Lorsque Navin Ramgoolam s’est adressé à son bureau politique, puis à la presse, jeudi, l’alliance était sur les rails et tous les détails de sa concrétisation connus des principaux protagonistes, du moins de ceux qui ont été étroitement associés depuis des mois aux longues négociations qui devaient aboutir à cette alliance qualifie « d’historique ».
Cette alliance avait été conclue dans les conditions suivantes: un partage équitable de 30 investitures à chacun des partis, comme l’avait lui-même évoqué Navin Ramgoolam lors de sa déclaration à la presse jeudi, même parité pour le nombre ministres, 12 pour le PTr et 12 pour le MMM.
Figuraient également dans les termes de l’accord électoral, le passage à une Deuxième République, avec un président doté de pouvoirs accrus et élu au suffrage universel pour sept ans selon un scrutin à un seul tour, avec la possibilité de présider le Conseil des ministres lorsqu’il le souhaite et le Premier ministre conservant l’essentiel du « cabinet systemof gouvernent » tel que nous le connaissons depuis l’Indépendance.
L’accord était, en fait, arrivé bien loin si bien que Navin Ramgoolam était sur le point de réunir ses troupes et le calendrier des événements arrêté comme suit: le rappel du Parlement pour la présentation du texte sur la réforme électorale et enregistrer le vote qu’il suscite et, le cas échéant, proposer le mini-amendement qui exclut l’obligation à un candidat aux élections générales de décliner son appartenance communale.
Ensuite, place au scrutin dans le cadre d’une alliance rouge-mauve et, si les trois quarts obtenus, le Premier ministre Navin Ramgoolam aurait proposé la Deuxième République avant de démissionner de son fief de Pamplemousses/Triolet pour se présenter comme candidat à la présidentielle. Il avait même été question que la partielle et la présidentielle se déroulent le même jour avec Kailash Purryag, celui qui est le seul à bénéficier d’une égale estime tant au PTr qu’au MMM, se présentant en candidat de remplacement de Navin Ramgoolam au No 5.
Entre jeudi et hier, il semblerait que des personnes de l’ombre aient été à l’oeuvre, pour ne pas dire à la manoeuvre, pour contrarier le projet d’alliance entre les rouges et les mauves. Les « Boolellistes », déjà très mécontents que le « multipartyman » Anil Baichoo ait dépassé Arvin Boolell dans la hiérarchie gouvernementale, ont exigé que ce soit leur poulain qui accède éventuellement à Navin Ramgoolam lorsque ce dernier se serait installé à la State House.
Kailash Purryag, également sensible à cet argument, aurait préféré pousser son gendre Dhananjay Ramful, président du Human Resource Development Council et accessoirement jadis loueur de sa résidence à la vice-Présidence de la République, plutôt qu’un retour à la politique active.
Les têtes à sacrifier étaient-elles trop nombreuses? Le Premier ministre voulait-il, contre vents et marées, garder quelques collaborateurs et même Michael SIk Yuen, cet élément devenu indésirable tant au PMSD qu’au MMM? Le poste de ministre des Finances est-il devenu problématique dans la mesure où le come-back de Rama Sithanen compliquait les choses pour Reza Uteem? Autant de questions qui sont posées après l’échec enregistré hier.
D’autres, à l’instar de Dev Virahsawmy, qui avait été le premier à réserver un accueil enthousiaste à une éventuelle alliance MSM/MMM a commencé, vendredi, dans le Mauritius Times, à s’élever contre le partage de 30/30 comme s’il avait son mot à dire dans un tel cas, alors que les mauvaises langues voient dans cette posture une manière de dire quelles investitures du PTr seront trop restreintes pour accommoder une de ses filles très intéressées à se jeter dans la bataille.
Navin Ramgoolam aurait-il était aussi sensible ces derniers jours à la campagne des fondamentalistes, relayée déjà d’ailleurs par certaines voix du Sun Trust, autour de « pa kapav donne blan-la Premier minis 5 ans »? C’est une autre question qui se pose avec la tournure qu’ont pris les événements depuis hier.
Les pourparlers ont apparemment cessé, mais ce qu’ils ont eu de salutaire, en sus d’avoir permis d’accoucher d’un texte précis sur la réforme électorale et d’avoir jeté les jalons d’un amendement transitoire sain qui ne disqualifie pas un candidat qui veut s’inscrire comme Mauricien, c’est d’avoir fait miroiter des institutions, qui réclament un choix parfois triangulaire président/Premier ministre/leader de l’opposition. C’est le cas de la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Procurement Boards.
Avaient aussi été évoquées, selon nos renseignements, la remise en ordre de la hiérarchie de la police et la possible arrivée au sommet de la hiérarchie de Khemraj Servansingh, celui qui s’était particulièrement distingué sur le terrain avec son collègue Jean Bruneau lors des émeutes de février 1999. Comme quoi, les koze-kozé, même s’ils aboutissent rarement — l’histoire vient le reconfirmer — servent parfois à quelque chose.