« La critique actuelle de la littérature mauricienne tend à mettre un tel accent sur les publications littéraires contemporaines que nombre d’auteurs de générations précédentes sont souvent ignorés, alors que leur apport littéraire, mis en dialogue et en relation avec celui des auteurs d’aujourd’hui, contribuerait à la définition d’un panorama plus juste de la littérature mauricienne. » Ces quelques mots font partie des nombreux arguments qui ont motivé Vicram Ramharai et Bruno Jean-François lorsqu’ils ont organisé un colloque sur Marcel Cabon en 2012, puis préparé le livre « Marcel Cabon, écrivain d’ici et d’ailleurs » qui sort chez L’Atelier d’écriture dans la collection Essais et critiques littéraires, en y ajoutant les contributions de trois auteurs basés dans des universités réunionnaises et canadienne.
Si Aslakha Callikan-Proag a longtemps et ardemment défendu l’intégralité de l’oeuvre de Marcel Cabon, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, les seuls ouvrages qui nous sont donnés à lire sont les deux seuls romans inscrits au programme scolaire, Namasté et Brasse-au-Vent. Ces oeuvres maîtresses sont bien entendu évoquées dans les textes critiques que propose ce livre, particulièrement dans ceux de Vicram Ramharai et de Bruno Jean-François (Les enjeux de l’altérité dans Namasté pour le premier et L’esclavage dans Brasse-aux-Vent pour le second) mais les sept contributeurs se sont attachés à explorer l’ensemble de l’oeuvre de cet écrivain et penseur majeur qui a su, à la veille de l’Indépendance de Maurice, relier le politique, le culturel et le littéraire.
Le titre général de l’ouvrage vient mettre en relief la dimension d’ouverture de cet écrivain qui tout en étant bien d’ici, a su autant que possible se mettre en lien avec l’Inde et l’Afrique dans ses écrits, tout comme il associe « le passé, le présent et l’avenir ; l’héritage, la condition et le devenir d’une nation plurielle ». L’introduction met immédiatement le lecteur face à l’imposante et extraordinaire diversité de ces écrits qui en plus des romans, comptent de la poésie, des contes, de nombreuses nouvelles, du théâtre, des chroniques et des biographies. Au-delà des genres qu’ils a pratiqués, Marcel Cabon n’a cessé aussi de faire évoluer ses réflexions et d’élargir son champ thématique. Aussi les auteurs évoquent-ils en introduction sur une préoccupation qui est apparue à la fin de son parcours consistant à questionner l’identité « dans un pays multiculturel qui met l’accent sur l’épiderme davantage que sur l’humain ».
Les sept contributeurs à cet ouvrage sont Robert Furlong qui parcourt les revues littéraires, Véronique Chelin qui poursuit de Montréal son exploration du thème de l’enfance dans la littérature mauricienne, Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo de La Réunion sur l’invention du quotidien, le Réunionnais Carpanin Marimoutou sur les souffles créoles dans le monde indien, Evelyn Kee Mew et Nicholas Natchoo sur le mauricianisme ainsi que Bruno Jean-François et Vicram Ranharai dont les textes sont évoqués plus haut.