« Mémoires espiègles », première publication en langue française de Salette Siao, rectrice à la retraite, dramaturge et chanteuse en langue mandarin, a paru récemment à compte d’auteur. Le livre met en lumière les moments forts de l’enfance de Mme Siao, née Tsang Man Kin, dans une famille nombreuse de douze enfants. L’occasion pour le lecteur de se plonger dans l’histoire d’une île Maurice des années 50, à travers la petite histoire de l’écrivaine qui a grandi dans le Ward 4, à Port-Louis et de comprendre comment on vivait dans une famille nombreuse.
C’est d’ailleurs une des raisons ayant poussé l’auteure à mettre sur papier ses souvenirs d’enfance. « J’aime raconter des histoires et je me retrouve souvent à raconter les mêmes histoires à plusieurs reprises. Un jour, sur un coup d’inspiration,  j’ai écrit ces moments forts et tellement amusants de notre enfance qui relate aussi une histoire révolue et que les jeunes pourront découvrir à loisir en les lisant à leur propre rythme », indique Mme Siao au Mauricien. Pour elle, « s’il y a certes une pointe de nostalgie dans ce qu’elle écrit, les anecdotes dans l’ensemble sont plutôt amusantes que tristes ».
C’est effectivement ce que découvre le lecteur dès le premier chapitre du livre sous l’intitulé « Quacran » qui renvoie au langage enfantin. Ici, il s’agit de la narratrice elle-même qui à quatre ans, ne pouvait prononcer son âge. De page en page, dans un langage simple, riche et sans ambages, on la suit dans ses aventures d’enfance teintées de fraîcheur avec ses espiègleries comme elle l’affirme dans le titre de l’ouvrage. « De par ma nature, je n’ai pas de complexe », affirme celle qui, aujourd’hui encore, a gardé la même spontanéité enfantine avec une pointe de rigolade à chaque phrase qu’elle prononce.
C’est ainsi qu’elle raconte une nouvelle fois l’épisode de « bondie madras ». Une anecdote que le lecteur trouvera dans l’ouvrage avec le sens de la répartie très aiguisé de la petite Salette. « Mais, il n’y avait aucune méchanceté », affirme notre interlocutrice.
« On n’était pas riche mais mes parents s’assuraient qu’on ne manquait de rien et surtout d’une bonne éducation. Comme on était à douze, il fallait faire la queue pour aller aux toilettes, pour utiliser la salle de bains ou encore pour les repas ». Ainsi, raconte la narratrice, les six premiers enfants prêts à passer à table mangeaient au dîner ou au déjeuner alors que les autres se préparaient. « Ma mère s’assurait que tout le monde mangeait à table », raconte-t-elle en soulignant que vivre dans une famille nombreuse oblige les enfants à vivre une compétition constante entre eux. « Mais ce n’était pas malsain, bien au contraire », indique notre interlocutrice qui ajoute qu’il fallait aussi que chacun s’adapte à toutes les circonstances. « On ne pouvait jamais manger une pomme seule, par exemple », fait-elle ressortir en se souvenant que le soir, au lieu de dormir, elle se réveillait des fois pour aller voler les bonbons ou les biscuits dans la cuisine. Aussi, dit-elle, dès 16 heures, les enfants passaient à table et le soir quand ils avaient faim, ils mangeaient des biscuits et buvaient du thé. « Cela nous a permis de développer la capacité de rester assis longtemps et de nous concentrer sur les devoirs. Je pouvais m’attabler à 17 heures et je travaillais jusqu’à 22 heures ».
On découvre également la petite Salette à travers ses interrogations d’enfance sur son identité. « Est-on Mauricien? Est-on Chinois? Cette question me hantait dès mon jeune âge, car je ne comprenais pas tout à fait mon identité. Comment affirmer que j’étais Mauricienne et non pas Chinoise, nationalité que notre père nous rappelait constamment? Il martelait notre cerveau : « Nous sommes chinois, mes enfants! » Mais il se heurtait au silence de l’incompréhension et perdait la bataille étant donné que nous ne parlions pas chinois, langue difficile et étrangère. Il nous amena un professeur chinois qui avait deux pouces à la main droite ! Il nous apprenait le hakka, peut-on lire à la page 224 de l’ouvrage. Ce n’est, toutefois, que tardivement, soit à l’âge de 55 ans, que Salette Siao a commencé à apprendre le mandarin. Une fois maîtrisée, elle affirme : « J’ai écrit une première pièce de théâtre intitulé : Please marry me. Elle raconte l’histoire d’une femme qui voulait marier ses filles. La pièce a été présentée au théâtre Serge Constantin à Vacoas dans le cadre du festival de film dramatique et ensuite à Meixian, en Chine. « Je voulais savoir comment allaient réagir les gens de là-bas qui vivent dans un environnement totalement différent. Ils étaient très contents. J’avais aussi écrit une chanson. Ils ont pleuré lorsqu’ils l’ont entendu. Cela parle de la déchirure avec la Chine. C’était dur pour mes parents d’abandonner la Chine pour un pays inconnu. Il est arrivé à Maurice en 1932 ». Depuis Salette Siao continue à écrire en mandarin que ce soit des chansons ou des pièces de théâtre. À ce jour, elle indique avoir écrit sept pièces. La dernière en date est traduite en anglais sous le tittre « Love knock at the right door ». Mémoires espiègles est disponible en librairie.