L’album illustré Au pays du Dodo, édité par Vizavi, sort ces jours-ci en russe et en chinois, soit une sixième et une septième version. Des 15 titres de la série Tikoulou, Au pays du Dodo est celui qui s’est le plus vendu, avec quelque 57 000 exemplaires écoulés. Si l’antériorité de ce premier titre paru en 1998 par rapport à ceux qui l’ont suivi explique son succès, son accessibilité tant aux jeunes lecteurs de Maurice et qu’à ceux qui arrivent parmi nos visiteurs étrangers est aussi appréciée.
Au pays du Dodo offre une introduction assez générale à la découverte de l’île Maurice. Le parti pris des éditrices et auteures, Pascale Siew et Alexandra Schaub, était alors de proposer une visite du pays à travers le regard naïf et joyeux d’un petit garçon, dont Hennry Coombes avait imaginé les traits. Avec sa coiffure en palmier perchée sur la tête, Tikoulou faisait ainsi son entrée dans la littérature enfantine mauricienne. Dans cette histoire, il est à la fois l’enfant joueur qui part à la recherche du dodo, et une sorte de très jeune guide touristique qui raconte à sa façon les richesses naturelles de son pays, les habitudes et le charme de ses habitants.
Avant de parler le chinois et le russe désormais, Tikoulou a déjà connu plusieurs aventures linguistiques… Les traductions anglaise et allemande sont en effet parues dès 1998, simultanément à la version française. L’éditrice annonçait alors déjà son souhait de sortir une version italienne qui s’y est en fait ajoutée en 2000, ainsi que la version en créole mauricien qui n’a pu finalement se concrétiser que bien plus tard, en 2013, grâce au nouveau souffle qu’ont permis l’établissement d’une graphie reconnue dans le système scolaire et la création d’un dictionnaire unilingue mauricien. Le créole mauricien est toutefois présent dans toutes les versions à travers des mots typiques caractéristiques de notre mode de vie, et impossibles à traduire.
Cette fois-ci, cet album fétiche franchit encore une nouvelle étape avec des systèmes d’écriture différents. De l’alphabet latin employé dans toutes les versions publiées jusqu’alors, nous passons avec la version russe à l’alphabet cyrillique (par ailleurs utilisé pour d’autres langues slaves, telles que l’ukrainien ou le bulgare…). Deux locutrices de cette langue se sont attelées successivement à la tâche : Olga Leshchenko elle-même professeur de russe, puis Anastasia Byakova-Yeadon qui a finalisé le texte avant impression. Transcrit phonétiquement, “Au pays du Dodo” donne quelque chose comme : “V stranié Dodo” (en prononçant toutes les lettres avec l’accent russe s.v.p.). Si une petite communauté russophone s’est établie à Maurice, 15 000 touristes de ce pays ont aussi foulé notre sol en 2014.
Avec la version chinoise, l’éditeur fait un saut encore plus grand en passant dans le monde des idéogrammes. Cette version sera désormais familière à tous ceux qui à Maurice lisent le mandarin, sans compter les touristes chinois qui sont de plus en plus nombreux à découvrir chaque année notre pays. Les chiffres officiels en ont recensé quelque 63 000 l’an dernier. Cinq idéogrammes suffisent à transcrire Tikoulou Au pays du Dodo, et la traductrice, Nadia Chu, a bien voulu nous donner une idée de la transcription phonétique de ce titre en alphabet romain : “Djigoulou tanne sianne dji doudou niao le yu-anne”…