Depuis le samedi 30 mars dernier, jour de la disparition tragique de 11 personnes dans les inondations de Port-Louis, on a beaucoup écrit sur les conditions qui avaient prévalu surtout dans les régions du Caudan et de Canal Dayot. Mais d’autres quartiers de la capitale avaient tout autant souffert. À la rue Volcy Pougnet, dans le Ward IV de Port-Louis, c’était aussi l’enfer !
Le populaire quartier du Ward IV de Port-Louis est séparé en deux parties. La première partie est balisée par une ruelle longeant le côté gauche du ruisseau en regardant en direction de la montagne du Pouce, tandis que l’autre partie est bordée par la route principale du nom de Volcy Pougnet (mais plus communément appelée la rue Madame). Pour un observateur faisant face à la montagne, il est évident que le ruisseau a pour fonction de canaliser les eaux pluviales, eaux qui déferlent de la chaîne de montagnes et des rues latérales, évitant ainsi leur accumulation.
En 2008 commencèrent les travaux pour recouvrir la partie du ruisseau passant devant l’hôpital Jeetoo (ex-hôpital Civil). Des résidents de la ruelle, qui sont là depuis plus d’un demi-siècle, principalement ceux habitant entre la rue Desroches jusqu’à l’hôpital Jeetoo, affirment qu’ils furent les premiers à constater que les quelques huit drains d’à peine quatre pouces de diamètre, misent en place pour évacuer les eaux pluviales par le ruisseau recouvert afin de faciliter l’accès au nouvel hôpital moderne, allaient s’avérer rapidement insuffisants. Ces résidents étaient conscients de l’énorme masse d’eau qui circulait habituellement dans le quartier en périodes de grosses averses. Ils prirent naturellement la peine d’informer les autorités dites « compétentes », de leurs appréhensions légitimes. Malgré leurs nombreuses tentatives auprès des autorités pour que des modifications nécessaires soient apportées au plan décidé par les ingénieurs, rien n’y fit. Non seulement la firme Grinaker, responsable de l’exécution des travaux, fit la sourde oreille, mais, pour comble, une autre compagnie, Gamma Civic, également impliquée, s’en alla boucher un des huit drains en construisant une rampe en béton afin, cette fois, de donner directement accès de la ruelle à l’hôpital. Avant la couverture du ruisseau, pour accéder à l’hôpital à partir de la ruelle, il fallait grimper trois ou quatre marches. Ce qui devait arriver arriva. Déjà, avant même les grandes inondations du 13 février, à la suite de quelques averses de moindre ampleur, l’eau des pluies provoquait une mare boueuse. Malgré les plaintes des résidents auprès de la corporation municipale, cette dernière, non plus, ne fit aucune démarche pour faire changer positivement les choses, la corporation donnant nettement l’impression de s’en laver les mains parce que le projet de construction du nouvel hôpital relevait d’une instance gouvernementale.
C’était, sans doute, très bien d’avoir aménagé des trottoirs tout le long de la rue Volcy Pougnet. L’honnêteté de l’observateur commande, d’ailleurs, de faire remarquer que, avant le projet du nouvel hôpital, ces trottoirs si indispensables pour la sécurité des piétons dans une rue si fréquentée n’existaient pas. Mais en réparant une lacune, les autorités ont négligé un aspect que Charpentier de Cossigny, le véritable concepteur de la Cité de Port-Louis, et les gouverneurs français Mahé de Labourdonnais et Maupin avaient eu, eux, pour souci : d’abord des drains, afin d’éviter que les eaux de pluies ne remplissent la cuvette de Port-Louis et n’exposent ses résidents à de grands dangers d’inondations. C’est le reproche qu’on peut malheureusement faire aux ingénieurs qui se sont chargés de l’upgrading de la rue Volcy Pougnet.