Il y a eu, d’une part, la visite-éclair, qui a somme toute attiré peu d’attention, du président chinois Xi Jinping sur notre sol, en route pour une tournée africaine. Il y a eu d’autre part la nouvelle, hyper médiatisée, d’une offre qui aurait supposément été faite au président du MSM, Showkutally Soodhun, pour qu’il devienne l’ambassadeur itinérant de l’Arabie Saoudite en Afrique (avec à la clé un salaire mensuel de Rs 17 millions, a clamé l’intéressé finalement pas intéressé…)
Entre les deux, il y a une constante : l’Afrique.
Dans un article publié dans l’édition du 7 août dernier du magazine Le Point, le journaliste Luc de Barochez, spécialiste des relations internationales, souligne les visées de plus en plus marquées de la Chine sur l’Afrique. Y effectuant sa quatrième tournée en cinq ans, Xi Jinping, y a vanté une « communauté de destins» entre la Chine et l’Afrique. En septembre, il accueillera à Pékin un sommet sino-africain.
Cette démarche s’inscrit, plus largement, dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie que vient d’initier la Chine. Un astucieux retour sur une réalité quasi-mythique, désignant le réseau ancien de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, établi il y a plus de 2 000 ans, reliant la ville de Chang’an (actuelle Xi’an) en Chine à la ville d’Antioche, en Syrie médiévale (aujourd’hui en Turquie). Si elle tire son nom de la plus précieuse marchandise qui y transitait, la soie, dont seuls les Chinois connaissaient alors le secret de fabrication, la Route de la Soie a en fait monopolisé les échanges Est-Ouest pendant des siècles, servant aussi bien au commerce de l’or, des pierres et des métaux précieux, des textiles, de l’ivoire et du corail, de fourrures, de céramiques, d’épices et d’armes en bronze. Jusqu’à ce que le développement des techniques de transport maritime amène à son abandon, autour du XVème siècle.
Aujourd’hui, la Chine vient donc annoncer une relance des Routes de la Soie. Et au-delà de la poésie inhérente au terme, c’est une colossale machine qui se met en marche. Soit un plan de 1000 milliards de dollars, qui vise à placer la Chine au centre des échanges mondiaux en ouvrant de nouvelles routes maritimes et terrestres vers l’Europe, l’Asie du Sud, le Proche-Orient, et l’Afrique.
L’Afrique donc. La présence chinoise n’y est certes pas nouvelle. Les jonques de l’amiral Zheng He se seraient ainsi livrées, dès le début du XVème siècle, au commerce sur la côte est de l’Afrique, avant que les navigateurs portugais ne les y rejoignent en franchissant le cap de Bonne Espérance.
Mais aujourd’hui, l’Afrique, c’est un intérêt politique et économique décuplé. Et pour cause.
Même si le taux de fécondité a diminué en Afrique, celle-ci reste tout de même une des plus élevées au monde. Avec une croissance démographique qualifiée de « galopante », la population africaine, qui s’élève aujourd’hui à 1,2 milliard, devrait, selon une récente étude de l’ONU, atteindre 4,5 milliards d’habitants en 2100. Ce qui représenterait près de 40% de l’humanité contre 17% aujourd’hui. En d’autres mots, 1 Terrien sur 3 sera Africain. L’Afrique aura donc presque atteint les chiffres de l’Asie, dont la part de la population mondiale devrait, elle, diminuer, pour passer de 60% à 42%, soit 4,8 milliards d’habitants contre 4,5 milliards actuellement.
Si, du côté de l’Europe, on semble inquiet par rapport à la pression migratoire que cela devrait entraîner, la Chine, elle, voit de toute évidence l’Afrique comme un marché prometteur, « où émerge un capitalisme entrepreneurial dynamique et inventif ». De 12 milliards, au début du siècle, les échanges de la Chine avec l’Afrique sont passés à 200 milliards de dollars par an. Selon une étude McKinsey, quelque 10000 sociétés chinoises opèrent en Afrique, où vivent environ un million de Chinois.
Outre l’aspect économique, l’Afrique est aussi considérée, sur le plan politique, comme « un multiplicateur de puissance » pour la Chine au vu de ses relations tendues avec ses voisins en Asie. Et selon une étude de l’institut de sondage Afrobarometer, près des deux tiers des personnes interrogées dans 36 pays africains considèrent favorablement l’influence de la Chine dans leur pays.
Le Vénitien Marco Polo fut l’un des voyageurs les plus connus de la Route de la Soie. Parti pour ouvrir une route commerciale vers l’est, il alla jusqu’aux confins de l’Empire du Milieu. Sa proximité avec Kublai Khan, l’empereur mongol petit-fils de Ghengis Khan, en fit un personnage important. De retour à Venise, vingt-quatre ans plus tard, il dicta le récit de ses aventures dans un livre intitulé “Le devisement du monde”, également connu sous le titre “Le livre des merveilles”. On ne sait si Showkutally Soodhun aurait à nous livrer une autre version du « devisement du monde ». Mais à travers ce que raconte l’ex-ministre mauricien de ce que sa proximité avec le prince héritier de l’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane al Saoud, lui aurait supposément offert comme représentant en Afrique, il y a une chose qui transparait : l’intérêt montant non seulement de la Chine mais aussi du monde arabe pour l’Afrique. Continent dont nous faisons partie. Mais avec lequel nous avons, selon de récents rapports, largement négligé nos relations. Est-il temps de reprendre la route vers soi ?…

Shenaz Patel