Vient d’être publié en juillet, aux Éditions Edilivre, L’amour, sous la plume de Joseph Marcel Virassamy. Dans ce premier roman de l’enseignant de français à l’Université Simon Fraser (Canada), l’auteur décortique l’amour sous ses nombreux visages, tout en partageant en filigrane son propre vécu. L’amour qui mène à la folie et à la mort lorsqu’il n’y a pas de réciprocité; l’amour qui conduit une famille à être rejetée; mais aussi l’amour d’un père, d’une mère, et d’un frère, qui demeure au-delà de la vie. De même que l’amour qui invite à s’ouvrir aux autres et qui est créateur de l’essence de la vie. C’est un peu ce à quoi nous expose ce livre de 70 pages.
Puisé en partie du vécu de l’auteur, qui dédicace le livre à la mémoire de son défunt frère cadet, le roman met en scène Clémar, qui engage à intervalle de chaque deux chapitres une conversation avec l’esprit de son frère, Gabriel, ayant mis fin à sa vie suite à une déception amoureuse. C’est ainsi qu’au fil de son parcours académique à travers le monde, Clémar questionnera constamment son frère de « l’au-delà » qui, de par le fait qu’il n’est plus de ce monde, semble incarner la sagesse et détenir les réponses qu’il recherche.  
Le début du roman nous fait découvrir Clémar, étudiant mauricien paumé, entre les murs d’une école de Sciences Po à Paris. « Je ne me sens pas trop bien entre ces murs. Les étudiants me sourient rarement (…) Penses-tu que je suis bien habillé ? Suis-je fréquentable ? Dis-moi, mon sourire te plaît-il ? ». Et la voix du frère de répondre, comme porteur du message du livre : « Clémar, je pense que les réponses que tu cherches dépendent de l’autre, de celui qui te regarde. C’est comme une oeuvre d’art qui s’adresse à la subjectivité du spectateur. »
La réciprocité, la conversation, les échanges semblent être le leitmotiv de ce texte qui, lorsqu’elles font défaut, ont des tristes répercussions. À l’instar de Clémar, très amoureux de Thérèse mais qui, faute d’avoir eu le courage de lui déclarer ses sentiments, n’a pu regrettablement goûter à ce bonheur tant convoité. Il y a aussi la non-réciprocité, comme dans cet épisode poignant où Clémar apprend enfin, à travers l’esprit de son frère, la raison derrière le suicide de ce dernier. « En fait, dans cette lettre, je racontais comment le père de la fille que j’aimais m’a humilié. Il m’avait dit que je n’étais pas l’homme qu’il voulait pour sa fille (…) il passait son temps à m’humilier avec des mots blessants, critiquant mon nom, mon physique, ma couleur de peau, ma fortune et ma famille (…) Oui, cet homme m’a tué, mon frère ! (…) Mais, Clémar, ne tombe pas dans ce piège mortel. Continue d’aimer et aime comme tu n’as jamais aimé. » Comme une mise en garde à ne pas se laisser abattre par un amour impossible.
Déception amoureuse est synonyme de perte de raisonnement, de folie. Le protagoniste développe au fil des ans un intérêt pour l’étude de la folie, comme pour comprendre l’acte de son frère. L’auteur aborde les divers sens de la folie. Ainsi, la rencontre avec une experte de la folie à bord d’un vol pour la France fait découvrir à Clémar que « la folie peut être utilisée comme une tromperie pour accéder à la dame ». De même, la folie, selon les définitions de l’experte, peut renvoyer à une personne qui n’observe pas les règles fixées dans sa société. « Si vous fumez du cannabis dans un pays où c’est interdit, vous êtes en dehors d’une règle de la société, donc vous êtes déraisonnable. Mais si vous fumez du cannabis dans un pays qui tolère sa consommation pour des raisons médicales, alors vous êtes raisonnable. » Ce qui induit Clémar à s’attrister sur le sort tragique qu’a connu Joseph Reginald Topize, Kaya. Mais la voix sage de son frère le met en garde contre les définitions des mots. « Il existe encore des mots qui divisent et déchirent l’humanité (…) leurs définitions humilient et stigmatisent l’autre comme ‘femme de mauvaise vie’ ! Mais que veut dire ‘mauvaise vie’ ? Ou ‘bonne vie’ ? (…) n’accepte pas une définition comme une vérité absolue. »
L’une des raisons pour lesquelles Joseph Marcel Virassamy a pris sa plume pour écrire part d’un constat : « Un vide en ce qu’il s’agit de littérature mauricienne à l’université où j’enseigne. » À Vancouver, sa cité d’adoption, il a ainsi décidé de « parler de certaines réalités mauriciennes comme Clémar, l’étudiant mauricien qui rencontre des difficultés d’adaptation à Paris ; le roman est un peu le résultat de mes expériences mêlées à de la fiction ».  Ayant effectué un stage semestriel en Sciences politiques à Paris, Joseph Marcel Virassamy a par la suite effectué des études sur la folie et l’ancien français à l’Université de Colombie britannique (UBC) et entrepris un double degré en français et sciences politiques à l’Université de Simon Fraser. Il enseigne le français aux étudiants de première année et complétera ce semestre son master.
Le choix du Canada, il l’explique par son « côté cosmopolite, surtout à Vancouver », ajoutant que « pour un Mauricien, c’est plus facile de s’adapter ».
Pour l’heure, le roman de Joseph Marcel Virassamy n’est disponible que sur Internet, en format papier ou électronique. L’auteur envisage d’en faire une distribution en librairie dans le futur. En attendant, il travaille déjà sur son prochain roman, qui devrait avoir pour titre Trop tard.