L’Alliance de l’Unité et de la Modernité a présenté sa liste de 60 candidats pour les 20 circonscriptions de Maurice samedi dernier. Comme devaient le souligner Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, cette liste « est un panachage entre l’expérience des vétérans et les jeunes ». La liste comprend 11 femmes, Françoise Labelle étant présentée comme prochaine Speaker de l’Assemblée nationale. Plusieurs ministres et députés de l’actuel gouvernement ne figurent pas sur la liste des candidats, dont Rashid Beebeejaun, Vasant Bunwaree, Mookesswur Choonee, Satyadeo Moutia, Tassarajen Chedumbrum Pillay, Abu Kasenally, Rajesh Jeetah, Cader Sayed-Hossen, Deva Virahsawmy, Hervé Aimée et Jim Seetaram, ainsi que des PPS et députés. Shakeel Mohamed, qui ne sera pas candidat, a été pressenti pour être l’Attorney General d’un éventuel gouvernement de l’alliance PTr/MMM.
Lors de son intervention samedi dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a remercié ceux ayant « aidé le PTr et le gouvernement », mais qui ne seront pas candidats. Ils seront, selon lui, en mesure d’aider le pays sous d’autres formes. Il a cité les noms de Rashid Beebeejaun, « qui a décidé de ne pas se représenter, mais qui aura un rôle très important à jouer à l’avenir », ainsi que ceux de Deva Virahsawmy, d’Abu Kasenally, de Cader Sayed-Hossen, de Jim Seetaram et d’Hervé Aimée, entre autres. « Plusieurs candidats valables qui n’ont pu se présenter auront d’autres rôles à jouer à l’avenir. J’espère qu’ils auront leurs contributions dans la grande victoire qui s’annonce. »
Le Premier ministre avance avoir fait beaucoup d’efforts pour présenter plus de candidates, mais a rappelé son engagement pour une réforme électorale qui permettrait d’avoir une candidate par circonscription lors des élections générales suivantes. Navin Ramgoolam a confirmé qu’il ne se rendrait pas à Rodrigues avant les élections. « La campagne électorale se déroule très bien sur le terrain et elle passera désormais à la vitesse supérieure. Pas un pouce de terrain ne sera laissé aux adversaires. » Il en a profité pour dénoncer « l’attitude antipatriotique du leader de l’opposition, Pravind Jugnauth, vis-à-vis de la ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj ».
Pour sa part, le leader du MMM, Paul Bérenger, a parlé « d’une liste de candidats canons », estimant qu’il est « difficile de faire mieux ». Ce qui, selon lui, « confirme que l’Alliance de l’Unité et de la Modernité s’achemine vers une victoire éclatante », souhaitant par là même « une campagne dans le respect de l’adversaire et de la Commission électorale ». Parmi les dirigeants du MMM n’ayant pas bénéficié d’un ticket, il a particulièrement salué Kee Chong Li Kwong Wing et Vijay Makhan, « qui seront appelés à jouer un rôle important dans les institutions ». Il a aussi cité les noms de Dev Ramnah et de Robert Hungley, tout en critiquant le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, « qui obtiendra les restants du PMSD ». Il a ajouté que Navin Ramgoolam et lui se rendront à Rodrigues après les élections, invitant la population « à faire attention aux sondages manipulés ».
Sollicité par la presse, le Premier ministre a indiqué que le concept de “caretaker-government” n’existait pas, mais qu’il « préfère toutefois éviter de faire un certain nombre de choses une fois le Writ publié ». Il a annoncé qu’il n’y aurait pas de nominations ou de recrutement dans la fonction publique afin de ne pas projeter une mauvaise perception. Concernant le projet de métro léger, Paul Bérenger a indiqué que le gouvernement actuel a accordé le contrat pour la conception et la construction du métro léger à une firme indienne et qu’un autre appel d’offres pour l’opération sera lancé par la suite. « Le rassemblement du financement est arrivé très loin et l’Inde a proposé une ligne de crédit de USD 200 millions et un prêt de USD 400 millions de l’Exim Bank. Il s’agit maintenant de trouver quelque USD 230 millions sur le marché local. » Ce qui, selon lui, ne devrait pas être difficile. « Il faudra décider de tous les détails du financement par la suite », ajoutant que le contrat de conception et de construction avec AFCONS serait signé après les élections. Navin Ramgoolam a précisé que le Conseil des ministres avait approuvé les procédures pour l’obtention de la ligne de crédit du gouvernement indien.
Le leader du PTr s‘est exprimé sur la consigne de vote donné par la Voice of Hindu (VOH), qui serait, selon lui, « le contraire des principes sur lesquels se base le PTr ». Paul Bérenger s’est dit « attristé » par la consigne donnée par la VOH et regretté que « cette tendance existe également dans d’autres communautés mauriciennes ». Il a ajouté que l’alliance PTr/MMM surveillait de près les actions « de certaines sectes proches de certains anciens grands ministres », poursuivant : « Il faut condamner tous ceux qui portent atteinte à l’unité nationale. » Et d’appeler une fois de plus à « voter bloc ».
Le projet de IIe République a fait l’objet de plusieurs questions. Pour Navin Ramgoolam, « beaucoup de personnes se présentent comme des experts constitutionnels, alors qu’ils ne le sont pas ». Il a expliqué que l’Attorney General, Satish Faugoo, Alan Ganoo, Sir Victor Glover et des avocats « très compétents » du State Law Office travaillaient sur le projet et a révélé avoir demandé à la ministre indienne des Affaires étrangères de mettre un expert constitutionnel à la disposition de Maurice. « J’espère qu’il y en aura un de France et un autre de Grande-Bretagne pour s’assurer que sommes sur la bonne voie. » Paul Bérenger est, lui, revenu sur les différents systèmes disposant d’un Président élu au suffrage universel avec tous les pouvoirs et ceux où un Premier ministre dispose de tous les pouvoirs. « Entre les deux, il existe plusieurs pays où le Président de la République et le Premier ministre se partagent le pouvoir, notamment au Cap Vert. Pourquoi ce qui se passe ailleurs ne fonctionnerait pas à Maurice ? 90 % de ceux qui font des commentaires n’ont pas lu l’accord conclu avec le Premier ministre… » Il a aussi critiqué ceux qui comparent le Président à un « roi », présentent en même temps le Premier ministre comme un « empereur » et estiment que le système présidentiel serait « instable ». Il explique : « Toutes ces personnes jouent la carte de la peur. Lorsque vous voulez amener un changement, ce n’est pas si facile. » S’agissant du septennat présidentiel, Navin Ramgoolam a évoqué la cohabitation qui existe dans plusieurs pays. Et Paul Bérenger de préciser : « La Constitution prévoit présentement une procédure pour révoquer le Président si li fane. Cela restera pareil. L’immunité figure déjà dans la Constitution. »
S’agissant d’un référendum, Paul Bérenger a fait mention d’un jugement du Privy Council soutenant que cela est nécessaire pour amender la clause 1 de la Constitution stipulant que « Mauritius shall be a sovereign democratic statue ». Il estime qu’un référendum est nécessaire uniquement si on veut changer l’esprit de cette clause pour faire de Maurice « a sovereign and non democratic state ». Développant, il lance : « Or, ce que propose l’Alliance de l’Unité et de la Modernité vise à approfondir la démocratie et non à l’abolir. »
À une autre question sur le projet de IIe République, le Premier ministre a dit être en présence d’une première ébauche, qu’il n’avait pas encore étudiée. Paul Bérenger a rappelé que l’accord signé avec Navin Ramgoolam stipule que cette loi serait préparée avant les élections et présentée au Parlement « as early as possible » après le scrutin. « Il est dans l’intérêt de tout le monde que nous ne présentions pas une loi dans la précipitation. La Tunisie a pris deux ans pour arriver à une bonne loi sur le partage de pouvoir entre le Président et le Premier ministre. Nous prendrons le temps nécessaire pour préparer une loi le plus sérieusement possible et la présenter as early as possible », devait-il ajouter. Interrogés sur la situation dans l’industrie sucrière, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger se sont dit convaincus « qu’avec un peu d’effort, il n’y aura pas de grève dans l’industrie sucrière ». Le Premier ministre a déclaré à cet effet qu’il comptait évoquer le sujet avec l’Attorney General, Satish Faugoo, et le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed.