Dans Le Séga, Des Origines à nos jours (2012), Jean Clément Cangy  nous fit découvrir l’histoire du séga dans toutes ses dimensions, depuis son émergence ancestrale jusqu’à son déploiement actuel, depuis l’esclavage jusqu’à nos jours. Depuis samedi dernier, il nous gratifie d’une nouvelle publication avec 15 Figures Féminines Pour Toutes les Saisons.  J’eus l’occasion de m’appuyer sur une des autres publications Ruelle de Bonne Espérance (2004), qui retrace l’histoire de son enfance dans le Ward 4 de Port-Louis, lors d’une communication scientifique sur l’esclavage et ses séquelles. Au fil de ses publications nous pouvons dire que  Jean Clement Cangy crée un riche corpus littéraire local pour des recherches pluridisciplinaires en African & Creole Studies.
Dans son avant-propos, l’auteur de 15 Figures Féminines Pour Toutes les Saisons (2015) écrit que cette publication est « un hommage à toutes ces femmes noires, dont on ne parle pas assez, à ces combattantes de la première heure qui ont su se forger un destin qui force le respect, tout à leur honneur et à l’honneur de la diaspora noire à travers le monde ». Elles se prénomment : Harriet Tubman, Sojourner Truth, Mary Mcleod Bethune, Phillis Wheatley, Maria Steward, Maria Seacole, Bessie Smith, Amy Jacques Garvey, Rosa Parks, Coretta Scott King, Maya Angelou, Nina Simone, Bell Hooks, Angela Davis et Toni Morrison. Elles sont toutes des Afro-Américaines. Ralph Ellison, auteur du roman phare Invisible Man (1952) sur la condition des noirs aux Etats-Unis, dit ceci : « I myself, after existing some twenty years, did not become alive until I discovered my invisibility. » Et pourtant, environ 200 millions de personnes se considérant d’ascendance africaine vivent en Amérique. Des millions d’autres vivent dans diverses régions du monde, et ce, en dehors du continent africain, constituant la « diaspora africaine ».
Le terme « diaspora » se définit généralement comme ceux qui vivent en dehors de la terre d’origine. Cependant, on ne peut comparer la diaspora africaine à l’exil motivé par des conditions endogènes et exogènes à l’exemple de la diaspora juive, indienne chinoise ou autre. La diaspora africaine trouve son origine dans la traite négrière et l’esclavage, point de départ de cette dispersion diasporique. L’esclavage a été l’événement fondateur, marqué par une violence physique et symbolique. Cette diaspora africaine  a aussi donné naissance aux sociétés créoles. Donc, la publication de Jean Clément Cangy n’est pas à lire en dehors de nous à l’Ile  Maurice.
Dans la Préface, Filip Fanchette écrit : « ce ne sont pas quinze tableaux à admirer de loin, mais une porte ouverte qui nous invite à être attentifs […] autour de nous, le rôle de ces femmes créoles, piliers de notre communauté et de notre pays, victimes de la discrimination raciale et du sexisme général rendu plus aigu par le machisme de notre culture créole ». En marge de la toute première Konvansion Kreol tenue en 2013 à l’Auditorium Octave Wiehe, Université de Maurice,  le Komite Diosezin 1e Fevriye (l’organisateur de la convention) reprit  dans un article de réflexion, publié alors dans les colonnes de Forum, un extrait du rapport Truth & Justice Commission (2011) qui se lit comme suit : « The Commission finds that black-skinned, young Creole, or slave descendant, women in Mauritius experience the worst form of racism. They are often the ones harassed and harangued. They receive the poorest levels of service… ».
La publication de Jean Clement Cangy se situe dans le cadre la Décennie des Peuples d’ascendance africaine (2015-2024) proclamée par les Nations unies. Elle est un miroir pour la femme afrokreol de Maurice. Cette publication version bilingue francaise-kreol morisien fera certainement aussi date.