Veena Hargun ne rate presque jamais son rendez-vous hebdomadaire avec le métro

Si vous êtes un usager régulier du métro et que vous passez par Résidences Barkly, vous avez peut-être aperçu une petite dame, assise sur un banc en béton devant l’entrée de sa maison, donnant sur la rue Mandela. Elle, Veena Hargun, est devenue une véritable admiratrice du Metro Express. Tous les jours, dit-elle, elle regarde passer le métro sans se lasser. C’est devenu, dit-elle, un de ses plus grands plaisirs.

Quasiment chaque après-midi, vers 17h30, Veena Hargun s’installe devant l’entrée de sa maison. Non pas pour prendre l’air ou pour get le pasan, mais pour le plaisir de voir Mauricio. Depuis que le métro passe devant chez elle, Veena Hargun a fait de ce rendez-vous particulier une habitude dont elle ne compte pas se défaire. En fin d’après-midi, lorsque cette habitante de Résidences Barkly a complété ses tâches ménagères et préparé le dîner, elle prend place sur un banc, contemple la voie ferrée et attend passer le tram. Un peu plus loin, à la rue Schumann, parallèle à la rue Mandela, d’autres résidents connaissent le temps de passage du métro par cœur.

Veena Hargun ne rate presque jamais son rendez-vous
hebdomadaire avec le métro

Comme le train dans les dictons, Mauricio est à l’heure. C’est de sa terrasse qu’une habitante de cette rue le voit faire son ballet quotidien sur les rails en direction de Port-Louis ou rentrant de la capitale. Bien souvent, dit-elle, elle le voit passer dès qu’elle ouvre les fenêtres et la porte de sa terrasse chaque matin. « Li pase sak kinz minit », dit-elle. Et le 3 octobre dernier, lorsque Mauricio a fait sa première sortie officielle en grande pompe avec à son bord des personnalités politiques, notre interlocutrice était avec d’autres habitants du quartier « anba pye. » C’est-à-dire non loin de chez elle, à côté d’un arbre devenu le point de rencontre des habitants. « On pouvait mieux voir de là », explique-t-elle. Et de confier encore : « Ce jour-là, nous avions attendu pendant des heures avant que le métro ne passe. Il fallait qu’on voie cela, surtout que le Premier ministre était à bord. »

Désormais, le métro est une réalité à Barkly. Mieux encore, disent ceux rencontrés, il fait partie intégrante de leur quotidien et il est un mode de transport efficace et rapide. Fini les embouteillages entre Coromandel et Port-Louis. « En 15 minutes, je suis à Port-Louis », explique une jeune femme. Celle-ci habite en dehors de Barkly. Mais il ne lui faut, dit-elle, que quelques minutes de marche pour arriver à la station de Barkly. «Depuis que le métro est opérationnel, mon époux ne se rend plus au travail, à Port-Louis, dans sa voiture. Li ale, retourne dan metro », raconte notre précédente interlocutrice en nous montrant la voiture de son mari rangée dans le garage. Mais, contrairement à Veena Hargun, elle n’a pas développé plus de tendresse pour le métro.
« Le soir, c’est encore plus joli à regarder  »

C’est tout sourire que Veena Hargun raconte qu’avec son époux, elle a aménagé le petit coin extérieur d’où elle regarde le métro chaque après-midi. « C’est devenu mon passe-temps », dit-elle. Lorsqu’il rentre du travail, le mari de Veena la rejoint. Le fils du couple en fait de même. « Lerla nou koz-koze. Le soir, c’est encore plus joli à regarder avec les lumières sur les colonnes et celles du métro qui scintillent », explique Veena Hargun. « Je prends un vrai plaisir à regarder le métro. Je reconnais certains passagers. Zot fer mwa bye-bye tou », dit-elle. Il y a encore mieux. « Mo ena fami, zot telefonn mwa, zot dir mwa zot pou pase tel ler dan metro. Mo vinn la, mo atan zot pase, zot fer mwa siyn », raconte la nouvelle passionnée de Mauricio.

Veena Hargun explique encore qu’elle se fait aussi un plaisir de prendre le métro pour aller à la rencontre de ses proches quand elle les invite chez elle. Elle a bien évidemment voyagé « enn kantite fwa dan metro. » Et même fait des sorties nocturnes. « Nous avons pris le métro en début de soirée pour aller nous promener au Caudan Waterfront et nous sommes rentrés à la maison vers 22h. » Même si Veena Hargun est une grande fan de Mauricio, elle estime que l’installation de ceintures ou poignées de maintien pour la sécurité des passagers debout est une mesure que Metro Express Ltd devrait considérer.

Les agitations et autres polémiques qui avaient secoué sa région il y a deux ans avant les premiers coups de pioche pour annoncer les travaux sont aujourd’hui bien loin. « On croyait qu’il allait passer encore plus près des maisons. On disait que le métro allait faire du bruit, causé des interférences et que nous allions souffrir à cause des vibrations qui allaient aussi endommager nos maisons. Mais il n’en est rien ! D’ailleurs, une fois à l’intérieur de la maison, nous ne l’entendons même pas », avance notre interlocutrice.

Vendredi dernier, des ouvriers installaient des barrages métalliques pour éviter que des personnes ne traversent la voie ferrée pour rejoindre la rue opposée. Des habitants sceptiques sont d’avis que cette mesure ne fera pas long feu. « Enn bann dimounn pou koup baraz pou traverse », disent-ils. À Barkly où le ministre du Transport, Alan Ganoo, s’est rendu lundi dernier — à l’invitation du conseil pastoral —, un accès est vivement réclamé entre les rues Rose des Bois et Schumann. Car depuis l’arrivée du métro dans la région, les résidents des deux rues doivent faire un long détour pour se rendre à leur destination. Ils espèrent aussi que la municipalité donnera une autre vocation à l’ancien marché de Barkly, devenu depuis un véritable repère de toxicomanes.