Ce n’est pas d’hier que les médias nous inondent de faits divers les uns plus sordides que les autres, avec une croissance remarquablement inquiétante des crimes sexuels envers des victimes aux multiples visages. La question reste entière : le nombre de délits sexuels augmente-t-il au fil des ans ou trouvons-nous de plus en plus le courage de les dénoncer grâce à une meilleure connaissance ? La seconde option semblerait être la plus optimiste. Toujours est-il que les crimes rapportés nous contraignent à nous interroger sur la sexualité, la nôtre et celle des autres. Sujet on ne peut plus tabou dans notre île, où l’éducation sexuelle et à la vie sexuelle est des plus minimales, quand elle n’est pas inexistante, que ce soit à l’école ou à la maison. Le Mauricien bénéficie donc quasi essentiellement d’une pseudo-éducation de paires, contenant une constellation de fausses croyances fondées sur les préjugés de genre et la pornographie, pour la plupart.
Lorsque quelques personnes bien intentionnées, formées et conscientes des enjeux de santé publique, élèvent la bannière du droit et de l’importance de l’éducation à la vie sexuelle, on les étiquète de fornicateurs, d’incitateurs à la débauche voire de sodomites… Il semblerait que Maurice soit au carrefour de la modernité et du Moyen-âge. Un ami étranger m’a récemment fait remarquer que notre société a pu relever le défi du contrôle des naissances sans parler de sexe. Chapeau bas ! Mais à continuer à ignorer l’existence de ce dont on ne doit pas prononcer le nom, on finit par tomber dessus au détour d’un quotidien sous la forme d’une grand-mère de 80 ans sauvagement violée et agressée par un jeune homme de 25 ans. Maintenant, allez l’expliquer à vos enfants… Embarrassant n’est-ce pas ? Pourtant il est du devoir de tout un chacun de savoir et de faire savoir ce qu’est une vie sexuelle, dans le monde réel, en 2013, avec la mondialisation, et non dans le monde merveilleux de « les relations sexuelles n’existent qu’après le mariage voyons, et avant on en parle pas ! » Eh bien, en vrai, les êtres humains peuvent avoir des relations sexuelles en dehors du mariage, ça arrive, oui oui, et plus souvent qu’on ne le croit, malgré les interdits culturo-religieux. Et il faut en parler, expliquer ce qui relève du « normal » et ce qui est de l’ordre du crime. Et lorsque l’on ne sait pas comment en parler, qu’on s’interroge sur sa propre sexualité ou sur des comportements que d’autres peuvent avoir, eh bien on se tourne vers des professionnels, dans le milieu associatif, un psychologue, un médecin. Il y a toujours un moyen d’expliquer quelque soit l’âge.
Alors cherchons à comprendre, nous adultes, ce qui est un crime pour prévenir nos enfants et nos parents. Une définition simple : « Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l’intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. Cette définition s’applique quels que soient l’âge, le sexe, la culture, la religion et l’orientation sexuelle de la personne victime ou de l’agresseur sexuel ; le type de geste à caractère sexuel et le lieu ou le milieu de vie dans lequel il a été fait ; la nature du lien existant entre la personne victime et l’agresseur sexuel. » Toute personne est capable de contrôler ses actes et devrait avoir des activités sexuelles sans violence ni contrainte.
Dès lors, on est en droit de s’interroger sur l’identité de ses agresseurs, ses êtres humains capables de tels actes. La presse nous en offre une palette très colorée. Mais la réalité est qu’il n’y a pas de profil type permettant de les reconnaître instantanément. Dans la plupart des cas, ils nous sont familiers : un ami, un voisin ou un parent ; ne souffrant ABSOLUMENT PAS de maladies mentales (seul 4% des agresseurs sexuels en sont atteints, les 96% autres sont pleinement conscients de leurs actes !!). Ce sont des manipulateurs multirécidivistes qui planifient leur crime à l’avance et attendent patiemment de trouver leur victime, une personne vulnérable (enfant, une personne âgée, handicapée, seule…). Ils sont souvent impulsifs, agressifs, ne tolèrent pas les frustrations.
Dans le cas des viols collectifs, les agresseurs sont généralement sous l’emprise de l’alcool ou d’autres substances psycho actives, et menés par un leader particulièrement agressif.
Au final, il existe autant de profils que d’agresseurs. Alors pour s’en protéger, le plus efficace est encore d’en parler, de dénoncer, de comprendre dès le plus jeune âge ce qu’est la sexualité pour reconnaître ce qu’est un acte sexuel criminel.
Recevoir une éducation à la vie sexuelle, ouverte et sans préjugés, n’est pas une incitation à la débauche mais un facteur de protection pour vivre en société.