Ce livre qui a été lancé en début de semaine au Blue Penny Museum a été réalisé à partir des propos recueillis par Emmanuel Richon auprès de la « véritable bibliothèque vivante » qu’est le Chagossien Fernand Mandarin. Le livre qui se décline en 13 chapitres, agrémenté de belles planches, paraît avec une préface de Philippe A. Forget, initiateur et réalisateur du projet et un avant-propos de Me Hervé Lassémillante. Sans leurs aides respectives, le livre n’aurait pas vu le jour. « C’est pour que tout ne disparaisse pas, à jamais, avec les derniers des Chagossiens, que ce Mémorial de Fernand Mandarin se devait d’être publié », écrit le préfacier avant de montrer incisif et contextuel : à Rs 300 l’exemplaire au Blue Penny Museum.
Comment avez-vous fait connaissance avec Fernand Mandarin ?
J’ai connu Fernand Mandarin il y a cinq ans environ. Il était passé au Musée pour me demander un renseignement. Il voulait savoir si j’avais quelque information concernant le naufrage du navire la Sainte Marthe. On prit rendez-vous, puis nous nous rendîmes à la réserve du Barkly Wharf afin d’enquêter sur de vieux journaux de l’entre-deux-guerres. Comme il disposait de la date exacte du naufrage, je retrouvai vite l’article relatif à l’événement…
Il s’en trouva très ému et pour ainsi dire les larmes aux yeux… Aussi, j’entrepris de l’interroger sur ce fait-divers et fus étonné de constater qu’il ne l’avait en fait pas connu, ni de près ni de loin, étant né près de vingt ans après… J’en fus intrigué. Comment et pourquoi se passionner pour un sinistre qu’il n’avait pas vécu et qui concernait des personnes qu’il ne connaissait pas ? C’est ainsi que je rencontrai Fernand Mandarin pour la première fois.
Mais vous êtes bien vite rendu compte que Fernand était un fin connaisseur des Chagos ?
Je ressentis bien vite que tout ce qui pouvait avoir trait à ses origines et à son archipel revêtait pour lui la plus haute importance. Il fut du reste très reconnaissant pour ces recherches et nous nous joignîmes plusieurs fois par la suite, amicalement. C’est ainsi que naquit en moi l’idée de faire une exposition sur la culture chagossienne. Fernand est une véritable bibliothèque vivante dont l’étendue s’agrandit au fur et à mesure qu’on en consulte les rayonnages !
Il y a 18 mois environ, alors que nous avions fini l’exposition sur la culture chagossienne, visant justement à ne pas cantonner les Chagossiens dans une identité purement victimaire, nous fûmes animés par l’idée d’aller plus loin et de marquer durablement l’empreinte de ses connaissances. C’est ainsi que le projet d’écrire un livre ensemble vit le jour. Il en rêvait, il avait une foule de faits, d’anecdotes et de traditions à raconter et qu’il redoutait d’emporter comme un secret, le jour de son grand départ…