Après la grande discrétion observée la semaine dernière, le Premier ministre est passé en mode “kozé” cette semaine. Une conférence de presse pour annoncer la reprise du Parlement le 4 juillet et deux sorties – l’une en tant que chef du gouvernement à l’ambassade malgache pour la cérémonie marquant le 54e anniversaire de l’accession de Madagascar à l’indépendance,  l’autre, outre son titre de Pm, en tant que ministre des Finances. Cette sortie, vendredi soir, dans le cadre du dîner annuel de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maurice (MCCI) a été une occasion pour le Pm d’annoncer certaines mesures économiques visant à rassurer les hommes d’affaires. On notera au passage les messages également envoyés au leader de l’opposition avec qui Navin Ramgoolam prend des gants, ces derniers temps. Ses actions et gestes de la semaine en disent long sur sa volonté de plaire au MMM, avec qui les “koz kozé” auraient repris, même en public.
Outre la reprise du Parlement, demandée par les mauves qui projetaient une manifestation de rue, avortée depuis, Navin Ramgoolam – qui a expressément annulé son voyage en Guinée équatoriale dans le cadre du sommet des Chefs d’État de l’Union Africaine – proposera le mini-amendement au vote, à l’Assemblée nationale, vendredi de la semaine prochaine.
Autre signe de rapprochement des deux “bons amis”: leur body langage. Jeudi dernier, à l’ambassade malgache, la complicité affichée entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger aux côtés du président de la République Kailash Purryag en disait long sur les relations qui se sont développées entre les deux leaders.
Entre éclats de rires et long aparté, leur entente cordiale était plus qu’évidente lors de ce cocktail où – même si Navin Ramgoolam a serré la main à Sir Anerood Jugnauth pour le saluer – l’ex-leader du Remake 2000 a été ouvertement ignoré par les deux hommes. Paul Bérenger préférant même, à un moment, échanger quelques blagues avec le président du PTr, Patrick Assirvaden, qui avait à ses côtés le conseiller spécial du Pm, Sir Bhinod Bacha. Une situation si gênante que SAJ et Lady Sarojni se sont éclipsés, en toute discrétion, après le toast.
“Mo pa met la croix moi, mo saryé la croix”
Interrogé par Week-Endsur cette complicité affichée avec le Pm, Paul Bérenger devait répondre en souriant que “moi mo complice are tout dimoun.” Il rectifiera aussitôt pour préciser “non, pas are tou dimoun, ena dimoun non!” La complicité est somme toute partagée puisque Navin Ramgoolam s’est même permis d’annoncer à la presse, mardi dernier – après avoir dit qu’il avait appelé le leader de l’opposition le matin, suite à la finalisation du mini-amendement à qui il a dit avoir fait parvenir une copie du “final draft” –, qu’il sait que le MMM votera pour.
La page d’amour ou d’émotion entre le Pm et le leader de l’Opposition ne semble pas avoir été tournée encore. Si Navin Ramgoolam, interrogé par la presse, le 16 juin, avait indiqué que ce n’est pas lui qui a dit que les négociations étaient “off” et avait renvoyé les journalistes à Paul Bérenger, cette semaine, il a laissé entendre à un journaliste qui souhaitait savoir s’il avait mis une croix sur l’alliance PTr-MMM, que “mo pa met la croix moi, mo saryé la croix.” Une phrase lourde de sens, compte tenu des lobbies qui sont à l’oeuvre pour ou contre l’alliance PTr-MMM.
Ce n’est pas Paul Bérenger qui dira le contraire. D’ailleurs, aussi étonnant que cela puisse paraître, lors de sa conférence de presse, hier, le leader du MMM, qui a proclamé que toute éventuelle alliance avec le MSM est “définitivement” enterrée, a précisé qu’en ce qu’il s’agit du PTr, s’il y aura une décision à prendre, il s’en remettra à l’assemblée des délégués. C’est dire que la donne a bien changé depuis la dernière assemblée des délégués qui avait entériné la “rupture définitive” des négociations avec le PTr.
C’est ce qui explique aussi la sérénité de Navin Ramgoolam face au projet annoncé par le leader de l’opposition de déposer une motion de censure contre le gouvernement à l’Assemblée nationale. Mardi dernier, il devait répondre aux journalistes que “mo péna okenn appréhension; mo très serein.” Souriant, il rajoutera par la suite, à la question de savoir à quand les prochaines élections, que “mon mandat va jusqu’en mai 2015.”
Il soulignera, par ailleurs, que s’il compte faire circuler le texte de loi sur la réforme électorale, il lui faut un mandat du peuple avant qu’elle ne soit adoptée. Laissant aussi planer le flou quant à la dissolution du Parlement, le Pm a laissé entendre son intention de présenter “un bon budget”, précisant qu’il ne sera pas le premier chef du gouvernement à cumuler également le portefeuille des Finances et à présenter un budget national.