Le premier trimestre tire bientôt à sa fin. Les specimen papers du Primary School Achievement Certificate (PSAC) en vue d’évaluer les élèves en Grade 6 ont accusé un sérieux retard. Ainsi, selon la Government Teachers’ Union, de nombreuses écoles, dont celles de Rodrigues, ont décidé de prendre les devants et d’organiser les évaluations en se basant sur les questionnaires du Certificate of Primary Education 2016. D’autres écoles le feront cette semaine, avec cette fois les spécimen papers du PSAC, ce qui veut dire que l’uniformité en matière de questionnaires ne sera pas de mise. À Rodrigues, la question d’une académie après le Grade 9 se pose. L’île étant elle-même une région, les quatre collèges continueront à admettre les élèves en première année du secondaire.
Le premier trimestre du cycle primaire prendra fin ce vendredi. Trois mois après son entrée dans l’ère de la nouvelle réforme, l’école aurait dû mal à se mettre en mode de transition. C’est ce que disent tous les acteurs concernés, dont des instituteurs. Les parents, quant à eux, ont compris, ou plutôt savent, que le 9-Year Schooling a été enclenché. Mais ils ne réalisent pas encore réellement ses implications. Les premiers qui s’en rendront compte sont ceux dont les enfants prendront part aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) les 24, 25, 26 et 27 octobre prochains, où seulement quatre matières — anglais, français, mathématiques, langues asiatiques/arabe/kreol morisien — seront au programme. Les examens de science et histoire-géographie auront lieu un peu plus tôt, soit les 29 et 30 août.
Une fois résultats connus, l’exercice d’admission dans les collèges régionaux uniquement viendra comme une violente piqûre de rappel. Finie une entrée au collège Royal ou au Queen Elizabeth College. Si la ministre de l’Education, Leela-Devi Dookun, n’a eu de cesse de dire qu’avec la réforme tous les collèges régionaux seront du même niveau, les parents comprendront bien vite que tous les enfants, indépendamment de leurs compétences et performances académiques, ne seront pas logés à la même enseigne. La sélection demeurant, la spirale des leçons privées et l’engrenage de la compétition sont toujours d’actualité pour les prochains candidats au PSAC. En attendant, ce sont surtout des inquiétudes d’ordre pratique soulevées de part et d’autre qui mettent en relief les points sombres de la réforme éducative telle qu’elle est préconisée.
Communication Skills : les instituteurs désarmés
Avec l’arrivée en retard, très en retard même, des specimen papers de l’examen du Primary School Achievement Certificate pour les besoins de l’évaluation du premier trimestre, le ministère de l’Éducation marque un mauvais point auprès de tous ceux qui lui reprochent une réforme mal planifiée. En effet, les specimen papers pour les matières examinable, sauf pour science/histoire-géographie, ainsi que les guidelines destinés aux instituteurs pour évaluer leurs élèves en communication (Communication Skills) n’ont été envoyés aux écoles qu’en fin de la semaine dernière.
“Il était trop tard”, s’exclame Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union. En effet, il revient que la majorité des écoles, lasses d’attendre les questionnaires types, avaient pris les devants en organisant les tests en se basant sur ceux du Certificate of Primary Education de l’an dernier. Pour ce qui est de l’évaluation en communication, les instituteurs ont dû avoir recours aux techniques acquises pendant leur formation.
“Certaines écoles n’ont pas pu attendre la distribution des specimen papers car elles allaient accuser du retard dans la correction des papiers et la comptabilisation des points avant de remplir les rapports”, explique Vinod Seegum. Cependant, à une semaine des vacances, certaines écoles qui n’ont pas encore organisé l’évaluation des élèves en Grade 6 seront en mode examens dès demain. “Elles utiliseront les specimen papers”, précise Vinod Seegum.
Toutefois, avec cette situation où toutes les écoles n’ont pas eu recours au même type de questionnaire pour l’évaluation du premier trimestre, l’uniformité n’aura pas été de mise. “En l’absence d’uniformité, le ministère aurait dû avoir pris la décision d’annuler l’évaluation du premier trimestre. Cela est tout à fait faisable. Il en avait été ainsi après le passage du cyclone Hollanda”, poursuit ce dernier.
 Si à Maurice les principaux partenaires de l’éducation disent se heurter à un problème de communication avec les autorités sur le 9-Year Schooling, les instituteurs à Rodrigues font face à la même problématique. “Si nous posons des questions à la Commission de l’Éducation, on nous renvoie aux institutions de Maurice ou au ministère de l’Éducation”, confie un enseignant de Grade 6. Un autre de la même classe et qui revient sur l’évaluation du premier trimestre explique que les écoles rodriguaises n’ont pas reçu de specimen papers du PSAC. “Nous avons préparé l’évaluation selon les anciens questionnaires du CPE”, souligne-t-il. Et de rappeler que le specimen paper pour histoire-géographie était très attendu car aux examens de fin de cycle du primaire, le questionnaire pour cette matière comprend des questions propres à Rodrigues.
Rodrigues : hindi et mandarin réclamés
 D’autre part, face à une réforme qui met l’accent sur l’interactivité et les TIC, des instituteurs rodriguais ne cachent pas leur exaspération dans un contexte où l’île ne dispose pas encore de fibre optique. La connexion dans l’île est extrêmement lente et cela handicape des ICT Support Officers aussi bien des instituteurs pour qui Internet est un outil de travail. Les instituteurs en Grade 5 auraient toutes les peines du monde à enseigner cette matière, nous dit-on. Ils appréhendent l’utilisation des tablettes.
Alors que la ministre de l’Éducation a insisté sur le développement global de l’enfant pour défendre le 9-Year Schooling, des instituteurs rodriguais font remarquer que les écoliers de l’île auraient beaucoup à gagner si les langues asiatiques, à l’instar de l’hindi et du mandarin, étaient au programme. “Chaque année, des jeunes Rodriguais reçoivent des bourses d’études pour l’Inde et la Chine. Ils doivent étudier la langue pendant un an avant de commencer leurs études. Ils n’auraient pas perdu de temps si la langue était enseignée au primaire”, nous dit un instituteur. Depuis, des enfants rodriguais se sont inscrits à des cours privés pour apprendre l’hindi.
Selon nos sources, les parents rodriguais se posent aussi des questions sur la réforme. Et parmi ces interrogations, celle très pertinente sur une académie. Si à Maurice les collèges nationaux ont été retenus pour être des centres d’excellence après le Grade 9, l’introduction d’une académie à Rodrigues n’a jamais été sérieusement abordée. Rodrigues étant elle-même une région, les quatre collèges existants continueront à recruter des élèves pour les classes de Grade 7 en 2018.
Mais quid après les examens nationaux en Grade 9 ? Est-ce que tous les élèves seront tenus de poursuivre leur scolarité au sein du même établissement jusqu’aux examens de Higher School Certificate ? Ne serait-ce pas là une discrimination envers des collégiens rodriguais qui devraient avoir les mêmes droits que leurs pairs de Maurice et être en mesure d’étudier dans une académie ? Pour ce qui est de la filière préprofessionnelle, des enseignants rodriguais pense que le centre de formation agricole et Le Chou Multipurpose Training Centre seront en mesure d’accueillir ceux qui souhaiteront opter pour cette voie après les examens de Grade 9.