Cette première démarche initiée par le leadership du MSM en début de semaine attend encore une première réaction venant du PTr. Jusqu’ici, Navin Ramgoolam a donné l’impression de vouloir privilégier son calendrier de travail à l’étranger. Avec son retour au pays demain matin, il va sans dire que les relations PTr/MSM au sein du gouvernement s’imposeront en tant que préoccupation majeure à l’hôtel du gouvernement. En parallèle, l’enquête de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) se poursuit avec des séances d’interrogatoire de Maya Hanoomanjee ou encore d’autres pistes susceptibles de mener à la « main invisible » qui aurait tout manigancé pour que la clinique MedPoint soit favorisée dans l’exécution du projet de National Geriatric Hospital.
Une première urgence qui attend le Premier ministre dès qu’il débarquera au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport demain matin reste les sièges au conseil des ministres laissés vacants par la démission en bloc de Pravind Jugnauth (Finances), Nando Bodha (Tourisme), Showkutally Soodhun (Industrie), Leela Devi-Dookhun (Sécurité sociale), Maya Hanoomanjee (Santé) et Ashit Gungah (Fonction publique). La redistribution temporaire des responsabilités ministérielles depuis mardi ne représente qu’un palliatif pour le fonctionnement normal des rouages du gouvernement.
« Malgré toute la bonne volonté dont peuvent faire preuve des ministres, il n’est nullement concevable de voir un gouvernement répondre aux attentes de la population comme il faut avec six suppléants à la tête des ministères. Parmi, l’on retrouve les portefeuilles des Finances et de deux secteurs-clé de l’économie, le Tourisme et l’Industrie, sans oublier les ministères de la Sécurité sociale et de la Santé, des éléments de base du Welfare State », soutiennent des sources proches des dirigeants du Labour en guise de réponse pour contrer les accusations relatives aux tergiversations légendaires de la direction du parti.
Ces mêmes milieux avancent que l’option la plus plausible reste que dès son arrivée, Navin Ramgoolam s’attelle à la tâche en vue de procéder à un remaniement ministériel, soit redistribution des responsabilités et nouvelles nominations au sein du gouvernement. Néanmoins, cette étape devra être précédée par un tête-à-tête entre les leaders du PTr et du MSM pour passer en revue la conjoncture politique et préciser viva voce les revendications de Pravind Jugnauth par rapport au déroulement de l’enquête de l’ICAC sur le scandale MedPoint.
« Depuis le retrait de ses ministres du gouvernement, le MSM ne cesse de jurer fidélité et loyauté au Premier ministre. Ce dernier ne devrait pas se sentir gêné pour procéder au remplacement des ministres démissionnaires et relancer la machinerie gouvernementale avec le soutien annoncé, même passif du MSM », poursuivent-ils.
L’étape subséquente devrait se porter sur le choix des hommes ou encore la permutation des responsabilités au sein du gouvernement. Dans n’importe quel scénario, Vasant Bunwaree est présenté comme un banker aux Finances, fonction qu’il avait occupée dans le gouvernement de Navin Ramgoolam de 1996 à 2000. D’ailleurs, en fin de semaine, en tant que Grand Argentier suppléant, il a déjà balisé avec le Top Management du ministère des Finances le calendrier menant à la présentation à l’Assemblée nationale du prochain budget 2012 vers la fin d’octobre ou le début de novembre prochain.
Ce prochain remaniement ministériel pourrait voir le come-back au sein du conseil des ministres de Lormus Bundhooo, ancien ministre de l’Environnement, de Balkissoon Hookoom, qui avait la responsabilité du portefeuille de la Fonction publique avant les dernières élections générales, l’inclusion de Cader Sayed-Hossen, président de la Commission pour la Démocratisation de l’Économie, au sein de l’équipe gouvernementale, ou encore de Patrick Assirvaden, actuellement Private Parliamentary Secretary et ancien président du conseil d’administration du Central Electricity Board.
L’un des principaux problèmes qu’aura à surmonter le Premier ministre avec la recomposition de son Cabinet concerne le gender deficit causé par le départ de Leela-Devi Dookun et de Maya Hanoomanjee. À ce titre, Nita Deerpalsing, Stéphanie Anquetil pour le Parti Travailliste ou Aurore Perraud, un petit clin d’oeil au PMSD, allié fidèle incontournable, conservent leur potentiel de ministrable au même titre que les Peetumber ou Moutia.
D’autre part, dans le cadre de cet exercice, l’on voit difficilement le leader de l’Alliance de l’Avenir jouer la provocation en incluant des parlementaires ayant bénéficié de l’investiture du MSM aux élections de mai 2010 au sein de son nouveau gouvernement. « Un tel développement équivaudra au fait que la cassure entre le parti Travailliste et le MSM est déjà consommée. Nous voyons difficilement le leader du MSM digérer un tel affront politique après la démonstration de solidarité envers Maya Hanoomanjee. À moins d’un changement de fusil d’épaule, Pravind Jugnauth pourra difficilement jouer le trouble-fête pour le remaniement », concède-t-on dans les milieux avisés du Labour.
Des observateurs politiques soulignent que si dans un premier temps les deux principaux partenaires de l’Alliance de l’Avenir voudraient éviter soigneusement la confrontation directe, privilégiant des moves plus subtils en coulisses, l’heure de vérité ne tardera pas à sonner avec chacun des deux voulant marquer sa différence. La première échéance ne devra être que la présentation du budget 2012 vers la fin de cette année. En l’absence de tout ministre MSM au conseil des ministres pour faire avancer des idées phares, avec un Pravind Jugnauth rêvant d’un nouveau miracle économique, l’on devra s’attendre à voir le parti du Sun Trust Building s’inscrire en porte-à-faux au chapitre du menu budgétaire avec les dissensions encore plus sonores à la reprise parlementaire du 18 octobre prochain.
Les prochaines élections municipales, annoncées pour la fin de cette année, devront représenter un enjeu de taille si les deux partenaires politiques parviennent encore « à faire chambre à part », comme ils l’ont décidé cette semaine. D’aucuns affirment que les premiers signes de tensions, qui sont visibles depuis plusieurs semaines, ne pourraient aller qu’en s’accentuant au fil des heures dès le retour de Navin Ramgoolam, d’autant que l’élément des prérogatives conférées par la Constitution au locataire de la State House au Réduit et à celui du Prime Minister’s Office au Treasury Building pourrait se transformer en des irritants au plus haut sommet de l’État, surtout après la visite à la chambre 602 à la clinique Apollo Bramwell dans la journée du 21 juillet…