Professeur au Mauritius Institute of Education, Rada Tirvassen connu pour ses nombreux ouvrages sur la question des langues à l’école vient de lancer une nouvelle publication : « L’entrée dans le bilinguisme ». Cet ouvrage porte sur la question des rapports complexes entre la scolarisation et le plurilinguisme. « À Maurice, on veut faire croire qu’on prône une child-centered education, mais ce n’est pas vrai… On refuse de reconnaître comment l’enfant construit ses connaissances », souligne l’auteur au « Mauricien ».
« L’entrée dans le bilinguisme » est un suivi de la dernière publication de Rada Tirvassen – chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE) – intitulée La langue maternelle dans l’océan Indien, sauf que l’ouvrage examine la question de langue du point de vue de l’école.
L’auteur est convaincu que l’école est un outil central pour contribuer à instaurer une plus grande égalité des chances, notamment à travers les langues, dans cette société hiérarchisée et segmentée mais en même temps animée de puissants mouvements de restructuration, tant économique que sociale et éducative, dit Rada Tirvassen.
« Le langage n’est pas le seul responsable de l’échec scolaire. Il y a des causes multiples », souligne Rada Tirvassen. Cet ouvrage présente ainsi un ensemble d’études menées sur les premières années de scolarisation au préprimaire et au primaire, centrées sur le jeune enfant mauricien comme locuteur plurilingue en devenir, qui devient plurilingue à travers l’école.
Deux autres chargés de cours au MIE, en l’occurrence Nita-Rughoonundun-Chellapermal et Ambarin Mooznah Auleear-Owodally, ont collaboré à la dernière publication de Rada Tirvassen. Les auteurs se sont appuyés sur des observations précises pour aborder ce qu’on peut appeler les problèmes majeurs surgissant d’un projet éducatif qui ignore les pratiques langagières de l’enfant, tel le mode de construction de compétences grammaticales dans une des langues cibles.
Pour Rada Tirvassen, « trois langues maternelles au primaire, c’est une école beaucoup trop ambitieuse ». Le linguiste estime que l’école a de gros efforts à consentir pour comprendre comment l’enfant construit ses connaissances. Selon le professeur au MIE, beaucoup d’enfants les construisent inconsciemment à partir du kreol. « Ce n’est pas forcément mauvais, mais vu que le kreol n’est pas reconnu comme une ressource pour construire les connaissances, l’école refuse d’admettre cet aspect important de l’apprentissage », souligne le chargé de cours.
L’ouvrage de Rada Tirvassen contient des travaux divers. Le premier chapitre démontre comment on évolue d’une société à forte mobilité sociale à une société de reproduction sociale et où le langage et la répartition des compétences langagières déterminent la trajectoire scolaire et sociale des enfants. Les autres chapitres abordent les situations scolaires sous différents angles : les façons dont le système scolaire, notamment au primaire et au préprimaire, offre des voies d’entrée jugées totalement irréalistes dans le plurilinguisme de l’école et l’entrée des jeunes enfants dans l’écrit, considérée sous deux angles différents : la familiarisation des enfants avec le livre et la littératie au préprimaire.
En écho à ces travaux, l’auteur présente deux études sur le développement de connaissances en français qui établit que l’enfant part de son environnement linguistique créolophone pour construire ses connaissances en français. « Cet ensemble de travaux nous montre que si Maurice constitue un laboratoire sociologique, le pays constitue également un laboratoire acquisitionnel… L’ouvrage soulève aussi de grandes questions pour l’éducation plurilingue qui, ayant été ainsi explicitement posées, peuvent maintenant faire l’objet de réflexions tournées vers les solutions didactiques nécessaires », conclut Rada Tirvassen.
Le livre sera disponible à Rs 900 dans les librairies en fin de semaine.