Une première dans les annales de la municipalité de Quatre-Bornes. Les conseillers municipaux ont rejeté hier la nouvelle Grant-in-Aid-Formula du ministère des Collectivités locales suite à l’adoption d’une motion du conseiller Guy Troylukho en ce sens. Cette nouvelle formule pour calculer la subvention gouvernementale aux collectivités locales avait été préconisée par des consultants du Fonds monétaire international.
« Ce conseil est d’avis que, compte tenu de son impact négatif considérable sur nos finances, la nouvelle Grant-in-Aid proposée soit revue afin de prendre en considération les besoins réels de la ville. » Ainsi se lisait la motion du conseiller Guy Troylukho. En 2013, le gouvernement mauricien avait recherché l’aide du Fonds monétaire international (FMI) pour élaborer une nouvelle formule pour le calcul de la subvention gouvernementale (“Grant-in-Aid”) aux collectivités locales « pour assurer une distribution juste et équitable des subventions gouvernementales » entre celles-ci. En octobre 2013 et avril 2014, une équipe de consultants du FMI étaient ainsi venus à Maurice examiner les données disponibles avant de soumettre un rapport à la fin de leur mission. En mai dernier, le ministère des Collectivités locales a demandé aux municipalités et autres Conseils de District d’examiner ce rapport et de lui faire part de leurs observations et commentaires.
« Monsieur le maire, si la nouvelle formule est adoptée, nous aurons à faire face à ses effets dévastateurs sur notre budget ! » s’est alarmé le conseiller Guy Trolukho en présentant sa motion. Selon le conseiller, le FMI a présenté deux formules pour calculer le montant de la subvention gouvernementale aux collectivités locales : la première basée par tête d’habitant et la seconde sur divers paramètres, comme les kilomètres de routes à asphalter ou le coût du service de la voirie. « Suivant la première option, il y aura une baisse de 29% des subventions que nous recevons du gouvernement. Et selon la seconde, la baisse se chiffrera à 19% », a-t-il précisé.
Guy Troylukho a rappelé que, récemment, le Conseil avait approuvé un budget dont 80% ont été absorbés par les salaires, et qui était déficitaire de Rs 35 millions. « Ce qui veut dire que nous avons déjà commencé avec une balance négative ! » s’est-il écrié. « Avec une “Grant-in-Aid” de Rs 244 millions que nous avons eue pour les 12 derniers mois, une diminution de 19% représentera un manque à gagner de Rs 46 millions. Une réduction importante de nos ressources financières… » s’est-il alarmé.
Le conseiller estime que, même à court terme, une telle réduction causera « une contrainte excessive » sur les finances du conseil. « Ce qui poussera le conseil soit à rechercher d’autres sources de revenus, soit à couper les dépenses, ce qui aura des effets négatifs sur la qualité de nos services. D’où notre appel au ministre de revoir cette nouvelle formule », explique-t-il.
L’orateur a fait ressortir que la capacité du conseil à relever des fonds est d’autant plus limitée que la Local Government Act de 2011 a aboli la taxe d’habitation (“Tenant Tax”). « Nous aurions pu aujourd’hui lever entre Rs 80 millions et Rs 100 millions », déplore-t-il.
Guy Troylukho argue qu’en fin de compte, c’est le citoyen qui souffrira avec la nouvelle “Grant-in-Aid” proposée : « Si nous coupons les dépenses, la qualité des services aux citadins baissera. Alors, pour maintenir le niveau des services, nous introduisons des mesures impopulaires, comme l’augmentation des autres taxes et frais municipaux pour compenser le manque à gagner », a-t-il élaboré.
L’intervenant a dit regretter que les revenus auparavant collectés par les municipalités vont aujourd’hui à d’autres organisations comme la Tourism Authority (TA) ou la Mauritius Revenue Authority (MRA). « Le gouvernement ne devrait-il pas rendre ces revenus aux municipalités ? » s’est-il demandé.
Guy Troylukho a par conséquent invité le maire à exhorter le gouvernement à introduire une nouvelle “Grant-in-Aid” qui ne réduirait pas les revenus de la municipalité, mais aussi à rendre les taxes et autres frais payés à la TA, à la MRA ou à la National Transport Authority (pour les frais et les contraventions pour les parkings) à la municipalité, ainsi qu’à réintroduire la taxe d’habitation. « En somme, il est grand temps de revoir la Local Government Act », a-t-il insisté. « J’invite le maire à entamer des discussions avec le gouvernement dans un bref délai », a-t-il lancé.
Mise au vote, la motion de Guy Trolukho a été adoptée à l’unanimité. Outre la motion du conseiller Trolukho, quatre autres motions ont été adoptées hier. La première – du maire Sanjay Sonoo – a trait à l’introduction de toilettes payantes à la gare routière de Jules Koenig. Le deuxième, du conseiller Ballakisnah Ramanjooloo, concerne l’installation de “télévision-smart” et de connexions WiFi dans les centres municipaux à travers la ville.
Une troisième motion, venant du conseiller Siam Sookun, a été aussi adoptée. Celle-ci réclame une “full survey” sur le problème de congestion routière rue Jawaharlall Nehru (ex-Bassin Road). La quatrième et dernière motion est venue de la conseillère Premila Geerjanan, qui réclamait la construction de deux complexes commerciaux : le premier dans la cour du marché de Quatre-Bornes et l’autre dans la cour de la Newton House, rue Sir William Newton.