« Tropique de la violence », sixième roman de notre compatriote Nathacha Appanah établie en France, sortira dans la collection Blanche aux Editions Gallimard, le 25 août prochain.
Ce roman, inspiré de son séjour à Mayotte de 2008 à 2010, « est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan indien. Dans ce pays magnifique sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler l’âpreté de leur quotidien.
En une polyphonie narrative parfaitement maîtrisée, ce roman à l’écriture sensuelle et limpide est aussi un réquisitoire contre la misère, un appel au secours pour cette île coincée entre pression migratoire et montée infernale de la violence », fait ressortir les Editions Gallimard dans un communiqué à l’occasion de la prochaine parution du roman.
Sur sa page Facebook, l’auteur raconte la genèse de ce roman. « Il y a quelques années, j’ai vécu à Mayotte, l’île française nichée dans le canal du Mozambique. J’y suis arrivée en famille, avec notre fille qui avait à peine trois mois. J’avais beaucoup d’idées préconçues sur ce qui m’attendait – une vie douce à l’ombre des arbres, des bains de mer, des fruits, les pieds nus, les étoiles en grappes dans le ciel. Voilà, me disais-je, un retour inespéré de mon enfance, un cadeau que je partagerai désormais avec mon enfant. Voilà, espérais-je aussi, un nouveau souffle pour écrire. Mais peu de temps avait suffi pour que je comprenne que cette île me bouleverserait comme jamais et que mes idées préconçues étaient en réalité tous les clichés qui, quelque temps auparavant, me faisaient bondir. Oh, ce moment terrible où nous nous trahissons nous-mêmes ! ?Tous les après-midi, j’allais faire une grande balade avec ma fille dans sa poussette et je longeais une aire de jeux abandonnée avec une table de pingpong en béton. La terre y était sèche, bosselée. Parfois, les gens venaient y jeter des ordures. Un jour, j’ai été surprise de voir un adolescent assis sur la table de pingpong. Il nous a regardé passer, avec une expression de défi sur le visage. Quelque chose dans la façon dont il se tenait, dont il nous regardait, m’a profondément touchée. C’est difficile d’expliquer ces choses-là, à quoi ça tient ces mystères-là mais j’ai su qu’il était seul, ce garçon. Pendant que je m’éloignais et tandis que je sentais que son regard me vriller le dos, j’ai eu ce flottement précieux et fragile que je reconnaissais mais qui ne m’avait plus visité depuis un long moment. Le germe d’une histoire que je pourrais écrire sur un garçon seul au monde, à Mayotte, qui était assis sur une table de pingpong en béton.?Le lendemain il était toujours là mais cette fois-ci, sous la table, il y avait un vieux matelas en mousse. Dormait-il là ? Il m’a regardée comme la veille, sans bouger. Je n’ai rien fait, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas eu le cran de m’approcher de lui. Je me suis dit que je le ferai le lendemain, oui, promis, demain, je lui parlerai mais le lendemain il n’était plus là.?Je n’ai pas cessé de penser à lui, depuis, car c’est grâce à lui que ce roman a germé dans la tête d’une femme un peu triste qui baladait son enfant sur une île magnifique et chaotique ».
Pour les besoins de son roman, notre compatriote est retournée à Mayotte l’année dernière. Parallèlement à la sortie de « Tropique de la violence » en librairie, le 25 août prochain, ceux qui n’ont pas encore lu « En attendant demain », de la même romancière paru en 2015 pourront se le procurer en édition Folio. Le lecteur découvrira aussi « Petit éloge des fantômes » (Folio).