Pris de convulsion et de vomissements après avoir consommé un repas à la cantine scolaire en Inde le mois dernier, 23 élèves décédaient quelques heures plus tard à l’hôpital. Les analyses toxicologiques et rapport officiel attribuent ce drame à un empoisonnement aigu dû à un pesticide, interdit pourtant dans de nombreux pays, y compris l’UE. La directrice de l’école a été arrêtée et suspendue de ses fonctions.
 À Maurice, depuis l’incident survenu quelques mois de cela à l’école primaire de Bambous, le School Feeding Programme a été mis en veilleuse. Certes, c’est une contamination microbiologique – probablement causée par la bactérie Salmonella sp., en l’absence d’un rapport officiel du ministère de l’Éducation ou de la Santé – des repas préparés tôt le matin, transportés et servis dans des conditions de forte chaleur qui serait responsable de l’intoxication des élèves mais toujours est-il que quelques années de cela, presque tous les élèves d’une école primaire dans le sud du pays avaient dû recevoir des soins à l’hôpital après avoir été pris d’un profond malaise suite à l’épandage de pesticides dans un champ voisin.
 Depuis plusieurs années voire des décennies, certaines ONG et autorités concernées ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais chimiques à Maurice. Déjà, en 1992, le ministère de l’Environnement, dans un rapport intitulé « State of the Environment in Mauritius » avait qualifié de « extremely high » le taux d’engrais – « 60 times higher than that of Africa » – utilisé chez nous et de « highest pesticide usage in the world per hectare per year », dont 50% en qualité d’herbicides dans le secteur sucrier et évoqué, par conséquent, le potentiel réel de contamination de nos écosystèmes et nappes phréatiques. Or, la quantité de ces produits chimiques n’a cessé de croître ces dernières années. De 1500 tonnes de pesticides importées en 1996, nous sommes passés à 2100 tonnes en 2011 et si, selon Statistics Mauritius, une baisse de 9% est notée en 2012, c’est principalement dû à une réduction non négligeable de surface sous culture de la canne dans le cadre de la diversification économique. Cependant, pour un pays à vocation touristique comme le nôtre avec une superficie dépassant légèrement les 2000 km_ dont moins de 50% est destiné à l’agriculture, la quantité de produits phytosanitaires et d’engrais utilisée – plus de 54,000 tonnes de fertilisants ont été importées en 2011 – dépasse considérablement la limite préconisée dans le cadre de la politique de développement soutenable. Car, faut-il le préciser, environ 90% des pesticides – qui sont des produits de haute toxicité – et 50% des engrais utilisés n’atteignent jamais leurs cibles et se perdent dans la nature.
 Hormis les influences désastreuses sur la biodiversité – en l’espace de deux décennies, par exemple, les populations d’abeilles, insectes pollinisateurs si essentiels à la survie des écosystèmes et à la production agricole, se sont effondrées et courent le risque d’une disparition prochaine -, les principales sources de contamination demeurent, entre autres, l’eau et l’alimentation. Selon une récente étude de l’autorité européenne de la sécurité des aliments (EFSA), la moitié des denrées alimentaires analysées montre des résidus de pesticides – un résultat qui coïncide plus ou moins avec celui obtenu chez nous en 2012 par le Laboratoire de Technologie Alimentaire du ministère de l’Agriculture. Si la grande majorité des échantillons sont dans les normes autorisées par la FAO, il demeure toutefois difficile d’estimer l’impact sanitaire de ces produits dans la chaîne alimentaire. Car les conséquences à long terme de même que les risques liés à ce qu’on appelle « l’effet cocktail » dû à la combinaison de plusieurs molécules sont encore mal connus. Due à leur propriété cumulative, les produits toxiques pourraient avoir déjà provoqué des dommages latents dans l’organisme avant qu’ils ne soient enfin détectés.
 Il convient de faire ressortir que le déclin de la biodiversité n’est pas seulement dû à la dégradation des écosystèmes mais aussi et dans une grande mesure à la diminution de l’énergie, la vitalité et la capacité réproductive. Chez les humains, par exemple, tous les spécialistes du domaine de la procréation médicalement assistée confirment que la qualité de même que la quantité du sperme – nombre de spermatozoïdes, leur morphologie, mobilité, etc – régressent de jour en jour. Déjà, en 1990, une équipe scientifique danoise, menée par le Pr Neils Skakkebeck avait observé que, sur une période de quatre décennies, le nombre de spermatozoïdes dans 1 ml de sperme était passé de 113 millions à 66 millions et l’éjaculation, de 3,40 ml à 2,75 ml.
 À Maurice, beaucoup plus d’accent aurait dû être mis sur la recherche en vue d’approfondir la méthode biologique. Il est connu que certaines molécules produites par des organismes vivants ont la vertu de neutraliser des agents pathogènes in vitro et in vivo ou de stimuler le système immunitaire de leurs hôtes. C’est effectivement par pur hasard qu’Alexander Fleming découvrit la pénicilline en 1929 et ouvrit la voie au traitement antibiotique ou que Edward Jenner inventa le premier vaccin contre la variole qui a été finalement éradiquée en 1980. De nombreuses études démontrent que les principes d’action de ces méthodes sont efficaces et dans le domaine de la pathologie de plantes.