Quelques minutes pour trouver une histoire mettant en scène un animal afin de ne pas passer pour une mauvaise élève. Quelques mois de travail pour creuser et la peaufiner… Début décembre, Martine Charrié sort son premier livre de conte, Titine, la petite guenon, illustré par l’artiste Joëlle Leclézio.
C’est au cours d’un atelier de contes animé par le Français Yannick Jaulin courant juin que Martine Charrié, une passionnée de contes, propose cette histoire puisée de son expérience personnelle. « J’ai toujours aimé les contes et les histoires. J’adore rêver et ils représentent un monde magique pour moi. J’aime raconter les histoires et je me suis jointe à l’atelier pour apprendre les techniques et me perfectionner », soutient celle qui a aussi fait du théâtre lorsqu’elle était plus jeune.
« Yannick Jaulin nous avait demandé de préparer une histoire tirée de notre vécu, à raconter le lendemain à l’atelier. Il fallait utiliser des animaux à la place des humains », souligne Martine Charrié. Comme elle n’a pas travaillé la nuit, le lendemain, pour ne pas passer pour une mauvaise élève, elle essaie de trouver rapidement une histoire et raconte celle d’une petite guenon attachée à son grand-père comme elle l’était elle-même au sien. « Je réfléchissais à un animal et là je me suis dit pourquoi pas un singe. C’est Mauricien ! »
« Quand j’ai raconté cette histoire (ndlr : voir hors-texte), j’ai vu des sourires sur le visage de autres participants et ils m’ont demandé pourquoi ne pas l’écrire et la mettre en image. » En vue de la partager avec d’autres, Martine Charrié s’est mis à l’écriture après l’atelier. « Encouragée par le metteur en scène, Raj Bumma, ancien fonctionnaire au ministère de la Culture, j’ai creusé… Il m’a aidé à aller au bout de moi-même dans l’élaboration de cette histoire. »
Quelques semaines plus tard, Martine Charrié fait appel à son amie Joëlle Leclézio pour l’illustrer. « A la naissance de mon deuxième enfant, elle m’a offert le dessin d’un éléphant que j’avais beaucoup aimé. Je lui ai alors demandé de me proposer quelques croquis… » soutient notre interlocutrice.
« J’ai été partante tout de suite », soutient Joëlle Leclézio, traductrice, rédactrice et artiste à ses heures perdues. « Je n’avais jamais fait d’illustrations. Je me suis dit que c’était une superbe idée, je veux bien essayer », soutient-elle. Comme l’éléphant dessiné était au feutre, c’est tout naturellement que Joëlle Leclézio en a eu recours pour ses premiers croquis. « Cela n’allait pas. On a essayé avec la peinture, ça ne marchait pas non plus. Et, au crayon, on a tout de suite eu l’effet recherché. Je pouvais y mettre plus de nuances et de détails. »
Le courant est passé tout de suite entre les deux femmes. Après quelques échanges, Martine Charrié propose une série de moments de l’histoire qu’elle souhaite faire traduire en image. Son amie a travaillé sur le projet durant deux mois. « J’ai beaucoup aimé travailler dessus même si par moments, c’était difficile surtout pour les postures des personnages. J’ai fait des essais avant de proposer le dessin final. » Joëlle Leclézio a aussi eu à faire des recherches sur la faune et la flore locales surtout dans la forêt Macchabée, lieu où se passe l’histoire.
Martine Charrié souhaitait inscrire l’histoire de Titine, la petite guenon dans un contexte local.
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Une histoire enfantine
Le premier livre de conte de Martine Charrié, Titine la petite guenon, raconte dans un langage simple et précis l’histoire d’une petite guenon. Elle est illustrée par Joëlle Leclézio dans un style naïf.
Vivant dans la forêt Macchabée avec sa famille, Titine est très attachée à son grand-père « son ami, son allié, son tout… ». Elle passe beaucoup de temps en sa compagnie et celui-ci lui raconte des histoires et lui apprend plein de choses de la vie… Un jour, le grand-père meurt. D’une grande naïveté, elle ne comprend pas pourquoi tout le monde dit qu’il est parti alors qu’il est là…
Cette histoire illustrée tient en une trentaine de pages. Martine Charrié utilise un langage presqu’enfantine pour la raconter. Si le texte est en français, elle y glisse de temps à autre du kreol notamment pour reprendre des paroles de chansons que son grand-père lui chantait.
Un clin d’oeil au patrimoine oral mauricien également avec des sirandanes qui rappelleraient à d’aucuns son enfance. Des anecdotes ayant la même portée. Martine Charrié prend cependant le soin de traduire les mots en kreol.
Les images, d’un style naïf, rappellent celles que l’on dessinait à l’école. Les feuilles de papier sur lesquelles Joëlle Leclézio dessine aux crayons de cire sont placées sur les pages du livre. Celles-ci ont en toile de fond des feuilles peintes de différentes nuances de vert qui dominent le bas des pages. Les textes sont inscrits dans des bulles rectangulaires translucides.
Joëlle Leclézio dessine avec un soin particulier les insectes, les escargots, les lézards ou encore les plantes telles le vacoas. Rien ne passe inaperçu. Elle précise avoir fait beaucoup de recherches. « Martine m’a demandé d’y inclure des détails qui renvoient au pays. J’ai fait des recherches sur Internet. J’ai aussi pris pas mal de photos », souligne-t-elle.
Titine, la petite guenon est un beau livre qui a paru à compte d’auteur à 5 000 exemplaires. Il est en vente à Rs 450.