il y prendra ainsi la parole. Il faut dire que les enjeux sont de taille au niveau planétaire. Ainsi, en 2018, plus de 62 millions de personnes ont été touchées par des conditions météorologiques extrêmes, provoquant la mort d’environ 5 000 personnes. Des situations climatiques qui auront par ailleurs grandement affecté plusieurs économies, notamment en Afrique, dont le PIB pourrait diminuer de 4,7%.

Concernant les différents rapports du Giec sur l’évolution du climat, qui prévoit un réchauffement de la planète de 2°C, Kavy Ramano estime que « nous approchons de notre dernière chance pour agir de manière décisive ». Revenant sur le cas de Maurice, il fait ressortir que l’érosion des plages s’est accélérée de près de 20 mètres ces dix dernières années. Sans compter le niveau de la mer, qui augmente de 5,6 mm par an.

Par ailleurs, les premières assises de l’environnement se tiendront ce mois-ci. Ce forum national réunira tous les “stakeholders” afin de participer à la cause environnementale. « Un vaste processus de consultation nationale va être enclenché avec toutes les parties prenantes, à savoir les organismes gouvernementaux, les organismes parapublics, le secteur privé, les universitaires, les instituts de recherche, les Ong, la société civile et les bailleurs de fonds », mentionne le ministre. Grâce à ces assises, dit-il, un plan directeur sera établi pour les prochaines années, contribuant ainsi à la formulation d’une politique, d’une stratégie et d’un plan d’action environnemental pour les prochaines dix années.

Selon le ministre, ces assises seront suivies d’une série de réunions de consultation pour l’élaboration de politiques et d’orientations stratégiques sur l’environnement. Les thèmes qui seront abordés sont notamment la gestion des déchets, les zones côtières et l’environnement marin, la lutte contre la pollution, le changement climatique, la biodiversité et les ressources naturelles.

QUESTIONS À | Kavy Ramano :

La COP 21 et la COP 24 ont été des échecs. Or, elles sont d’autant cruciales pour de petits pays comme Maurice. D’autant que notre voix n’est pas toujours entendue. Croyez-vous que la COP 25 sera une réussite ?

Nous avons malheureusement constaté la position américaine, mais ce n’est pas la fin de l’histoire. La COP 25 concerne toute une série d’accords internationaux. Les Nations Unies ont pris la responsabilité de regrouper tous les pays au niveau mondial pour prendre en considération le changement climatique. Personnellement, je suis sorti réconforté en entendant le discours du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutteres, lors de la cérémonie d’ouverture. Il y est allé fort sur les enjeux qui se présentent à nous. Les signaux d’alerte qu’il a abordés ont déjà été cités dans des conférences précédentes. Maurice est un très petit pollueur, comparativement aux autres pays. Mais en tant que pays responsable, il est malgré tout de notre devoir de présenter une politique concrète. Il faut que nous apportions notre contribution et démontrer que la politique environnementale est une priorité.

Cinq pays ont uni leurs efforts pour discuter de commerce, d’environnement et de durabilité à partir de février 2020, dont la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji. Maurice ne devrait-elle pas aussi participer ?

Je participerai à plusieurs sessions de discussions lors de cette conférence. Une séance de haut sommet est prévue à partir du 10 décembre. Je profiterai de l’occasion pour des discussions bilatérales avec ces pays mentionnés.

Nous aurons les assises de l’environnement bientôt. N’est-il pas temps que nos entreprises manufacturières commencent à s’engager à utiliser du plastique biodégradable ou d’autres matières “eco-friendly” ?

Les discussions seront très ouvertes. Nous ne mettrons aucune barrière ni paramètres. Nous aborderons tous les aspects possibles dans un cadre civilisé. Nous parlerons de tous les alternatifs au plastique. Nous ne pouvons pas uniquement dire que nous cesserons d’utiliser le plastique sans donner d’alternatives. Nous ne pouvons aussi demander d’arrêter d’utiliser du plastique sans considérer la collaboration avec le privé et voir comment explorer d’autres possibilités. Ce n’est pas seulement l’affaire du gouvernement, mais aussi du privé. Nous devons trouver un “modus operandi” pour que le privé puisse aussi participer à la politique “zéro plastique”.