Les sept conseillers de l’opposition Ptr-PMSD au conseil municipal de Quatre-Bornes ont effectué hier un walk-out pour protester contre le rejet, par la maire, d’une motion « urgente » de leur collègue Shankar Gaya réclamant une enquête, présidée par un magistrat, sur les allégations de falsification de procès verbaux des réunions. Dans une déclaration au Mauricien, Rooma Meetoo a expliqué qu’elle voulait donner du temps aux conseillers pour qu’ils « restent dans la légalité ».
A peine le conseiller rouge Shankar Gaya a-t-il présenté sa motion, qu’il a qualifiée d’« urgente » (voir encadré), que la maire Rooma Meetoo lui a fait comprendre que celle-ci était irrecevable lui demandant de la présenter au prochain conseil.
Cette décision de la présidente de la séance a provoqué une réaction immédiate des sept conseillers de l’opposition Ptr-PMSD. Ces derniers ont pris leurs affaires sur le champ et ont effectué en silence un walk-out en signe de protestation. Ce qui n’a pas manqué que créer la surprise parmi ceux qui étaient présents. En vertu de la Section 9.4 des Municipal Council of Quatre-Bornes Standing Orders, le ou la président(e) d’une réunion d’un conseil peut en effet décider si une motion est « urgente » ou non. « The Chairperson of the meeting shall not allow the motion to be discussed unless he is satisfied that the matter is urgent. »
« Cela fait des mois que nous constatons qu’il y a des modifications, des distorsions et même des falsifications dans les procès-verbaux des réunions des commissions et des réunions du conseil municipal de Quatre-Bornes. Pas plus tard qu’il y a deux conseils de cela, une conseillère de la majorité MMM-MSM, qui a depuis démissionné pour des raisons professionnelles (Tania Diolle, Ndlr), s’est elle-même plaint que le procès-verbal ne reflétait pas ce qu’elle avait dit… Et on nous refuse aujourd’hui le droit de vouloir faire la lumière sur toute cette affaire. C’est à n’y rien comprendre  », s’est désolé le conseiller rouge Sankar Gaya après le rejet de sa motion.
Les conseillers protestataires se sont par la suite réunis dans la cour de la municipalité pour discuter. Ceux de la majorité MMM-MSM se sont engouffrés dans le bureau de la maire, Rooma Meetoo. Pour la conseillère protestataire Shakuntala Boolell, cette décision de la maire est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « À chaque fois que l’opposition présente une motion valable, elle la renvoie ou la rejette ! » se plaint-elle. La conseillère Dhanwantee Ramkoomar abonde dans le même sens : « Pourquoi nous demande-t-elle de représenter notre motion au prochain conseil ? Pour la rejeter encore une fois ? » se demande-t-elle.
Selon le conseiller Ptr Guy Troylukho, même les conseillers de la majorité MMM-MSM ont publiquement concédé que les procès-verbaux sont modifiés. « Le conseiller Raj Gay et d’autres encore ont eux-mêmes admis avoir trouvé des ‘choses’ dans les procès-verbaux qu’ils n’ont pas dites », explique-t-il.
Les propos de la conseillère Sookwantee Rucnajee font écho aux mêmes critiques. « Je suis membre du Comité Bien-être et j’ai plusieurs fois constaté qu’une fois au conseil, le procès-verbal de cette commission ne reflétait pas ce que j’ai dit lors de la réunion de cette Commission », s’indigne-t-elle.
Le conseiller Dev Beedasy affirme pour sa part que les conseillers ne sont pas prêts de donner leur accord pour des procès verbaux falsifiés. « Que ceux qui sont responsables de ces versions tronquées des comptes-rendus des réunions aient l’occasion de s’expliquer et de subir les conséquences de leurs actes répréhensibles », ajoute-t-il.
Pour la conseillère PMSD Poonum Thylam, la démonstration a été faite que le conseil n’est pas suprême. « Nous avons été plusieurs jusqu’ici, conseillers de l’opposition comme ceux de la majorité MMM-MSM, a vouloir que toute la lumière soit faite sur ces manquements que nous avons notés dans les procès-verbaux présentés au conseil. Nous ne comprenons pas cette prise de position de la maire. Aujourd’hui, nous n’avons plus confiance dans ces conseils, voilà pourquoi nous avons fait ce walk-out. Car si l’on peut si aisément modifier des procès verbaux, demain, on pourra faire pire, et cela contre l’intérêt des citadins », explique-t-elle.
La conseillère Thylam affirme en outre que c’est la maire elle-même qui a établi l’urgence de la motion, quand elle a récemment accepté, à la suite des protestations des conseillers des deux côtés du conseil, que des modifications soient apportées aux procès verbaux, après l’écoute des enregistrements des débats. « Quand elle a approuvé récemment des modifications aux procès-verbaux contestés, après l’écoute des enregistrements des débats, elle a en fait concédé qu’il y a eu falsifications. Il était par conséquent urgent d’instituer une enquête pour savoir qui a frauduleusement modifié les comptes-rendus afin qu’à l’avenir, le conseil ne rencontre plus de tels problèmes. C’est donc encore une occasion ratée ! » s’est-elle désolée.
« Si cela continue comme ça, il n’y a aucune raison pour nous d’assister aux réunions du conseil… Ils n’ont qu’à décider de l’ordre du jour, de s’asseoir entre eux pour discuter des décisions et de décider de ce qu’ils veulent voir dans les procès-verbaux. On nous ridiculise ! » s’indigne l’auteur de la motion, Shankar Gaya.